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Présentation du blog

                                                                            Animés par une même p assion, nous sommes un groupe d'amis qui, étudiant à l'université les littératures francophones, avons voulu construire un espace d'analyse et de promotion des diverses créations artistiques francophones venues du monde entier, tout en y intégrant notre regard sur l'actualité.

Nous proposons, à travers ce blog, différentes rubriques enrichies, chaque mois, par un dossier thématique ou portant sur une personnalité francophone. Des indications en tête d'article vous informent sur les différents publics "Tout public" "Didactique" "Analyse" auxquels s'adressent les articles.

Nous espérons ainsi vous faire découvrir et surtout apprécier de nouveaux horizons culturels.

 

L'équipe du blog

Dossier n° 30 :Entre émigration et immigration

Lundi 9 juin 2008

          Analyses

Désincarnation

Par Ali Chibani

                                                                                                                              « Les comportements les plus fondamentaux
                                                                                                                   relèvent souvent de l’inclassable ou
                                                                                                                             du contradictoire. Les supports du vivant
                                                                                                      reposent sur l’hétérogène. »
 
                                                                                                                                   Odon Vallet, Dieu a changé d’adresse


 

Une odeur de mantèque1 est l’insaisissable histoire d’un vieillard par le truchement duquel Mohammed Kheïr-Eddine2 narre les déconvenues de l’exilé. Le « vieux » possède un miroir, volé cinquante ans auparavant à un camelot qu’il a tué avant de le déposséder. Il parle à ce miroir censé être son témoin et son confident. Si le miroir se brise en mille et un morceaux, il continue néanmoins à hanter le récit jusqu’à sa fin. En effet, cette œuvre, très hermétique à l’interprétation, est constituée d’un ensemble morcelé et de regards hétérogènes. Il n’y a pas au vrai sens du terme une trame fondatrice de l’histoire comme il n’y a pas de personnage narrateur précis. Les passages du « je » au « il » ou encore au « nous » se font de manière irrégulière. C’est pourquoi, même si la tentative peut paraître ardue, voire hasardeuse, il faut tenter de dessiner une ligne directrice à une œuvre qui n’en a pas.

Bien que nous ne sachions pas quand ni comment le « vieux » a émigré, nous retrouvons par moments des éléments parsemés par-ci et par-là dans l’œuvre qui nous aident à établir la biographie de ce personnage. Comme pour tout exilé, la déception est à l’origine de tous les départs et pertes de repère : « J’ai vu Dieu… Ou le Diable ? Ils se ressemblaient, ils avaient la même tête, le même physique, les mêmes manières. La promesse qu’ils m’avaient faite avant que j’entre dans ce monde inepte ne correspond guère à ce que j’y trouve. » (p. 63) Le « vieux » évoque deux lieux d’exil : la France et l’Espagne sont les deux paradis où tous les espoirs sont projetés : « Nous sommes en Espagne, ma chère, dit l’homme. Nous sommes enfin parvenus à la vraie vacance, hein ? » (p. 43) Mais le « paradis » où l’on espère connaître la « vraie vie » découvre vite son vrai visage. Une nouvelle fois Dieu et le Diable se valent. Dans les deux pays, l’immigré est exploité et déshonoré. Il n’a plus que la patience et la passion des siens pour surmonter toutes les épreuves qui s’imposent à lui : « Un orage. Seul un orage accompagné d’éclairs avait pu le distraire. Il a cassé un pot de moutarde, encore un. On le sermonne, le frappe. Il rechigne. On lui sourit parce que les clients sont là. Ce soir, hein ! ce soir tu verras ! Son patron grince des dents, montre ses molaires d’or, ses gencives avariées. (…) L’orage ne l’a guère distrait, c’est dans sa tête que tout éclate, il pense au bled, il doit bientôt se marier, porter quelque chose à son vieux… » (p. 83) Naturellement, le patron devinant l’absence d’issue pour son employé, il en profite : « Le soir, le patron en fait sa femme. Il le force à se déshabiller, le menace de le renvoyer puis le grimpe. Voilà sa vie, sa vie à lui qui est le fils d’un vieux baroudeur. » (p. 84). Aux yeux de Kheïr-Eddine, l’immigration ne se résume pas seulement au déplacement. Elle est avant tout déshumanisation de l’accueillant et de l’accueilli et déclassement de ce dernier. En terre étrangère, les gloires familiales et les prestiges passés ne sont d’aucune importance pour l’immigré qui est comme une branche tenant à peine au tronc de l’arbre généalogique. Ce destin vaut-il la peine d’être vécu ? La question mérite d’être posée lorsque l’on sait que les bénéfices sont minimes. En dehors des quelques babioles qui seront offertes aux parents, l’immigré se retrouve dans la parfaite « vacance » du monde-prison : « Voyage, donc ! Ici et là des miroitements, des choses vous attrapant mais dont vous vous détachez vite. Pas d’amour réel, pas de vraies visions, jamais rien, jamais qu’une vie charnue par-ci par-là sur le chemin. Un train que nous aurions pris ? Non, une bulle tout bonnement. » (p. 46)

Comme en toute occasion, le malheur des uns fait la richesse des autres. Mohammed Kheïr-Eddine tire à boulets rouges sur les bureaucrates et représentants de l’autorité politique marocaine qui ont fait de l’immigration clandestine un marché lucratif :

[Tikherbichin3 qui a trempé dans l’enlèvement de Ben Berka] est plutôt spécialisé dans le transport de la main-d’œuvre vers l’étranger : un trafiquant quoi ! Qu’est-ce qu’il fait ? Rien ! Il prend beaucoup de flouze au type, lui fabrique un passeport avec la complicité d’un fonctionnaire véreux qu’il arrose un peu, puis il le met dans une bagnole avec d’autres gars ayant subi le même traitement… on les emmène jusqu’à la frontière espagnole et on harangue les douaniers, graissant la patte par-ci par-là… si les ouvriers sont refoulés on les taloche et les réprimande… (p. 145)


Une odeur de mantèque, au regard du passage ci-dessus, n’est pas dépourvu d’une vision politico-sociale où l’énonciation devant l’expérience de l’immigration est dénonciation du contexte politique qui réduit l’homme à l’état de sous-homme pour satisfaire les détenteurs de l’autorité.

 

Brûler la monarchie

La fibre politique de l’œuvre s’exprime par la résurrection de la mémoire. L’étranger « vit de [son] passé » comme le dit le chanteur kabyle Aït Menguellet4. Or ce passé est peu glorieux en vérité. Le « vieux » se souvient d’avoir volé et tué pour survivre dans son pays où la terre est aride. Il se souvient d’être rejeté de tous les siens qui font mine de désapprouver ses crimes mais qui en profitent sans scrupules : « Ne s’était-il pas trompé de chemin ? “Non, non, continuons toujours, le village est loin maintenant… et puis… pour ce que je vaux là-bas… pour le peu de respect qu’ils témoignent… Bah si Satan t’offre le Bien, accepte-le donc !...” » (p. 17). Avec le temps, la sollicitation de la mémoire vire à l’obsession et c’est l’éveil de tous les vieux démons et de toutes les angoisses du personnage principal : « “Ils connaissent bien leur boulot, ricana-t-il ! Ouais, ces serpents sont mes meilleures pensées.” Mais il se trompait ! Certains crapauds qui avaient échappé au désastre s’étaient déjà introduits dans sa cervelle, qui par les narines qui par les oreilles, tous se bousculant comme l’entrée d’une cantine. » (p. 20). Le langage bestiaire intervient ici en guise de langage métaphorique et hyperbolique rendant compte de l’état psychopathologique du vieux qui suit son désir de se rattacher à sa terre natale. Encore une fois Dieu et le Diable se ressemblent puisque la mémoire censée être salvatrice s’avère déstabilisante et vire à la maladie.

Cependant il faut avouer à la décharge de l’exilé marocain qu’il a un lourd passif traumatisant. Outre le fait d’être réduit à agir en criminel pour manger, il a vécu sous une monarchie absolue qui dénie au citoyen ses droits les plus élémentaires. La rage au cœur – qui sature le texte d’intonations –, l’auteur appelle ouvertement son peuple à se soulever contre l’autorité royale :

Ils leur font miroiter une mise d’or en France, les prennent en charge jusqu’en Espagne puis ils les laissent se démerder seuls… A quoi est dû tout cela ? Dis-moi un peu, toi qui sais tout ? C’est le fait de qui, de quoi ? On aime bien le roi ici, oui, on l’adore, ce doit être une vache à lait. Tiens, tu vois pas que mes babines en dégoulinent de ce lait ? Ton petit roi vient de se payer un joli château dans le Val-d’Oise ! Où ça, pote ? C’est en France, crétin, c’est dans la région parisienne ! L’a besoin de cacher ta misère ce prince ! (…) Ta gueule, raton ! Tu défends bien plus ton prince qu’il ne songe à ta petite nichée. Brûle ses lupanars, ce ne sont plus des palais qu’il a mais des bordels de luxe !...  (p. 142)


Comme le présent et le passé individuel ne contentent pas, le « vieux » remonte dans son histoire. Il en revient avec de nouvelles blessures narcissiques puisque le Mal finit par sembler atavique. Lors de son voyage dans son histoire personnelle, le vieux « vit toutes sortes d’êtres de l’ancien monde, ceux de son village comme les soldats oubliés qui avaient versé leur sang pour des patries ingrates. » (p. 25)

Le vieux Chleuh est réfractaire à toute forme d’autorité. Il veut se délivrer non seulement du roi mais également de son père5 et de ses nombreux ancêtres : « Ils songent encore aux fusils et aux cartouchières qu’exhibaient leurs ancêtres qui n’hésitaient pas à s’entretuer pour s’approprier un amandier ou modifier entre eux les bornes d’un champ… Saccagé par un passé tribal jamais exorcisé ! » (p. 171). Le reproche fait à l’ancêtre fondateur s’aggrave lorsqu’il devient le « fqih », c’est-à-dire le « clerc ». Elle est là la première rupture du personnage voyageur et elle est due au personnage du « supervieux » qui l’accompagne partout. L’ancêtre fondateur fait l’aveux de son impuissance en embrassant la religion musulmane qui redouble la domination paternelle au dépens de la mère6. Kheïr-Eddine finit par désacraliser toute forme d’autorité avec beaucoup de cynisme : « Il n’y avait plus que son père dans la mosquée. Son père égrenait un chapelet noir fait de petites boulettes de crottes de chameau. Le chameau est un animal chéri par le Prophète. Les chameaux mangent les feuilles de figuier mais personne ne leur fait rien, moi si, j’ai mangé du chameau ! J’ai tué ces bêtes là. » (p. 67)


« Il vadrouillait (…) jamais il ne s’égarait. »

Exil, désir du retour et recours à la mémoire, diverses directions sont données au même récit qui en sort tourmenté et brisé à l’image du personnage du vieux. Il faut considérer Une Odeur de mantèque comme une œuvre de traces : trace du citoyen marocain, trace de l’exilé, trace de l’agent administratif marocain qu’était Kheïr-Eddine. Il faut entendre ici la « trace » d’après le sens que lui attribue Derrida, c’est-à-dire ce qui est déjà mort et qui continue d’occuper le présent. Une Odeur de mantèque est, en quelque sorte, les mémoires d’outre tombe d’un exilé : « … toute sa peau7 s’en allait en lambeaux sanguinolents ; il risquait la mort à se comporter indéfiniment de cette façon. La mort ? Mon œil ! Je suis déjà mort, mes os parlent, c’est eux qui vous narguent maintenant ! » (p. 68)

Le vieux se considère en effet comme un homme mort car corrompu. Son identité scindée en deux comme par « un coup de foudre », il porte avec lui ce qu’il a été dans son état de cadavre et ce qu’il est devenu en exil avec la nostalgie et le désire de réanimer la partie morte de son identité : « Les deux frères, un des frères survivant après la mort de son frère, attaché à lui qui pourrissait, lié à sa décomposition organique. (…) M’effacer, n’être plus qu’une petite touffe de cheveux gris, moi le Berbère, le sale chleuh ! On me promenait dans un large tuyau, à plat ventre, on truquait mes cellules, on m’envoyait chercher des poux d’hommes au fond de l’océan ! » (p. 68). Dès lors que le vieux prend conscience de son identité truquée, il préfère se considérer comme mort puisqu’il assiste à ses propres funérailles. Cette mort et les ruptures qui la précèdent, marquent le texte en le morcelant. Chaque partie du texte kaléidoscopique est un regard neuf sur l’expérience de l’exil. Cependant, cette perception, aussi neuve soit-elle dans Une Odeur de Mantèque, elle tient son origine du séisme qui a rasé la ville d’Agadir en 1960 et qui a inspiré à l’auteur le roman éponyme considéré comme une œuvre majeure dans l’histoire des littératures francophones.

Le mal identitaire du vieux contamine l’œuvre qui, à son tour, perd toute identité. Ainsi Une Odeur de mantèque désobéit-elle à tous les schémas convenus pour classer une œuvre littéraire dans un genre précis. C’est pour cette raison d’ailleurs que nous avons préféré parler de manière générale et vague d’« œuvre ». Outre l’absence de trame narrative, et le peu d’éléments dramaturgiques disponibles, l’auteur nous fait passer de la prose aux vers à sa guise. En fait, l’auteur marocain ne se contente pas de coucher sur le papier ses impressions, il dessine également son âme : « Couché sur la paille qui encombre ta cabane mais ton âme et ton nouveau corps, en train de changer, non de muer… ton âme et ton nouveau corps sont là, présents, devant notre tribunal…” » (p. 38). Il reste que l’œuvre peut-être définie comme poétique : « Ils lui ont fait bouffer le bâton mais la poésie ne voulut point le quitter. » (p. 148) et, par-là, contre-politique. Si Kheïr-Eddine insiste sur cette phrase en la détachant par une écriture en italique, c’est sans doute parce qu’elle est essentielle pour la compréhension de l’œuvre : elle est la récolte de tant de souffrances ; elle est la transformation de tant d’échecs : « Les crapauds luttaient rageusement, certains blessés, saignant et puant, empestant l’atmosphère mais lui sentait ces effluves comme des parfums d’Arabie. » (p. 13-14) Si la mantèque sent mauvais, force est de reconnaître qu’elle donne bon goût aux plats cuisinés.

 

Mohammed Kheïr-Eddine finit son œuvre sur le récit du retour du vieux au village. C’est le moment pour lui de prendre sa revanche sur le monde. Il devient un héros merveilleux, admiré par les siens qui écoutent ses récits bouche bée : « sous ce ciel nocturne du Sud savamment illuminé, le miteux déballe sa vie de citadin, la rythmant à outrance, l’enjolivant exagérément, n’oubliant jamais aucun détail réel susceptible de fasciner son auditoire ni aucun mensonge longuement mûri dans sa prison du Nord… » (p. 167). Le retour est l’apothéose du cheminement et de l’expérience désincarnante qu’est l’immigration. Sans identité, le vieux construit lui-même de quoi demeurer aux yeux des autres un vivant, en l’occurrence sa propre légende.


1 Mohammed Kheïr-Eddine, Une Odeur de mantèque, Paris, Points, 1976.
2 Né en 1941 à Tifraout, dans le sud marocain, Mohammed Kheïr-Eddine a travaillé dans la fonction publique, notamment après le séisme d’Agadir. Il se consacre à l’écriture avec un talent exemplaire et une audace particulière. En 1993, il repart dans son pays natal qu’il a quitté en 1966 pour s’installer en France. De son exil, il n’avait de cesse de dénoncer la monarchie marocaine. Il décède en 1995 laissant derrière lui des titres devenus des classiques de la littérature nord-africaine, dont Agadir (1967), Ce Maroc ! (1975) et Vie et légende d’Agoun’chich ( 1984).
3 En tamazight, « Tikherbichin » signifie les « intrigues ».
4 « Toi pars, moi je reste »
5 Mohammed Kheïr-Eddine a toujours rejeté l’autorité parentale d’autant plus que l’auteur ne s’est jamais remis de la répudiation de sa mère par le père qui l’abandonne du même coup.
6 « La religion n’est pas un bordel, n’est pas une récompense. C’est le refuge de l’homme harassé, écoeuré de la vie terrestre. Le refuge de l’homme roussi, à l’âme empoisonnée ! Ah ! La Mecque ! » (p. 81)
7Pour comprendre le fonctionnement de la peau comme combinaison de l’espace et du temps, voir Didier Anzieu, Le Moi-Peau, Paris, éd. Dunod, 1995 (2ème éd.).

Par La plume francophone
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Lundi 9 juin 2008

Didactique


Regards croisés sur des trajectoires, 

Figures de l’émigré et de l’immigré dans

Cheikh Hamidou Kane, L’Aventure ambiguë (1961) ; Fatou Diome, Le Ventre de l’Atlantique (2003) ; Tierno Monénembo, La Tribu des Gonzesses et Léonora Miano, Contours du jour qui vient (2006)

Par Virginie Brinker


Dans le cadre de l’objet d’étude consacré à l’argumentation en classe de 2nde, et en particulier au thème de « l’Autre », nous proposons ici quelques pistes pour l’élaboration d’un groupement de textes avec les élèves.

« Faire la France »

Dans Contours du jour qui vient de Léonora Miano1, auteure camerounaise, un personnage, celui de Mukom, une « femme de l’ombre », se voit contrainte d’emprunter de l’argent à Lumière, un prêcheur-profiteur qui se livre au trafic de femmes. En effet, ce dont Mukom rêve c’est de « faire la France » ; « C’est comme ça qu’elles disent toutes, pour parler de ceux qui ont voyagé hors des frontières du continent 2». Cette métaphore guerrière ne dissimule en rien la triste réalité. La France est une épreuve à subir, le but étant d’y survivre. Léonora Miano ne nous le cache pas : « Elle pensait vraiment que les trottoirs de Paris ou de Madrid la laisserait s’échapper pour aller trouver un emploi et un mari blanc. Parce que c’est pour faire le trottoir qu’elles partent toutes ».

La tentation de partir apparaît comme économique avant tout : « Je reviendrai et j’achèterai une maison près des rives de la Tubé. Il y aura une terrasse tout en haut d’où on pourra voir l’Afrique entière, comme chez ma patronne ». On voit ici grâce aux hyperboles (« l’Afrique entière ») et aux symboles (« terrasse tout en haut », « la patronne ») que « faire la France » est aussi une affaire de pouvoir et de regard : pouvoir enfin adopter un regard de surplomb sur le monde, relever la tête. « Ce n’était pas après un rêve qu’elle courait, mais après une revanche sur la vie ». On trouve la même motivation chez l’Homme de Barbès, dans Le Ventre de l’Atlantique de Fatou Diome3 avec le leitmotiv : « N’oublie jamais, chaque miette de vie doit servir à conquérir la dignité ! 4», répété pour justifier l’exil qui apparaît là encore comme un véritable combat, et même une révolte de l’Africain contre sa condition.

Par ailleurs, la figure de l’émigré épanoui possède un pouvoir d’attraction inouï sur celui qui est resté au pays. Il en est ainsi de Welissané, la cousine de Mukom dans le roman de Léonora Miano : « Elle ne parlait plus comme nous, et même son odeur avait changé. Elle sentait la France. Elle était devenue une déesse. ». Chez Fatou Diome, l’Homme de Barbès exerce la même fascination sur les gens du village, lorsqu’il rentre au pays pour des vacances, et notamment sur Madické, le frère de Salie. Toutefois, si dans le roman de Léonora Miano, le portrait de l’émigré était pris en charge avec admiration par sa cousine restée au pays (écriture de l’éloge), le point de vue adopté est tout autre dans le roman de Fatou Diome, où le narrateur omniscient manie avec virtuosité l’ironie : « Il distribuait quelques billets et des pacotilles made in France, que personne n’aurait échangées contre un bloc d’émeraude. Ici, la friperie de Barbès vous donne un air d’importance et ça, ça n’a pas de prix ». La référence à peine voilée à la colonisation et au commerce triangulaire ici renforce la charge satirique à l’encontre de l’émigré, mais aussi des villageois, qui ont, semble-t-il définitivement livré leur âme au diable, fut-ce par nécessité. Mais c’est surtout le décalage de perception et de représentation que fustige l’ironie du narrateur : « Devenu l’emblème de l’émigration réussie, on lui demandait son avis sur tout, les visages se faisaient polis à sa rencontre, même le sable se lissait au passage de ses longs boubous amidonnés. Vous vous demandez toujours comment il avait gagné son argent en France ? Ecoutez Radio Sonacotra. ».

 « L[es] exilé[s] des bords de Seine »

En effet, la vie des immigrés en France, au-delà de sa misère, est pleine de paradoxes. C’est l’objet de la pièce de théâtre de Tierno Monénembo, La tribu des gonzesses, qui met notamment en scène six femmes africaines, dans « le salon d’un vieil appartement parisien, du genre que l’on squatte du côté de Stalingrad, de Barbès ou de Château-Rouge5. ». Parmi elles, il y a Eyenga, couturière, Penda, prostituée, Sia, femme de ménage, Okassa et Zenzie, qui cherchent respectivement un mari blanc et une carte de séjour et Néné Gallé qui se dit étudiante. La scène II de la pièce qui s’articule autour du jeu de mots « déroger », met en relief de façon loufoque l’attachement au pays et à la culture d’origine : « Déroger ou pas déroger, l’essentiel, c’est de ne pas perdre ses racines6 », dit Sia. « Nous sommes Africaines, oui ou non ? », lui répond Okassa. A la fin de l’extrait, les six femmes clament qu’elles ne seront jamais « déracinées ». Mais sous ces déclarations de principe, l’identité africaine revendiquée apparaît comme vidée de sa substance. L’identité culturelle n’est que folklore exotique : « Nous devons continuer à vénérer les masques, à faire des sacrifices et à croquer la kola même si on est à Paris. » ; « Dans le métro, nous parlons haut et fort, exactement comme au village. Nous vivons à huit dans une pièce, nous venons dîner sans nous faire inviter. ». L’identité apparaît comme une loi, un règlement à observer rigoureusement, comme l’atteste avec force le verbe « devoir ». C’est le prix à payer pour ne pas sombrer dans la solitude, la perdition et la folie, trois champs lexicaux intimement mêlés dans l’extrait. Le comique de mots, très présent dans l’extrait comme nous l’avons dit, associe implicitement, et par paronomase, le fait de « déroger » aux règles de la coutume, au fait d’être « dérangé », fou, perdu : « Beaucoup d’entre nous oublient qui ils sont dès qu’ils arrivent à l’aéroport. Ils désertent la communauté, ils prennent les manières d’ici (…) C’est pas pour rien qu’il y en a de plus en plus qui parlent tous seuls dans les rues. Complètement dérogés, les mecs ! ».

Toutefois, l’identité peut être source de déchirement à partir du moment où il n’est même plus question d’ « oubli » ou de « réminiscence forcée ». A l’autre bout du spectre, figurent en effet ceux qui n’ont jamais vécu l’exil, l’arrachement, l’émigration, « les exilés des bords de Seine », pour reprendre l’expression de Cheikh Hamidou Kane consacrée à Adèle, cette jeune fille que Samba Diallo rencontre chez Pierre Louis à la fin de L’Aventure ambiguë7. En effet, Samba Diallo est le noble héritier du royaume des Diallobé. Il a été envoyé en France pour y faire des études, forcé d’utiliser les armes de la modernité afin d’être en mesure de s’insurger, à son retour, contre la mainmise des Blancs sur son pays. Il souffre de l’exil dans tout le roman, mais l’ « exil » d’Adèle, cette jeune femme d’origine africaine qui ne s’est jamais rendue en Afrique, apparaît bien plus poignant :

L’exil d’Adèle, à bien des égards, était plus dramatique même que le sien. Lui, du moins, n’était métis que par sa culture. L’Occident s’était immiscé en lui, insidieusement, avec les pensées dont il s’était nourri chaque jour (…). La résistance du pays des Diallobé l’avait averti contre les risques de l’aventure occidentale. (…) Adèle n’avait pas son pays des Diallobé. Lorsqu’il lui arrivait de percevoir en elle un sentiment ou une pensée qui lui parût trancher d’une certaine façon sur la toile de fond de l’Occident, sa réaction avait été, longtemps, de s’en écarter avec terreur, comme d’une monstruosité. Loin que cette ambiguïté décrût, elle s’accentuait au contraire de sorte que progressivement, Adèle s’installa dans la conviction qu’elle était anormale de quelque manière.


Au terme de ce trajet entre quatre extraits relevant de la littérature africaine francophone plutôt contemporaine (à l’exception de l’œuvre de Cheikh Hamidou Kane qui s’apparente à un texte-source dans le domaine), les élèves auront pu mesurer différentes trajectoires, et l’importance du point de vue et des regards croisés sur l’émigré ou l’immigré. Le thème de l’Autre prend ici tout son sens, puisqu’il peut être « celui qui est différent de moi », mais aussi « l’autre moi-même », lorsque se pose la question cruciale de l’identité.


1 Voir notre article sur ce roman intitulé « Contours du jour qui vient, roman de l’éclosion » dans le dossier « Enfances » : http://la-plume-francophone.over-blog.com/article-18473679.html.

2 Léonora Miano, Contours du jour qui vient, « Pocket Jeunesse », 2008. Toutes les citations sont extraites du passage situé aux pages 48 à 51.

3 Voir notre article sur ce roman intitulé « L’écriture comme cire chaude entre les cloisons des deux bords » dans le dossier « Ecritures nomades » : http://la-plume-francophone.over-blog.com/article-10722489.html.

4 Fatou Diome, Le Ventre de l’Atlantique, Livre de Poche, 2006. Toutes les citations sont extraites du passage situé aux pages 29 à 34.

5 Tierno Monénembo, La tribu des gonzesses, Cauris et Acoria Editions, 2006, p. 12.

6 Toutes les citations qui suivent sont extraites de la scène II de la pièce, aux pages 25-28.

7 Cheikh Hamidou Kane, L’Aventure ambiguë, 10/18, 2000, [1961]. Toutes les citations sont extraites des pages 169 et 170.
Par La plume francophone
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Samedi 16 mai 2009

Analyse

 

Mbëkë mi[1], apologue sur l’immigration clandestine

Par Virginie Brinker

 

 

Barça walla barsakh[2] : une fiction sur l’immigration ancrée dans le réel

Le roman d’Abasse Ndione a un ancrage très réaliste, comme l’atteste en exergue le texte documentaire extrait de la revue Nouvel Horizon d’octobre 2007 : « L’exode massif des jeunes est la preuve que l’absence d’une véritable politique de la jeunesse est le plus grand échec du Sénégal dans sa globalité. ». La dimension argumentative du récit, qui lui confère son appartenance au genre de l’apologue[3], est donc inscrite dès le seuil du texte, d’autant que cette citation fait écho à la formule du père de Kaaba, Malang au début du roman : « Les jeunes sont obligés de partir. Je les comprends. Rien n’est plus pénible, pour un jeune en état de pouvoir porter les chaussures de son père, que de continuer à se faire entretenir par lui[4] ». Le roman n’épargne pas les conditions de vie au Sénégal, en dénonçant notamment la corruption de la police, comme en témoigne ces propos de Kaaba – le second du capitaine Baye Laye, qui conduira la pirogue clandestine jusqu’aux îles Canaries – rassurant l’un des passagers, Mor Ndiaye, quant à la présence d’une patrouille : « Je te garantis qu’aucune patrouille ne viendra nous importuner. On s’est arrangés pour ça (…) On peut tout arranger dans ce pays, tu sais très bien, sauf trouver un bon boulot ou ressusciter un mort[5] ». Par ailleurs, l’avant-propos du roman relate, dans un style journalistique, l’arrivée de la première pirogue venue de Hann (village traditionnel de pêcheurs de la banlieue de Dakar) à Santa Cruz de Tenerife, ouvrant « la voie de l’extraordinaire immigration de milliers de jeunes Africains (…) à la recherche d’un avenir meilleur en Europe ». Il y a donc ici mention d’un fait apparemment réel, ancré dans des noms de lieux existants. On voit que la fiction qui suit s’inscrit dans une réalité actuelle, lui donnant valeur d’allégorie.

Le récit que l’on s’apprête à lire, c’est donc la décision de Baye Laye et Kaaba, deux mool (pêcheurs) de partir en pirogue pour les portes de l’Espagne, embarquant notamment avec eux 40 paysans issus de la communauté rurale de Yassara dans le Sénégal Oriental. La division en chapitres uniquement numérotés donne à la fiction une dimension de démonstration didactique. Le chapitre 1 se centre sur les villageois qui décident de partir, ayant amassé suffisamment d’argent, le chapitre 2 sur les deux pêcheurs disposant d’une pirogue, et le chapitre 3 sur la fusion des deux éléments via le personnage de Lansana, qui fait les présentations au chapitre 4. Par ailleurs, le récit est émaillé de termes wolof ou malinké (car les villageois le parlent), que l’on pourrait commenter comme une volonté de malinkisation de la langue française, comme dans les romans d’Ahmadou Kourouma, mais qui servent plutôt de gages d’authenticité et de réalisme au récit, vu les nombreuses notes de bas de pages expliquant l’emploi de ces termes. Celles-ci donnent d’ailleurs une dimension documentaire palpable au récit.

 

La mise en scène du tragique

A partir du chapitre 4 qui signe la rencontre entre les villageois et les deux mool, les chapitres suivants contribuent à créer un effet de grossissement de mauvais augure. En effet, chaque chapitre est constitué de la rencontre d’un nouveau personnage et de son récit enchâssé à visée argumentative, puisqu’il s’agit de persuader les deux membres de l’équipage de lui permettre d’accomplir avec eux la traversée. Vu que les deux pêcheurs cèdent à chaque fois, le parallélisme de structure des chapitres conduit inévitablement le lecteur à penser que la pirogue ne pourra pas supporter un nombre aussi important de passagers. La numérotation des chapitres peut alors revêtir une autre signification, en soulignant la structure cumulative d’ensemble. Au chapitre 5, c’est ainsi de Daba, veuve avec trois enfants, dont il est question, son récit enchâssé se trouvant p. 29-30. Le chapitre 6 est consacré à Mor Ndiaye, neveu de l’Imam et étudiant à l’Université Cheikh Anta Diop[6], tandis que le septième se centre sur le petit Talla, confié à Kaaba par sa cousine, Arame Thiandoume[7]. Ces trois personnages, véritables allégories, deviendront les personnages principaux de la traversée.

            On peut noter par ailleurs la présence d’un certain nombre de signes qui alertent le lecteur. Avant de rejoindre les autres, Baye Laye prend ainsi le chemin « coincé entre le barrage contre l’arrivée de la mer et le mur du cimetière[8] ». On apprend à la page 42 que l’équipage s’est embarqué par superstition sans gilets de sauvetage. Par ailleurs, la description de la nuit du départ met en relief, par connotation, l’isotopie de la mort :

 

La nuit était sombre, sans lune, sans étoiles. Tout était calme, on entendait le sifflement du vent du nord vers le large et le mugissement incessant des vagues qui grossissaient de plus en plus, dépassant la pirogue remontée au sec, en fin de journée, à une vingtaine de mètres de la ligne où, à présent, elles venaient mourir sur la plage[9].

 

Tout est donc mis en œuvre, dans la composition du roman, pour mettre le lecteur sur la piste du naufrage. Y compris, la description idyllique de la petite société de la pirogue lors des premiers jours de traversée, trop belle pour être vraie, forme de calme avant la tempête. En effet, le chapitre 10 est écrit comme une utopie, il y est question du riz au poisson de Daba, des prises de poisson du petit Talla, de l’idylle entre Daba et un autre passager, Kibily. L’accumulation de termes laudatifs et superlatifs y est plus que suspecte, et le lecteur tremble devant le caractère inévitablement éphémère de ce bonheur : « La traversée se déroulait mieux que ne pouvaient l’espérer les passagers, les jours et les nuits se succédaient paisiblement avec des repas variés, par un temps magnifique et une mer calme[10]. ». Enfin, cette parenthèse utopique, propice aux rêves les plus fous, revêt les dehors de l’ironie tragique :

 

Oui, ils se voyaient déjà en Europe. Ils avaient reçu à leur arrivée de nouveaux vêtements, avaient été mis en quarantaine dans un camp de la Croix-Rouge des Iles Canaries où ils avaient été vaccinés et avaient reçu une nourriture bonne et abondante.

 

L’usage du plus-que-parfait est tout à fait surprenant dans ce contexte, puisque les passagers n’ont pas encore vécu cela et que ce temps a un aspect d’accompli. Tout se passe donc comme si le rêve seul pouvait être la modalité de réalisation du fantasme d’exil.

            Enfin, durant la tempête, une modalité d’écriture particulière, que l’on pourrait qualifier d’écriture tragique, se met en place. En effet, les faits sont annoncés avant d’être racontés, comme si tout était irrémédiablement écrit à l’avance, comme le montrent les deux citations suivantes : « Durant la troisième nuit d’errance, survint le premier cas d’hallucination » (p. 78), « La seconde manifestation hallucinatoire eut lieu le lendemain dans la matinée et fut dramatique » (p. 79).

Pourtant les passagers survivront.

Le lecteur a tout le long été mené sur une fausse piste et le dénouement n’en est que plus surprenant, sauf qu’il entérine la poursuite du cycle infernal de l’émigration, le sauvetage narré à la page 83 ouvrant potentiellement la voie de l’exil à d’autres villageois, comme le signalait déjà l’avant-propos dont le statut s’avère alors ambigu. La fiction que l’on vient de lire pourrait bien être cette traversée inaugurale mentionnée au seuil du roman. Encore une fois tout est écrit d’avance et la fatalité cyclique est en marche. D’ailleurs, en écho à la devise Barça walla barsakh, le petit Pape, dans la scène d’adieu avec son père, Baye Laye, lui réclame « un maillot numéro 10, comme celui de Ronaldinho, aux couleurs bleu et rouge du Barça ». Métaphoriquement, cette scène dit peut-être en creux que l’aspiration des générations futures est et restera l’exil.

 

Emouvoir pour persuader, un lecteur « empirogué »

Dans cet apologue, la visée argumentative est portée avec force par deux registres essentiels. Le registre pathétique, cherchant à susciter la compassion du lecteur, prend rapidement le pas sur l’humour teinté d’ironie qui perçait dans les chapitres qui précédaient la traversée. On pouvait en effet y lire que l’imam, à qui les pêcheurs avaient confié l’argent de l’expédition, tenait « le cartable d’une main, son chapelet de l’autre ». Par ailleurs, au chapitre sept, la plainte, marquée par l’écriture élégiaque, de la mère du petit Talla - qui n’a d’autre but que d’envoyer son fils travailler à l’étranger pour assurer ses arrières - est minée de l’intérieur par l’ironie du narrateur. En évoquant son calvaire quotidien, elle « renifle » de façon un peu ridicule, « avec de forts reniflements, prête à sangloter de nouveau[11] ». Au contraire, dans les chapitres consacrés à la tempête, c’est un registre pathétique sans équivoque qui se développe, pour mieux persuader le lecteur du danger de la traversée :

 

Tous grelottaient de froid, avaient l’air hébété, les paupières tuméfiées, le regard hagard, les yeux rougis par le manque de sommeil et souffraient de la fatigue, de la faim et de la soif.[12]

 

D’autant que les 85 passagers de la pirogue Bonne Mère Fatou Fall, rencontrés en chemin, n’ont quant à eux pas été épargnés.

            Mais plus encore, c’est le registre épique, qui apparaît comme l’un des outils majeurs de la persuasion dans le roman, à partir du chapitre 11. Il déchaîne notre terreur (ce que l’on pourrait encore lier à la dimension tragique du roman) par la convocation du cosmos et des hyperboles pour décrire la violence extrême de la tempête. On peut notamment lire les expressions suivantes des pages 65 à 73 : « La nature se déchaîna complètement », « vague monstrueuse », « fracas apocalyptique », « le gouffre devint abyssal », « les montagnes d’eau qui s’abattaient sur la pirogue », « la furie de l’océan ». La folie gagne les passagers, notamment par des hallucinations, mais c’est le personnage de Mor Diaye, l’étudiant, qui représente le mieux l’hybris, sombrant dans la démesure, blasphémant, clamant la mort de Dieu (p. 69), et se livrant au viol de Daba. Face à lui, Kaaba meurt en véritable héros, soucieux du collectif, en tentant de sauver les bidons d’essence. Les caractères des hommes se révèlent dans ces situations extrêmes, dans une embarcation « jonchée de déjections[13] », dans laquelle certains individus vont toutefois trouver la force de rester des hommes dignes, et d’affronter leur destin.

            Au-delà donc de l’apologue sur l’immigration clandestine, ce court roman est aussi une forme de méditation sur la nature humaine qui n’est pas sans rappeler, dans ses dernières pages, l’essai de Todorov, Face à l’extrême. C’est finalement en cela que l’on peut pleinement parler d’apologue, la « morale » implicite étant plurielle, riche, polysémique.



[1] « Littéralement : le coup de tête. Nom donné à la traversée en pirogue à destination des îles Canaries. », telle est la note de bas de page que l’on peut lire à la page 17 du roman d’Abasse Ndione, Mbëkë mi, A l’assaut des vagues de l’Atlantique, Gallimard, Continents noirs, 2008.

[2] Abasse Ndione, Mbëkë mi, A l’assaut des vagues de l’Atlantique, p. 30. Il s’agit de la devise des immigrés dans les pirogues, jeu de mots pouvant se traduire par « Aller à Barcelone ou mourir ! ». On reconnaît le « Barça », l’équipe de football de Barcelone, et le terme wolof « Barsakh », lieu, où, dans la religion musulmane, résident les âmes de tous les morts en attendant le jour du jugement dernier.

[3] Un apologue est un récit à visée argumentative, l’origine grecque du mot signifiant « langage sous le langage », tel le conte philosophique, la fable, ou encore le roman à thèse.

[4] Ibidem, p. 24.

[5] Ibidem, p. 41.

[6] Le récit enchâssé de la vie de Mor Ndiaye se situe page 33-34.

[7] Celui des conditions de vie du petit Talla et de sa mère aux pages 36-39.

[8] Ibid., p. 45.

[9] Ibid., p. 46. Nous avons mis en italiques les termes évocateurs de ce destin funeste.

[10] Ibid., p. 59-60.

[11] Ibid., p. 38.

[12] Ibid., p. 76.

[13] Ibid., p. 77.

Par La plume francophone
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