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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 23:54

« S’inventer un modèle d'homme rebelle à nos lois »

Par Ali Chibani

           

             

                                                                        « Notes pour un court volume : L'auto-émissaire ou le paria.

                                                                                      Je me suis toujours senti déparé. »

 

                                                                             Jean El Mouhoub Amrouche, Journal.

 

 

 

 

            Jean Amrouche, l’auteur qui ne laisse rien au hasard. Ainsi, puisque le père fondateur de la littérature maghrébine est connu pour sa riche correspondance avec ses amis du monde littéraire et politique (André Gide, Jules Roy, Henry Bauchau, El Hachemi Cherif, Ferhat Abbas…), chaque lettre par sa main écrite était, disait-il, une « lettre pensée ». De même pouvons-nous dire sans abus de langage que son Journal est un « Journal pensé ». Longtemps attendu par le public, le Journal[1] a été enfin publié cette année (2011).

            Dans cet ouvrage qui n’est en fait qu’une partie sélective des 1000 pages manuscrites laissées par l’auteur du célèbre essai L’Eternel Jugurtha, on découvre un Jean Amrouche sans concession envers lui-même. Ses jugements sur sa propre personne sont d’une sévérité extrême. On voit également l’évolution de son jugement littéraire et de ses orientations politiques qui ont fait de lui « le pont » initiateur de la rencontre de Ferhat Abbas avec Charles de Gaulle. Ces positions indépendantistes, pour rappel, lui ont coûté son poste de journaliste à l’ORTF. On y trouve aussi une très belle lettre intitulée « El Mouhoub à Jean[2] » où le poète revient sur sa double culture kabyle et française. Il écrit également sur son appartenance à l’Algérie et à la France :

 

Parodiant le très cher et très aimé Jean Arthur je peux dire : c'est qu'il y a toujours dans mon équation intime un terme en surnombre que personne ne peut prendre en compte, et qui fait de moi ce monstre inclassable : plus français que les Français et plus algérien que les Algériens. Les Algériens se disent la même chose que les Français : il ne peut pas être tout à fait des nôtres, car il excède nos normes. Il s'est inventé un modèle d'homme, auquel il se conforme et ordonne ses actes, et que nous ne pouvons ni comprendre ni tolérer car il est par essence rebelle à nos lois[3].

 

Mais dans cette présentation, nous allons nous attarder sur la conception que se fait Amrouche de la poésie dans ses notes.

 

La poésie, à la fois grecque et aztèque

       Pour le cofondateur et codirecteur de la revue L'Arche, la poésie doit être le lieu de l’alliance du Beau et de l’interprétation. Le vrai poète est celui qui peut être la « lèvre », pour reprendre un terme de Nabile Farès, où impression et expression, « [p]ureté de substance » et « [r]igueur subjective » trouvent leur équilibre. Selon Amrouche, la magie aztèque est inséparable de la sagesse grecque : « … je tiens la proportion et la mélodie indispensables à toute beauté, qu’un art trop expressif limite à un aspect la signification et la portée d’un ouvrage. Qu’il n’y a pas à choisir entre aztèque et grec : mais que l’art grec ne vaut que dans la mesure où l’on y sent l’aztèque et inversement[4]. »

            Peut-on parler d’éthique de la poésie chez Jean Amrouche ? La question doit être posée lorsque l’on note la récurrence d’une terminologie d’ordre éthique dans plusieurs des notes du Journal. L’innocence, la pureté, l’authenticité et la sincérité sont autant de valeurs soulignées par le poète. Elles sont toutes présentées dans de fines analyses qui les rattachent à la création littéraire et leur donnent une connotation très subjective. Nous voyons là une forme d’auto-analyse qui mérite de servir de base à tout travail d’interprétation de l’œuvre amrouchienne. C’est le cas par exemple de la « sincérité » :

 

Je comprends mieux à présent ce que Gide entend par sincérité. Il ne s'agit pas tant de l'exactitude et de la réalité de tel ou tel aveu, que de la correspondance qui l'exprime. S'agit-il de soi ou d'un personnage quelconque. Étant donné que ce personnage n'est sincère qu'autant que l'auteur épouse son émotion ou sa pensée, et les traduit dans le ton approprié. En bref, la sincérité est cause de la justesse de la voix, et cette dernière est la pierre de touche de la sincérité[5].

 

Cette liaison du poétique et de l’éthique permet au poète de lier la figure du poète à la figure de Dieu, qui devient un lieu liturgique et d’unité ontologique. Car la figure divine, dans la poésie d’Amrouche, est celle qui crée le lien entre la culture ancestrale kabyle et la culture française d’adoption. Lier les deux cultures est essentiel dans la vie du créateur des entretiens littéraires. D’où l’élection de la « litote » comme figure rhétorique fondatrice dans le processus de l’« ensemencement » poétique : « Litote – économie : art suprême chez les Kabyles en même temps qu’elle est l’essence du classicisme français. (Poésie : toucher ce qui seul éveille dans le subconscient l’image mère, l’archétype de la chose dans sa réalité spirituelle, concrète et éternelle)[6]. » Amrouche cite le philosophe et mystique allemand Meister Eckhart : « Tiens-le toi pour dit : être vide de tout le créé, cela veut dire être plein de Dieu, et être rempli du créé, cela veut dire être vide de Dieu. » Il confirme ainsi l’importance que revêt à ses yeux l’une des fonctions qu’il attribue à la poésie : le renoncement : « Par analogie, tirer d’importantes considérations sur le détachement du poète en état de création, sur le vide créateur[7]. »

 

« Le Premier Témoin »

 

Ce détachement est censé ouvrir la voie à une poésie cathartique. Mais le poète découvre la réalité de son existence faite d’une insatisfaction perpétuellement grandissante : « … tout le drame de l'écrivain que je pourrais devenir. Écrire le livre dans l'espoir de se purifier en expulsant le limon ; et au-delà de cet espoir le style aigu de la lucidité trace un secret : on ne chasse l'esprit impur que pour préparer la maison où viendront les autres esprits, plus terribles, et l'on se retrouvera plus habité que devant[8]. »

            Le renoncement, la catharsis ont un intérêt personnel. Sur le plan collectif, Amrouche se sait engagé plus que quiconque dans le destin de la France occupée et de l’Algérie colonisée : « Ma plume est plus qu’un instrument, elle est mon témoin devant moi, devant ceux qui n’ont pas perdu tout espoir, devant mes morts et mes vivants qui se taisent et de qui je suis le Premier Témoin[9]. » L’utilité collective aboutit toujours à une utilité personnelle de la poésie et inversement, car ce que Amrouche a longtemps attendu et n’a jamais obtenu ni des Algériens, ni des Français, c’est la reconnaissance dont le besoin était pourtant bien grand chez lui : « Tellement miné intérieurement que je ne saurais plus me contenter de ma propre attestation[10]. » Il lui reste alors la poésie comme « recours suprême contre le découragement[11]. »

            Quoi qu’il en soit, Jean El Mouhoub Amrouche a toujours agi avec le charisme et la liberté d’esprit qui l’ont caractérisé. C’est ce qu’il affirme dans la dernière page du Journal qui est une lettre écrite, quelques jours avant son décès d’un cancer du pancréas, à El Hachemi Cherif : « Dans notre situation commune, je vois plus qu'une leçon, plus qu'une indication du destin, un signe non-équivoque qu'adresse à chacun de nous la divine Providence. Nul ne peut servir deux maîtres, dit l'Evangile. La maladie nous ramène rudement à cette vérité. Nous ne pouvons pas être à la fois les serviteurs de l'esprit et des maîtres de l'heure[12]. » Ainsi, jusqu’à son dernier souffle Amrouche est resté attaché à l’authenticité de l’être, joignant dans son souffle « maladie » et « vérité » comme origine et destination de tout effort créateur.

 



[1] Jean El Mouhoub Amrouche, Journal 1928-1962, édité et présenté par Tassadit Yacine Titouh, Paris, éd. Non Lieu, 2011.

[2] « 1946 », « 30 octobre », op. cit., p. 163.

[3]  « 1961 », « 28 mai », op. cit., p. 353.

[4] « 1946 », « 14 mai », op. cit., p. 158.

[5] « 1949 », « 18 février », op. cit., p. 207-208.

[6] « 1943 », « 16 septembre », op. cit., p. 114.

[7]  « 1942 », « 14 août », op. cit., p. 90.

[8] « 1950 », « 29 avril », op. cit., p. 236.

[9] « 1942 », « 28 au 29 août », op. cit., p. 91.

[10]  « 1930 », « 3 novembre », op. cit., p. 47.

[11] « 1945 », « 6 mars », op. cit., p. 140.

[12] « Lettre à H. C. 15. 3. 62 », op. cit., p. 355.

 

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 10:58

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Sur les cimes de l’amitié

par Ali Chibani

 

 

D une amitieD’une amitié. « Correspondance. Jean Amrouche-Jules Roy (1937-1962) »[1] a été publié à l’occasion de l’exposition et du colloque international organisés, en 1985, par les Archives de la Ville de Marseille en hommage au père fondateur de la littérature francophone algérienne, Jean Amrouche. Cet ouvrage, exceptionnel par l’intensité des sentiments qui s’en dégagent, par la profondeur du raisonnement et par la grandeur du style déployées par les deux correspondants, rassemble des documents allant essentiellement de 1937, année où Jules Roy et Jean Amrouche se sont connus à Paris par l’entremise du poète Armand Guibert, à la mort prématurée de l’auteur de L’Éternel Jugurtha le 16 avril 1962. D’une amitié est surtout composé de lettres échangées par Jean Amrouche et Jules Roy. On trouve aussi d’autres documents tels que des articles des deux poètes ou encore des lettres écrites par des amis de Jean Amrouche, ainsi que par sa femme Suzanne dont la dernière est datée de 1983.

 

La littérature au cœur de l’amitié

 

            La correspondance de Jean Amrouche avec Jules Roy se caractérise par la grande sincérité des deux auteurs qui s’admirent et s’aiment mutuellement. Pour eux, les lettres tinrent lieu d’espace de discussion pour dépasser l’impossibilité de se rencontrer. Jean Amrouche commente ainsi ce qu’il vient d’écrire dans son courrier du 12 février 1945 : « Je m’interroge avant d’envoyer cette lettre : elle sonne faux, car j’ai élevé la voix alors que j’aurais dû te parler à voix basse[2]. » Des brouilles, il y en eut aussi et elles furent réglées avec une honnêteté parfois si brutale qu’on pourrait s’étonner que l’amitié des deux personnalités ait résisté à tant d’orages. Ces lettres montrent la grande confiance que Jules Roy a mise en Jean Amrouche et l’estime portée par celui-ci à celui-là. En tout cas, elles donnèrent lieu à des réactions où la poésie de l’expérience ne contrarie point la poésie des sentiments. Amrouche a servi de grand frère qui console et encourage dans les moments difficiles l’aviateur engagé dans la Seconde Guerre mondiale à qui il prodiguait aussi ses conseils littéraires :

 

Que ta méditation se poursuive dans le concret, et notamment dans le drame, très bien. Encore faut-il que les grands mouvements en soient clairs. Ton livre [Le Métier des armes] doit être entièrement construit selon le rythme d’une prise de conscience, qui aboutit au renoncement. Dans le détail de l’écriture, il y a de belles choses (mais qui ne diffèrent pas assez de la Vallée [Heureuse] – surtout le début), mais aussi des choses détestables. Tes analyses tournent court. Parfois on a le sentiment que tu n’as pas eu le courage et la patience d’aller au fond des problèmes[3].

 

Jean Amrouche a été le premier lecteur des ouvrages de Jules Roy qu’il commentait sans complaisance.

            Le poète kabyle a été très affecté par son impuissance à écrire le roman dont il a toujours rêvé (La Mort d’Akhli) et à mener à bout ses projets d’écrivain.Nombreuses sont les lettres où il s’en ouvre à Jules Roy : « Je rêve, naturellement : J’imagine que cette année je parviendrai à déblayer une partie de ma route : finir Jugurtha, mettre au point “Mesures pour Rien”, avancer mon livre sur la France et dicter la première version de La mort d’Akhli[4]. » De son côté, Jules Roy a compris la détresse d’Amrouche : « Tu dois faire passer, insiste-t-il, avant tout, p.c.q. [parce que] cela prime tout, l’effort consacré à ton roman. Il faut te retrancher du monde, il faut te tirer de l’infernal filet de ta vie, il faut te garder de la pitié, de l’amour fraternel et sauver chez toi le meilleur[5]. » L’explication donnée par Amrouche à cette impuissance dépend des conjonctures. S’il est des moments où il parle de sécheresse, il souligne à maintes reprises son engagement total dans la vie de la revue Tunisie Française Littéraire (T.F.L.), dont Armand Guibert lui confia les rênes, et de la revue Arche, parrainée par André Gide. Amrouche, comme Roy dans ses débuts, devait produire une profusion d’articles pour répondre à ses besoins pécuniaires. En effet, l’auteur de Cendre et d’Étoile Secrète avoue avoir voulu intégrer la petite bourgeoisie afin de se garantir une certaine autonomie financière qui lui aurait permis de se consacrer à ses activités littéraires : « Peu à peu, cependant, j’ai senti le poids des ans. L’alibi majeur c’était la nécessité de vivre, de construire, à partir de rien, une petite aisance bourgeoise qui assurait au mieux une relative sécurité. Mais que suis-je devenu dans tout cela ? Quelqu’un qui ne disait jamais je, qui parlait toujours au nom d’autrui, et qui gardait pour lui un secret étouffant[6]. » Les frustrations de Jean Amrouche, qui demandait par moments à son ami « Julius » de lui acquérir des costumes et des pantalons, étaient accentuées par sa fréquentation des grands cercles littéraires algérois et parisiens : Albert CamusAndré Gide, Armand Guibert, Henry de Montherlant, Jean Paulhan

            Face à un Jules Roy qui produisait avec aisance car il avait emmagasiné suffisamment d’histoires dans les guerres qu’il avait faites, Amrouche s’accrochait à des projets alternatifs. Il comptait ainsi rassembler l’ensemble de sa production (poésie, essai, traductions…) dans un seul ouvrage. Grâce à ses lettres, on comprend que Jean Amrouche était moins attaché à Cendre qu’à Étoile Secrète. Mais l’ouvrage dont il éprouve la plus grande satisfaction – sentiment partagé par son ami Roy – est Chants Berbères de Kabylie publié en 1939.

 

« Frères de sang »

 

            La littérature ne fut pas la seule préoccupation des deux hommes. Elle était même un moyen de mieux s’engager dans l’Histoire et de s’en guérir. Jules Roy avait intégré l’aviation militaire des alliés pendant la Seconde Guerre Mondiale et avait fait la Guerre d’Indochine. Cela l’avait plongé dans une grande solitude et dans une réelle détresse, particulièrement lorsqu’il voyait ses compagnons disparaître sous les feux de l’ennemi. Amrouche, lui, s’était acharné pour garder en vie la T.F.L. qui fut la première revue à prendre des positions tranchées contre le nazisme. Cet engagement ne plaisait pas au régime français qui voulait interdire la publication du titre. Plus tard et juste après les événements du 8 mai 1945 en Algérie, Jean Amrouche avait choisi son camp : l’indépendance algérienne : « J’ai peur que la blessure creusée au corps et au cœur d’un peuple demeure longtemps suppurante[7]. » Et Jules Roy de lui répondre : « … une grande tristesse me gagne p.c.q. nous avons fait une guerre de cinq ans pour en arriver à ce mépris de l’homme[8]. »

La sensibilité des deux hommes à l’évolution de l’Histoire se manifeste aussi pendant la Guerre d’Algérie. Amrouche, qui fut à l’origine de la rencontre en 1959 du général de Gaulle avec le président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), Ferhat Abbas, avait compris que sa mission était d’être le porte-voix de sa patrie dont il vivait toutes les souffrances au point de se sentir étranger dans le pays qu’il s’était inventé : « Tu n’imagines pas combien je me sens seul, enfoui dans mes problèmes, prisonnier de mon “intelligence”, séparé de tous, saignant avec mes frères de sang, repoussé par une force irréductible loin de ceux que je côtoie tous les jours, dont les livres me parlent un langage étranger…[9] ». Jules Roy était également affecté par cette guerre et le dit : « J’ai honte d’être français. Je ne veux plus être solidaire de la connerie de mes compatriotes[10]. » Et Jean Amrouche, dont l’attachement à la civilisation française était pourtant sans faille, d’ajouter : « Quant à l’Afrique du Nord, écoute-moi bien, qui pèse mes mots, j’en suis venu à croire qu’elle ne trouvera son être, si elle le trouve jamais, que contre la France[11]. »

            La Guerre d’Algérie a réveillé d’autres blessures, identitaires celles-là. Jean Amrouche, dont Charles de Gaulle même voulait faire le « Jean Moulin algérien », était considéré par ses proches comme un Français. Mais les différends professionnels et la Guerre d’Algérie ramenaient le « Bougnoule », comme il se présentait avec provocation, à une autre réalité : « Les hommes de mon espèce sont des monstres, des erreurs de l’histoire[12]. » Ce conflit identitaire peut expliquer l’intransigeance d’Amrouche qu’on ressent notamment dans les entretiens littéraires, dont il est le créateur, à la R.T.F. (Radiodiffusion-télévision française) où il aimait imposer jusqu’à un certain point sa propre conception de la littérature. Cette intransigeance est redoublée par son statut particulier dans le monde. Connu et admiré des plus grands, il est oublié du public populaire car il n’a produit que deux recueils de poésie et une traduction contrairement à ses amis, dont Jules Roy, qui se sont fait une situation dans l’univers littéraire.

            La correspondance Jean Amrouche-Jules Roy est hantée par les morts. Plus que la disparition de la mère de Jules Roy, c’est celle de Saint-Exupéry qui revient dans une partie des lettres échangées : « … il était vraiment l’homme du XXe siècle dans sa plénitude accomplie, il était la mesure de l’homme[13]. » Quelques mois après la mort d’Albert Camus, Jean Amrouche qui s’en alla à son tour. Suzanne, sa femme, avait trouvé en Jules Roy un fidèle ami et un solide soutien. C’est à lui qu’elle demanda conseil quand il fut question de créer « un “club” ou un “groupement des amis de Jean Amrouche[14] » que Jean Daniel devait intégrer et qui devait être présidé par le chef de l'Exécutif provisoire algérien à l’indépendance du pays, Abderrahmane Farès.

 

            D’une amitié découvre la relation d’une intimité et d’une pudeur rarissimes entre deux poètes majeurs du XXe siècle. Deux « absents » extrêmement et infailliblement présents l’un pour l’autre. Cette correspondance illustre cette capacité qu’avaient Amrouche et Roy à tout exprimer de l’âme humaine, même ce qui peut nous paraître ineffable. Loin des figures publiques, nous faisons la connaissance de deux vies, voire d’une vie privée. Cela rehausse encore davantage les rebelles et les confirme dans leur immortalité qui explique le « Prélude à l’Immémorial[15] » qui ouvre cette correspondance et dont l’auteur n’est autre que Jules Roy qui conclut une de ses lettres : « À toi, Jugurtha, le salut de Genséric[16]. »



[1] D’une amitié. « Correspondance. Jean Amrouche-Jules Roy (1937-1962) », Aix-en-Provence, Édisud, 1985.

[2] Lettre « [XXXVII. Jean Amrouche à Jules Roy », op. cit., p. 60.

[3] Lettre « [LXII. Jean Amrouche à Jules Roy », op. cit., p. 89.

[4] Lettre « LIV. Jean Amrouche à Jules Roy », op. cit., p. 78.

[5] Lettre « LIX. Jules Roy à Jean Amrouche », op. cit., p. 85.

[6] Ibid.

[7] Lettre « XLII. Jean Amrouche à Jules Roy », op. cit., p. 65.

[8]Lettre « [XLIV]. Jules Roy à Jean Amrouche », op. cit., p. 67.

[9] Lettre « LXXII. Jean Amrouche à Jules Roy », op. cit., p. 97.

[10] Lettre « LXXX. Jules Roy à Jean Amrouche », op. cit., p. 104.

[11] Lettre « LXXII. Jean Amrouche à Jules Roy », op. cit., 98.

[12] Lettre « LXXIX. Jean Amrouche à Jules Roy », op. cit., p. 104.

[13] Lettre « XL. Jean Amrouche à Jules Roy », op. cit., p. 69.

[14] Lettre « LXXXIII. Rémy Renou à Jules Roy », op. cit., p. 107.

[15] Op. cit., p. 11.

[16] Lettre « LV. Jules Roy à Jean Amrouche. », op. cit., p. 81.

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