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7 février 2007 3 07 /02 /février /2007 17:18

 

 

Les Identités meurtrières d’Amin Maalouf

La dénonciation de la « conception tribaliste de l’identité »

« L’humanité, tout en étant multiple, est d’abord une[1] »

 

Les Identités meurtrières est un essai, particulièrement abordable et didactique, publié en 1998 aux Éditions Grasset, qui refuse la définition simpliste, « tribaliste », trop courante, de l’identité. Et c’est à partir de son expérience personnelle, de la diversité de ses appartenances qu’Amin Maalouf...  Pour lire la suite sur notre nouveau blog, cliquer ici

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Published by La plume francophone - dans Dossier n°6 : Amin Maalouf
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6 février 2007 2 06 /02 /février /2007 10:03

 

 

 

Par une froide journée d’hiver…

ou l’histoire d’une rencontre[1] avec Amin Maalouf 
par Sandrine Meslet

 

 

 

 

 

Nous sommes le mardi 21 janvier 2006 et j’ai le plaisir d’être reçue chez l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf, je suis un peu tremblante au moment de passer le porche de l’immeuble et je mesure intérieurement le temps qui s’est écoulé depuis ma première rencontre avec le romancier, c’était avec son roman Samarcande il y a bientôt dix ans. Il y a quelque chose de sacré dans le fait de rencontrer l’homme que vous suivez à travers ses écrits depuis quelques années, surtout lorsque est né de ce coup de foudre littéraire ma volonté de consacrer mes travaux de recherche à ses romans. L’instant redouté et tant attendu vient d’arriver, je sonne et grimpe les quelques marches qui mènent à l’appartement où j’aperçois déjà sur le seuil la silhouette d’un homme. Il n’est plus qu’à quelques pas. Cependant il me faut lutter et ne pas me laisser impressionner, et après de brèves et pudiques salutations je rentre et installe mon questionnaire sur mes genoux, Amin Maalouf esquisse un sourire chaleureux, empli d’encouragement : il est temps de me lancer.

Ma première question concerne les différents statuts de l’écrivain, en effet le travail de romancier comme celui d’essayiste semblent demander des approches bien distinctes. Amin Maalouf préfère parler de continuité dans son œuvre, quelque soit la forme que celle-ci doit prendre, il considère que ses préoccupations restent les mêmes d’une œuvre à l’autre. Cependant il note que l’essai demande plus de précision, dans le sens où il ne peut-être question d’approximation lorsqu’il est question de traduire sa pensée au plus proche, d’être fidèle à soi.

J’aborde par la suite la question de la traduction de ses romans, comment un écrivain aussi précis dans sa tâche peut-il laisser à d’autres « liberté » en ce qui concerne la traduction en arabe et en anglais, langues qu’il parle et écrit de surcroît. Dès la publication il considère que ses livres ne lui appartiennent plus, ils doivent voyager à travers les mots du traducteur. Amin Maalouf n’interfère pas mais reste disponible pour la traduction d’expressions délicates.

Nous en venons ensuite à la vocation de l’écrivain et au rôle que semble lui offrir la société, pour Amin Maalouf celui de passeur entre deux cultures lui semble le plus approprié même s’il ne veut pas y réduire son œuvre. Il mesure aussi le travail de figuration et de transfiguration littéraire auquel doit se prêter l’écrivain, comme il le précise « on ne peut faire de bonne littérature qu’avec de bons sentiments ». Une scission de l’intime entre deux espaces géographiques, celui du monde arabo-musulman et du monde occidental, qu’il assume même si elle n’apparaît pas des plus évidentes. Il revendique aussi son besoin d’assumer le monde à sa manière, en écrivant.

Lorsqu’on en vient à la question du pourquoi de l’écriture, les mots de l’écrivain se font intimes, entre la notion du vide et du trop-plein se confondent peur et espoir de l’écrivain. Ainsi le matin ressemble au vide si l’écriture ne vient pas y substituer ses mots, dans un même temps le jaillissement du trop-plein demande à être prolongé immédiatement sur le papier. Il faut d’ailleurs un lieu pour héberger ces deux solitudes, Amin Maalouf a fait le choix d’une île dans laquelle il se retire pour écrire. L’écriture est un exil initial et empêche de mener une vie sociale normale, la mer apparaît comme un déversoir de pensées intimes, sorte de compagne d’écriture, de miroir de l’altérité.

De nombreuses lectures semblent l’avoir amené progressivement à la littérature, des textes en arabe, en français et en anglais l’ont ainsi accompagné. Il cite Thomas Mann, Albert Camus, Léon Tolstoï, Marguerite Yourcenar, Charles Dickens, Omar Khayyam et la poésie de langue arabe ou encore Stefan Zweig : c’est donc à la croisée des littératures que naît l’expérience du romancier.

En guise de conclusion à notre entretien, je lui propose de commenter un extrait du roman de Cheikh Hamidou Kane L’aventure ambiguë qui traite de la démission du personnage littéraire devant la tâche de réunion entre deux cultures diamétralement opposées. Le roman évoque ainsi la possibilité d’un échec dans la constitution de l’être hybride (Orient-Occident, Nord-Sud) qui ne se réconcilie avec lui-même que dans l’au-delà métaphysique de la mort. Amin Maalouf entend bien cet échec mais espère la possibilité d’une réconciliation sans toutefois en occulter la difficulté. La littérature se contente de proposer des chemins, de faire des constats mais elle ne peut aller au-delà, elle se présente ainsi comme une voie alternative, empruntant des chemins encore inexplorés par l’homme.

 

 

 

            Je voudrais remercier encore une fois la gentillesse et la patience de Monsieur Amin Maalouf lors de cet entretien.

 

 

 

 

 



[1] Cet article se présente comme un montage qui se donne pour tâche de résumer un entretien de plus de deux heures, il n’est donc pas exhaustif mais tient lieu d’ouverture à la pensée maaloufienne que vous pouvez retrouver dans son essai Les Identités meurtrières ou encore dans son livre mémoire consacré à l’histoire de sa famille Origines.

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Published by La plume francophone - dans Dossier n°6 : Amin Maalouf
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1 février 2007 4 01 /02 /février /2007 16:04


L’amour de loin de Amin Maalouf :

 

 

La fin’amor d’entre deux rives

 

 

 

 

L’amour de loin est un opéra en cinq actes de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho sur un livret original de l’auteur libanais Amin Maalouf. Mis en scène en août 2000 à Salzbourg, en Autriche et repris en novembre 2001 au théâtre du Châtelet à Paris, sa publication chez les Éditions Grasset a eu lieu la même année. Celui-ci nous emmène vers la Méditerranée du XIIème siècle, entre Orient et Occident, à travers une histoire mélangeant fantasme et réalité.

En Aquitaine, Jaufré Rudel, prince de Blaye, s’est lassé de la vie de plaisir des jeunes gens de son rang. Il aspire à un amour différent, plus pur, lointain, quitte à ce qu’il ne soit jamais satisfait. Ses compagnons, qui constituent le premier choeur de l’opéra, lui reprochent ce changement d’attitude et le moquent. Ils essaient de le convaincre que la femme qu’il chante n’existe pas. Mais un pèlerin, arrivé d’Outremer, affirme qu’une telle femme existe bel et bien, qu’il l'a même déjà rencontrée. Jaufré, qui refuse de connaître son nom ne pensera plus qu’à elle. (Acte I).

Reparti en Orient, le pèlerin croise le chemin de Clémence, la comtesse de Tripoli et lui raconte qu’un prince-troubadour la célèbre dans ses chansons en l’appelant son « amour de loin ». Dans un premier temps offusquée, elle se met à rêver de cet amoureux étrange et lointain tout en se demandant si elle mérite une telle dévotion. (Acte II).

De retour à Blaye, le pèlerin rencontre de nouveau le prince et lui avoue que la dame sait désormais qu’il la chante. Cette nouvelle décide le prince-troubadour à se rendre auprès d’elle. (Acte III).

Lors de son voyage en mer, Jaufré redoute de plus en plus cette rencontre et regrette d’être parti sur un coup de tête. Ses angoisses sont telles qu’il en tombe malade et qu’il arrive mourant à Tripoli. (Acte IV).

Prévenue de l’état du prince, Clémence, accompagnée du chœur des femmes tripolitaines attend son arrivée. La rencontre entre les deux amants a enfin lieu. L’approche de la mort leur fait alors briser leur amour platonique, ils s’avouent leur passion et se promettent de toujours s’aimer. Lorsque Jaufré meurt, Clémence se révolte contre le ciel, puis se sentant responsable de sa mort, elle décide d’entrer au couvent. Ses toutes dernières paroles sont dédiées à son seigneur, mais leur ambiguïté ne permet pas de savoir s’il s’agit de son Dieu ou de son « amour de loin ». (Acte V).

 

 

Cet admirable conte sur l’amour pur et passionné s’inscrit dans la longue tradition de l’amour courtois (également appelé la fin’amor), un concept qui remonte à la littérature du Moyen Âge et qui désigne l’amour profond, prude et totalement désintéressé que l’on retrouve entre un prétendant et sa dame. Parmi les exemples romanesques les plus connus, citons celui de Lancelot et Guenièvre dans l’oeuvre de Chrétien de Troyes, Lancelot ou le Chevalier de la charrette, ou encore celui de Tristan et Iseult.

Dans L’amour de loin, nous retrouvons de nombreuses thématiques de l’amour courtois : déclarations d’amour (occasionnellement en ancien français), désir grandissant de l’être aimé ou encore le motif de la rencontre qui ne fait qu’affleurer entre les deux amants (p. 80-81):

 

 

Seigneur, si je pouvais rester ainsi quelques moments, quelques moments de plus,

 

 

Si je pouvais revivre un peu, un peu seulement.

 

 

Mon amour qui était loin est maintenant près de moi, mon corps est dans ses bras et je respire le parfum le plus doux.

 

 

Si la mort pouvait attendre au dehors au lieu de me secouer ainsi, impatiente.

 

 

 

 

Mais la grande originalité de ce conte d’amour est qu’il explore un espace onirique ambigu : ce lieu critique entre absence et présence, entre Occident et Orient, où la relation amoureuse fantasmée se précise à mesure que l’être aimé se rapproche : « J’ai peur de ne pas la retrouver et j’ai peur de la retrouver […] J’ai peur de mourir […] et j’ai peur de vivre » (p. 64.)

Dans cet espace entre deux mondes, le personnage du pèlerin joue alors le rôle crucial du passeur. Il transmet aux amants les pensées fluctuantes que chacun nourrit pour l’autre par-delà les mers. Et pour transformer cette histoire inspirée par la vie du troubadour, Jaufré Rudel, en son premier opéra, Kaija Saariaho avait elle aussi besoin d'un passeur, d'une personne capable de convertir une légende en un texte lyrique. Elle l'a trouvé en Amin Maalouf, célèbre écrivain libanais francophone dont les œuvres tentent de jeter un pont entre les mondes occidentaux et orientaux desquels il se réclame simultanément. Car si les deux auteurs ne se connaissaient pas, la similitude de leur inspiration, elle, est perceptible. En effet, étant tous deux de grands « irrationnels », ils construisent leur œuvre à partir de l'impression progressive et parfois involontaire d'une réalité sensible. Par exemple, Amin Maalouf évoque les nombreuses soirées passées à l'opéra ainsi que la lecture abondante de livrets avant de s'atteler à l’écriture de L'amour de loin : « Je sentais que j'avais besoin de m'imprégner de cette écriture musicale, sans savoir de quelle manière cela m'a réellement influencé ».

 

 

Le thème de l'hybridité est, quant à lui, omniprésent dans l'œuvre de cette compositrice née il y a près de cinquante ans en Finlande et installée depuis 1982 en France qui se déclare elle-même avide d'échanges. Il s’inscrit aussi bien dans le genre (qui mêle le texte, la musique et la mise en scène), que dans les lieux évoqués (Orient et Occident), dans les inspirations littéraires (amour courtois, contes orientaux) et enfin dans la thématique qui se joue de la réalité et du fantasme.

 

 

Cette œuvre singulière se constitue donc par flux et reflux d'amour, de modes d'écriture, de vagues successives qui se recouvrent et portent à nouveau la barque créatrice vers d'autres courants : « Pour savoir qui l'on est, il faut aller sur l'autre rive », notait Peter Sellars, metteur en scène de L'amour de loin.

Cette écriture composite, toute en nuance et en partage se retrouve également dans la seconde collaboration entre Kaija Saariaho et Amin Maalouf, intitulée Adriana Mater (livret paru en mars 2006 aux Éditions Grasset), qui croise, toujours sous la forme d’un opéra, le thème de la maternité et celui de la violence humaine.

 

 

 

 

 

 

Jessica FALOT

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