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14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 12:39
OÙ VA LA FRANCE ?
 
 
« … la civilisation se construit à la fois du dedans et du dehors. » C'est dans ces termes que le psychanalyste français René Kaës ouvre Différence culturelle et souffrances de l’identité, l'ouvrage collectif qu'il a dirigé (éd. Dunod, 1998). Les politiques, eux, ont une autre idée: séparer le "dedans" du "dehors". Tout ce qui vient de l'extérieur est à leurs yeux monstrueux. Pourtant, ces mêmes politiques ne sauraient pas quoi faire sans les étrangers, particulièrement en période électorale où ils leur servent de boucs-émissaires.
À l'heure où le peuple français occupe les rues pour défendre ses "privilèges", des "étrangers en situation irrégulière" se jettent du haut des immeubles. La police a frappé sur la porte. Qui manifeste pour ces victimes de la dernière terreur fabriquée par le ministère le plus infâme qui se puisse imaginer ?
18000, c'est le chiffre de l'année. 18000, ce sont des hommes, des femmes et des enfants jetés, « expulsés », de l'autre côté du "Mur". 
À ce propos, nous publions des extraits du dernier appel de Patrick Chamoiseau et Edouard Glissant.


Les Murs
L'approche des hasards et de la nécessité de l'idée d'identité
 
 
Une des richesses les plus fragiles de l'identité, personnelle ou collective, et les plus précieuses aussi, est que d'évidence elle se développe et se renforce de manière continue, nulle part on ne rencontre de fixité identitaire, mais aussi qu'elle ne saurait s'établir ni se rassurer à partir de règles, d'édits, de lois qui en fonderaient d'autorité la nature. Le principe d'identité se réalise ou se déréalise parfois dans des phases de régression (perte du sentiment de soi) ou de pathologie (exaspération d'un sentiment collectif de supériorité) dont les diverses « guérisons » ne relèvent pas, elles non plus, de décisions préparées et arrêtées, puis mécaniquement appliquées. 
Une des richesses les plus fragiles de l'identité, personnelle ou collective, et les plus précieuses aussi, est que d'évidence elle se développe et se renforce de manière continue, nulle part on ne rencontre de fixité identitaire, mais aussi qu'elle ne saurait s'établir ni se rassurer à partir de règles, d'édits, de lois qui en fonderaient d'autorité la nature. Le principe d'identité se réalise ou se déréalise parfois dans des phases de régression (perte du sentiment de soi) ou de pathologie (exaspération d'un sentiment collectif de supériorité) dont les diverses « guérisons » ne relèvent pas, elles non plus, de décisions préparées et arrêtées, puis mécaniquement appliquées.
Essayons d'approcher cette multiplicité complexe, jamais donnée comme un tout, ni d'un seul coup, que nous appelons identité. Un peuple ou un individu peuvent être attentifs au mouvement de leur identité, mais ne peuvent en décider par avance, au moyen de préceptes et de postulats. On ne saurait gérer un ministère de l'identité. Sinon la vie de la collectivité deviendrait une mécanique, son avenir aseptisé, rendu infertile par des régies fixes, comme dans une expérience de laboratoire. C'est que l'identité est d'abord un être-dans-le-monde, ainsi que disent les philosophes, un risque avant tout, qu'il faut courir, et qu'elle fournit ainsi au rapport avec l'Autre et avec ce monde, en même temps qu'elle résulte du rapport. Une telle ambivalence nourrit à la fois la liberté d'entreprendre et, plus avant, l'audace de changer.
 
Identité nationale
En Occident et d'abord en Europe, les collectivités se constituent en nations, dont la double fonction fut d'exalter ce qu'on appelait les valeurs de la communauté, de les défendre contre toute agression extérieure et, si possible, de les exporter dans le monde. La nation devient alors un État-nation, dont le modèle peu à peu s'impose et définit la nature fondamentale des rapports entre peuples dans le monde moderne. La communauté qui vit en État-nation sait pourquoi elle le fait, sans jamais pouvoir le figurer par postulats et théorèmes, c'est la raison pour laquelle elle exprime cela par des symboles (les fameuses valeurs), auxquels elle prétend attribuer une dimension « d'universel ». Une telle organisation est au principe des conquêtes coloniales, la nation colonisatrice impose ses valeurs, et se réclame d'une identité préservée de toute atteinte extérieure et que nous appellerons une identité racine unique. Même si toute colonisation est d'abord d'exploitation économique, aucune ne peut se passer de cette survalorisation identitaire qui justifie l'exploitation. L'identité racine unique a donc toujours besoin de se justifier en se définissant, ou du moins en essayant de le faire. Mais ce modèle s'est aussi trouvé à l'origine des luttes anticolonialistes, c'est dans la revendication d'une identité nationale, héritée de l'exemple du colonisateur, que les communautés dominées ont trouvé la force de résister. Le modèle de l'État-nation a multiplié dans le monde. Il en est résulté bien des désastres. (…)
 
Faire-Monde
Ainsi en plein 21ème siècle, une grande démocratie, une vieille République, terre dite des « Droits de l'Homme », rassemble dans l‘intitulé d'un ministère appelé en premier lieu à la répression, les termes : immigration, intégration, identité nationale, co-développement. Dans ce précipité, les termes s‘entrechoquent, s'annulent, se condamnent, et ne laissent en finale que le hoquet d'une régression. La France trahit par là une part non codifiable de son identité, un des aspects fondamentaux, l'autre en est le colonialisme, de son rapport au monde : l'exaltation de la liberté pour tous. (…)
C'est vrai enfin que dans ce marché ouvert, ce « monde-marché », ce « marché-monde », les dépressions entre pénurie et abondance suscitent des flots migratoires intenses, comme des cyclones qu'aucune frontière ne saurait endiguer. Sapiens est par définition un migrant, émigrant, immigrant. Il a essaimé comme cela, pris le monde comme cela et, comme cela, il a traversé les déserts et les neiges, les monts et les abîmes, quitté les famines pour suivre le boire et le manger. Il n'est frontière qu'on n'outrepasse. (…) le Tout-Monde est la maison de tous - Kay tout moune -, qu'il appartient à tous et que son équilibre passe par l'équilibre de tous.
 
Mur et Relation
(…) La notion même d'identité a longtemps servi de muraille : faire le compte de ce qui est à soi, le distinguer de ce qui tient de l'Autre, qu'on érige alors en menace illisible, empreinte de barbarie. Le mur identitaire a donné les éternelles confrontations de peuples, les empires, les expansions coloniales, la Traite des nègres, les atrocités de l'esclavage américain et tous les génocides. Le côté mur de l'identité a existé, existe encore, dans toutes les cultures, tous les peuples, mais c'est en Occident qu'il s'est avéré le plus dévastateur sous l'amplification des sciences et des technologies. Le monde a quand même fait Tout-Monde. Les cultures, les civilisations et les peuples se sont quand même rencontrés, fracassés, mutuellement embellis et fécondés, souvent sans le savoir.
(…) Le progrès humain ne peut pas se comprendre sans admettre qu'il existe un côté dynamique de l'identité, et qui est celui de la Relation. Là où le côté mur de l'identité renferme, le côté Relation ouvre tout autant, et si, dès l'origine, ce côté s'est ouvert aux différences comme aux opacités, cela n'a jamais été sur des bases humanistes ni d'après le dispositif d'une morale religieuse laïcisée. C'était simplement une affaire de survie : ceux qui duraient le mieux, qui se reproduisaient le mieux, avaient su pratiquer ce contact avec l'Autre : compenser le côté mur par la rencontre du donner-recevoir, s'alimenter sans cesse ainsi : à cet échange où l'on se change sans pour autant se perdre ni se dénaturer. (…)
 
L'imaginaire libre
Les murs qui se construisent aujourd'hui (au prétexte de terrorisme, d'immigration sauvage ou de dieu préférable) ne se dressent pas entre des civilisations, des cultures ou des identités, mais entre des pauvretés et des surabondances, des ivresses opulentes mais inquiètes et des asphyxies sèches. Donc : entre des réalités qu'une politique mondiale, dotée des institutions adéquates saurait atténuer, voire résoudre. Ce qui menace les identités nationales, ce n'est pas les immigrations, c'est par exemple l'hégémonie étasunienne sans partage, c'est la standardisation insidieuse prise dans la consommation, c'est la marchandise divinisée, précipitée sur toutes les innocences, c'est l'idée d'une « essence occidentale », exempte des autres, ou d‘une civilisation exempte de tout apport des autres, et qui serait par là même devenue non-humaine. C'est l'idée de la pureté, de l'élection divine, de la prééminence, du droit d'ingérence, en bref c'est le mur identitaire au cœur de l'unité-diversité humaine. (…)
 
Mondialité
La Mondialité (qui n'est pas le marché-monde) nous exalte aujourd'hui et nous lancine, nous suggère une diversité plus complexe que ne peuvent le signifier ces marqueurs archaïques que sont la couleur de la peau, la langue que l'on parle, le dieu que l'on honore ou celui que l'on craint, le sol où l'on est né. L'identité relationnelle ouvre à une diversité qui est un feu d'artifice, une ovation des imaginaires. La multiplicité, voire l'effervescence, des imaginaires repose sur la présence vivifiante et consciente de cela que toutes les cultures, tous les peuples, toutes les langues, ont élaboré en ombres et en merveilles, et qui constitue l'infinie matière des humanités. La vraie diversité ne se trouve aujourd'hui que dans les imaginaires : la façon de se penser, de penser le monde, de se penser dans le monde, d'organiser ses principes d'existence et de choisir son sol natal. La même peau peut habiller des imaginaires différents. Des imaginaires semblables peuvent s'accommoder de peaux, de langues et de dieux différents. (…)
 
De la repentance
(…) Ce n'est pas l'immigration qui menace ou appauvrit, c'est la raideur du mur et la clôture de soi. C'est pourquoi nous nous sommes levés pour que les Histoires nationales s'ouvrent aux réalités du monde. Pour que les mémoires nationales verticales puissent s'enivrer du partage des mémoires. Pour que la fierté nationale puisse s'alimenter à la reconnaissance des ombres comme des lumières. C'est pourquoi nous disons aussi que la repentance ne peut pas se demander mais qu'elle peut se recevoir et s'entendre. La haute conception des choses du monde n'est jamais béate, orgueilleuse, imbécile. Elle est faite de tremblements, et c'est de tremblement en tremblement qu'elle s'élève sur les degrés d'un clair retour de conscience. L'idée de repentance tend à diminuer celui qui la réclame, mais elle grandit celui qui peut la mettre en œuvre. Il faut craindre une pauvreté de conscience quand on est incapable d'oser la repentance.
 
L'Appel
Les murs menacent tout le monde, de l'un et l'autre côté de leur obscurité. C'est la relation à l'Autre (à tout L'Autre, dans ses présences animales, végétales, environnementales, culturelles et humaines) qui nous indique la partie la plus haute, la plus honorable, la plus enrichissante de nous-mêmes.
Nous demandons que toutes les forces humaines, d'Afrique d'Asie, des Amériques, d'Europe, que tous les peuples sans États, tous les « Républicains », tous les tenants des «Droits de l'Homme », que tous les artistes, toute autorité citoyenne ou de bonne volonté, élèvent par toutes les formes possibles, une protestation contre ce mur-ministère qui tente de nous accommoder au pire, de nous habituer à l'insupportable, de nous faire fréquenter, en silence, jusqu'au risque de la complicité, l'inadmissible.
Tout le contraire de la beauté.

Patrick Chamoiseau et Edouard Glissant
 
© Institut du Tout-monde.
Extraits publiés avec l'aimable autorisation des auteurs et de la revue Les Périphériques : www.lesperipheriques.org
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2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 16:52



 
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« L’établissement public de la Porte Dorée - Cité nationale de l’histoire de l’immigration est chargé de rassembler, sauvegarder, mettre en valeur et rendre accessibles les éléments relatifs à l’histoire de l’immigration en France, notamment depuis le XIXe siècle et de contribuer ainsi à la reconnaissance des parcours d’intégration des populations immigrées dans la société française et de faire évoluer les regards et les mentalités sur l’immigration en France »

 http://rebellyon.info/article1650.html
 

La Cité de l’Immigration à trois voix…

 

                         Par Ali CHIBANI, Camille BOSSUET, Célia SADAI    

 

Sur une corde raide

Funambulesque. La mission de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration[1] semble inscrite dans l’hésitation, dans un jeu d’équilibriste. Manifestement, elle veut rendre compte de l’histoire des immigrés en France mais sans engager l’image de la France. En montant les marches vers l’exposition permanente, le visiteur de la Cité lit, entre autres textes, un extrait d’un article du Monde diplomatique qui dénonce une Europe renforçant son arsenal législatif afin de restreindre le nombre de réfugiés à accueillir sur son sol. Quelques instants plus tard, au cœur de l’exposition « Repères », un film réalisé par Olivier Jobard, raconte l’histoire de Kingsley[2]. Ce « jeune camerounais de 22 ans, peut-on lire, a traversé en toute illégalité l’Afrique subsaharienne (…) et [est entré] clandestinement aux Canaries. Aujourd’hui, il vit en France où il a obtenu une carte de séjour. ». Comme l’atteste l’actualité, des histoires d’immigrés clandestins qui se dénouent de manière aussi heureuse sont rares. La Cité est déjà entre deux directions : historique, pour la première, et célébration des immigrés et de la France terre d’accueil, pour la seconde. Deux choses qui, bien que non contradictoires, sont pour le moins inconciliables. Pour que la Cité soit, par « nécessité », « un instrument pour changer le regard sur l’immigration », ne faudrait-il pas, avant tout, changer le regard des Français sur eux-mêmes ?

Le Neutre       

Mais il est sans doute facile d’interroger. Car, en vérité, le projet tel qu’il est présenté est utile pour tous, et particulièrement pour les descendants des immigrés. Des descendants qui sont l’ultime acte de l’immigration pour intégrer son histoire dans l’histoire française. Ces enfants y trouveront donc leur histoire, souvent tue par les parents et absente des programmes scolaires, pendant que les législateurs nous font reculer vers les périodes les plus sombres de l’histoire mondiale. Dès lors, il n’est plus étonnant si la Cité, qui se veut « neutre », est engagée avant son inauguration contre le ministère de l’immigration et de l’identité nationale. En effet, huit chercheurs et historiens ont démissionné du Palais de la Porte dorée pour dénoncer les dérives politiciennes qui font des immigrés les boucs émissaires d’une France qui peine à avancer.

 

La carte postale

 

"Alger la Blanche'' est plutôt dans le bleu, un bleu de la brume de la mer et d'Alger, teintée aussi. Un poster qui ressemble à une carte postale. C. me montre là la reproduction d'une autre image, celle d'un foyer africain de Montreuil : l'espace y est aussi coupé en quatre. A l’énumération des lieux de la vie quotidienne immigrée répond la vision pleine de la perspective du départ : car l’image d'Alger fait la part belle au ciel et à la mer ; la ville, par le bas, par les cotés, est présente encore, mais va bientôt céder l'espace, se replier dans les marges.

La grande affiche multipliée forme un tas, et (nous), les visiteurs, piochons par le dessus: "Eh, c'est Alger!" une femme accroupie l'enroule, "Je ne sais pas ce que c'est, mais bon…"

 

Départs

 

La pièce est un peu sombre, nous sommes dans un bâtiment colossal. Déjà, découvrant cette place, l'arrivée au Palais de la Porte Dorée a retenu la perspective : l'eau qui dévale en cascade, bordée d'une haie de palmiers… Le bois de Vincennes en face, des panneaux de bois balisent le chemin et invitent par la citation à s'approcher du « nouveau » musée. Minerve dorée, symbole des arts, de l'industrie et de la guerre qui représente la France coloniale, la statue déplacée n'en est pas moins présente.  

Sur les écrans, une femme africaine, un jeune homme européen font simultanément leur valise. Ils sortent de l'écran, en reviennent chargés de nouvelles affaires, vêtements, livres ou objets. Les valises se ferment avec difficulté. L'homme en tee-shirt noir, la femme ajustant son tailleur ont un visage concentré. Cette simultanéité interpelle : qu'y a-t-il de commun dans le voyage de cet étudiant tchèque ou de cette femme sénégalaise ? La France, bien sûr…

 

Repères

 

Un "guide du Palais de la Porte Dorée", distribué aux visiteurs, rappelle l'histoire de ce bâtiment, édifié lors de l'Exposition Coloniale Internationale de 1931. Une chronologie montre en échelle graduée les successives transformations du musée, du « Musée permanent des colonies » en 1928 au « Musée nationale des Arts africains et océaniens » en 1971, avant l'ouverture, en 2007, d'une "Cite nationale", celle de l'histoire de l'immigration. Mais quelque chose ici se brouille: qu'y a-t-il de si logique? Où se glisse le point d'ancrage, le fil d'Ariane?

 

"La France et le monde", comme une leçon de géographie? "Identité nationale et immigration", en forme de dissertation ministérielle? "Sens d'une porosité des frontières"?

L'exposition permanente est "Repères". Tout public, interactive, ludique et précieuse d'objets, de témoignages, de données historiques, elle met en résonance des parcours individuels et une histoire collective, en même temps qu'elle revendique une « neutralité » : Point de problématisation hasardeuse, ni de questionnement politique. Plus encore, "Repères" ne semble pas volontaire pour dire explicitement son lien, le pourquoi de sa naissance en ce lieu.

 

 

Galerie de portraits 

 

Comment passer d’un visage muré dans les délits de faciès, à des traits enfin esthétisés, mis à l’honneur sous vitrine muséale ? Il s’agit d’habituer le regard aux visages de l’exclusion. Prendre le temps d’observer l’étrange étranger… qui finalement est le même. Le parcours est a priori initiatique : passer les épreuves de l’altérité et entrer dans les coulisses de l’immigration.

Une galerie circulaire expose des objets venus d’ailleurs, eux aussi intégrés au quotidien – cocorico. On y retrouve entre autres la couscoussière en Inox, celle qui faisait rire aux éclats les aficionados des sketches de Smaïn, dans les années 1980, quand l’Arabe était un Beur. Une table-vitrine raconte avec précision l’épopée du logement et convoque la question encore brûlante du toit et de la terre d’accueil – de l’hospes à l’hostis.

Passage en revue des « lieux » de mémoire : hôtels des marchands de sommeil, bidonvilles de Colombes ou Nanterre, naissance et métamorphose des grands ensembles – de la résidence H.L.M  à la Cité-dortoir… Pathos ou trivialité ? Une carte postale sous vitrine. Elle représente les foyers de la SONACOTRA – elle sera envoyée au pays, comme un indice de réussite. Pathos ou trivialité ? La Cité de l’immigration se contente de dire l’Histoire : n’oublions pas le rôle des historiens à l’origine du projet. Ainsi on apprend que la crise du logement de l’immigré fut liée à la méfiance de l’opinion publique, rétive à encourager des lieux d’action du FLN[3] sous l’Algérie française. Cette histoire d’immigration, c’est donc une Histoire de longue date.

 

Minos et Kronos

 

Pourtant, qu’est-ce qui lie ces « lieux » de mémoire : le palais des colonies, la Cité de l’immigration ? Quel lien entre des clichés humanistes de la Renault 21 break – oui, oui, avec la galerie chargée à craquer et prête à envoyer au pays – et le récit illustré des Trente Glorieuses (1945-1975), quand le travailleur immigré s’intègre au B.T.P.[4] On s’attend presque à croiser un balayeur empaillé, on le retrouve saisi sur toile par le peintre gabonais Cheri Samba.

De lien, donc… aucun. Un facteur de rupture : le temps. On reconnaît dès les dehors du musée des extraits des Murs, manifeste philosophico-politique des deux auteurs antillais Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, écrit en réaction aux lois en vigueur du gouvernement Fillon. Au cœur de l’actualité ou au creux de l’Histoire, Cité ou Musée ? A l’heure d’une crise des représentations, peut-on réellement inscrire la figure immigrée sous l’icône muséale ? Une question de temps, donc. Ainsi, dans l’édito du 10 Octobre 2007, le Monde évoque la Grande Absente de ce palimpseste historique : la colonisation, passée à la trappe de l’oubli : « Ce musée n’aura pleinement rempli son rôle que lorsqu’il cessera de l’occulter et saura inviter la société française à l’assumer ».

Une série de photographies de D. Darzacq, intitulée « La chute » (2006), saisit en plein saut danseurs de hip-hop et de capoeira. Clichés sur le fil qui montrent que tout est une question d’équilibre : la mémoire aussi. Les terminologies s’emmêlent : diaspora, exil, intégration… occultation, avalement et digestion…

 

À la fin de la visite, on sort satisfait d’avoir connu l’immigration qui réussit, la jeunesse souriante des banlieues. Mais rien sur l’immigration qui échoue et sur les jeunes qui se révoltent et, forcément, rien sur les causes de cet échec et de cette révolte. Neutre ? La Cité nationale de l’histoire et de l’immigration a ouvert ses portes en fête. Une fête partagée par seulement une partie de la France puisque aucun membre du gouvernement ne s’y est rendu. La France toujours divisée sur la définition de « l’étranger ». Installées dans deux Palais différentes, deux perceptions de l’immigré continuent à se battre. L’une, salutaire, peut être complète ou non jusqu’à un certain point, l’autre, meurtrière, est la plus abominable qui se puisse imaginer. La première est au Palais de la Porte dorée ; la seconde est à Matignon et au Palais Bourbon.



[1] Palais de la Porte Dorée. http://www.histoire-immigration.fr/ et pour l’histoire de sa création, voir : http://www.histoire-immigration.fr/index.php?lg=fr&nav=81&flash=0

[2] « Kingsley : carnet de route d’un immigré clandestin »

[3] Front de Libération National (algérien)

[4] Bâtiments et Travaux Publics

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2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 13:55

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12è SALON DU LIVRE DE LA PLUME NOIRE

 

Wilfried N’Sondé

 

Lauréat du

PRIX  SENGHOR  DE  LA  CREATION  LITTERAIRE

PREMIER  ROMAN 2007

 

 

Déclaration du Jury

 

Distinguer et promouvoir des écrivains d’expression française débutants qui ont réussi à créer, en utilisant la langue qu’ils ont en partage, « des œuvres de Beauté », rythmées de leur vie propre, chargées d’humanité,  expressives d’un langage neuf et d’harmonies originales : en se fixant un tel objectif, le « Prix Senghor de la création littéraire » souhaite rendre hommage au « poète-président » sénégalais et à son oeuvre.

 

Léopold Sedar Senghor a en effet toujours encouragé la création artistique et pensé que les Arts et les Lettres avaient vocation particulière à exprimer l’humaine condition.

 

C’est de cet humanisme, soucieux du respect des différences mais impatient d’universalité et de convergence dans la fraternité, que se réclame finalement ce Prix. C’est de ce Messager de bon augure qu’il entend perpétuer la mémoire.

 

Rappelons que ce prix est à l’initiative de la « Plume Noire » présidée par Dominique Loubao que nous saluons.

 

Parmi les livres qui ont retenu l’attention du jury : « Dans ses petits papiers » de la Belge Aurélia Jane Lee, « Migrateurs » de la Française Marylinn Maurage

 

Le choix du jury s’est porté sur 3 romans :

  • « Le cœur des enfants léopards » de Wilfried N’Sondé (Acte Sud)
  • « Le testament des solitudes » de Emmelie Prophète (Mémoire d’encrier)
  • « Sarcelles-Dakar » de Insa Sané (Ed. Sarbacan

                                                                                                                     

 

 

Après des discussions très animées, le jury a décidé d’attribuer le « Prix Senghor de la Création littéraire » à Wilfried N’Sondé pour « Le Cœur des enfants léopards » (Actes sud) par 5 voix contre 4  à Emmelie Prophète pour le Testament des solitudes

 

« Le Cœur des enfants léopards » est un roman dont les qualités littéraires sont évidentes et qui a le mérite de plonger dans l’histoire la plus immédiate et la plus tragique pour faire entendre les voix d’espoir nouveau. L’auteur porte en effet un regard lucide mais non désespéré sur une société dont les mutations ne doivent  pas faire oublier les nécessaires fraternités

 

Nous félicitons le lauréat et souhaitons longue vie au Prix Senghor de la Création Littéraire.

 

                                                                                                         

 

 

                                                                                              Fait à Paris le 19 octobre 2007

 

 

 

La Sélection 2007

-          Iphigénie en haute ville de François Blais. L’instant même. 2006 (Québec)

-          Le Cœur des enfants léopards de Wilfried N’Sondé. Actes Sud. 2007  (Congo)

-          Migrateur de Marylinn Maurage, L’Arganier  coll. Facéties, 2006 (France)

-    Le testament des solitudes de Emmelie Prophète Ed. Mémoire d’encrier (Haiti)

      -    Sarcelles Dakar Insa Sané, Ed. Sarbacane, 2006 (Sénégal)

-    Dans ses petits papiers de Aurélia Lee Jane. Ed. Luce Wilquin, 2007 (Belgique)

-    Confessions des liens disparus de Bessa Miftiu Ed. de l’Aube, 2007 (Albanie).

 

Le Jury

Présidente

-    Mme Pierrette Fleutiaux

 

Membres du jury

-    M. Jean-Luc Raharimanana, écrivain

-         M. Ernest Pépin, écrivain

-         M. Louis-Philippe Dalembert, écrivain

-         Mme Marie-Josée Hoyet, critique littéraire

-   M. Jean- René Bourrel,  OIF (Organisation Internationale de la Francophonie)

-         Mme  Catherine Fruchon, journaliste RFI 

-         M. Romain Ducuing, librairie Le Divan

-         Mlle Marine Piriou, le Blog La Plume Francophone

 

 

Contact : Dominique Loubao - La Plume Noire  : 01 58 45 21 03 / 06 81 62 00 64

               Tchisséka Lobelt – Promolivrezs  : 06 13 03 72 94/ 06 94 23 90 12

                      
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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 23:36

Africolor Apkass, évocation sélective
Par Caroline Tricotelle
 

 


En ces rigueurs automnales à Paris, de pendules remises à l’heure, il est temps de songer à la festivité plus qu’à un hivernage solitaire. De la même façon que la recherche mène à la mobilisation, la musique mène à l’Afrique. On peut y aller fréquemment, tout dépend du chemin, même en musique. C’est comme la philosophie ou la distance, c’est ce qu’il faut démontrer ou parcourir. Des passerelles et des rencontres s’opèrent comme des mouvements. On peut ensuite parler de style ou d’appartenance et de famille sans plomber l’ambiance, puisqu’avant tout il y a un échange. Au moins un changement. En ce cas on peut trouver des liens, des repères et des portraits.

Du jazz au conteur, il y a le slam, la soul, la musique traditionnelle, le hip-hop, la poésie et bien visuel-apkass.jpgd’autres aspects encore à apprécier. Mais de novembre à décembre, précisément, au festival Africolor, c’est ce qui se tient dans la musique d’un artiste, Apkass, sans oublier ses bobines de court-métrage. Comme le festival Africolor[1] se poursuit et se déploie littéralement dans plusieurs lieux de manifestation, de Sevran à Clichy en passant par Bagnolet, c’est à Saint-Ouen que l’on aura l’occasion d’aller à une soirée le samedi 15 décembre à 19h00[2] à l’Espace 1789. Elle regroupe Apkass, (juste après sa projection de « Fangafrica », le documentaire sous forme de panorama du hip hop de l’Afrique de l’ouest par le collectif parisien Stay Calm), D’ de Kabal, Dgiz, Hélène Labarrière,  et Tata Pound. C’est du slam ou du hip hop tel qu’il se fait aujourd’hui en Afrique. C’est vaste, c’est certain mais en ce qui concerne plus particulièrement Apkass[3], c’est toute la palette sonore «  qui accompagne l’évolution de l’histoire », celle d’une parole ou d’un poème venant de Kinshasa ou de Paris, d’une « mélopée » qui forme un tout cohérent avec des idées fortes telles que la diaspora et la guerre, de clins d’œil aux Etats-Unis et au slam.


Place au texte et à l’écriture. Il s’agit, en l’occurrence, de relever le nom de Gil Scott-Heron, de David Dop, en même temps que le mot panafricain et soul. Apkass « conte à l’auditeur par le biais de la poésie »
[4]. C’est dire s’il est question de mots, d’images et de valeurs pour révéler l’Afrique. Pas de désillusion ni d’afropessimisme. Pas non plus de dérive raciste. Les images de la femme « ébène », du berceau et de la terre sonnent en même temps que la dignité collective. Les propos sont clairs. « Afrique, là d’où je suis »[5], « Fils impétueux, sèche tes larmes car l’Afrique repousse » comme la résistance et la fierté de se passer d’artifice, de décoloration, comme d’une post-colonisation affligeante. Le passé reste là, évidemment. Et le présent surtout. La Panafrique inaugurée en 1951 par Cheikh Anta Diop a donc fait des émules, pas d’ennemis et la colonisation est abordée en même temps que la dictature qui engendre des enfants-soldats. Reste aussi le souvenir du Soleil des Indépendances[6]. Quant à la « couleur musicale », c’est l’instrumentalité, toute Afrique « éclectique ». Congas, sax, n’goni, assortis dans la musique d’Apkass par Jr EakEe à la programmation du concert et basse batterie sur le CD. L’Afrique est une réalité devant laquelle se tiennent un tempo et une oralité. C’est un tout, pan, en grec. Panafricain. Ca ne groove pas, et ça ne semble jamais grave, mais ça sonne vraiment, en pleine conscience. 


Du retour aux racines, en multiples développements, c’est aussi les résonances tant surprenantes que fascinantes de l’africanité. Autre notion parfois tendance. Mais le fait qu’on en décèle en Argentine, ça force le respect. Nuance, histoire, conférence… A Sevran, le jeudi 6 décembre
[7], Monsieur Juan Carlos Cάceres nous offre tous les détails. Sachons seulement  que tango, ça vient de temps mort dans un certain dialecte africain. C’est gratuit en plus. Il faut pour finir relever certains projets audacieux : une soirée avec les poèmes de Rûmî et la musique soufi. Une autre gnawa. Et des voix merveilleuses. Il y a davantage de virtuoses que de musiciens dans ce festival. On peut dire que c’est la classe internationale. Ca quadrille[8] des Caraïbes à l’océan Indien, Mali, Abidjan, Ethiopie et beaucoup trop pour vouloir résumer. Avis aux curieux valeureux.[9]

  
 


[1] voici les références de tout le festival de cette année 2007,  http://www.africolor.com

[2] samedi 15 décembre 2007 à l’Espace 1789, 2/4 Alexandre Bachelet à Saint-Ouen

[3] en particulier sur son site http://www.apkass.com

[4] il s’agit d’une citation du texte d’Apkass sur son site

[5] c’est autant le titre d’une chanson de l’album qu’un extrait de parole.

[6] il est fait allusion au roman d’Amadou Kourouma, Le Soleil des indépendances, paru aux Editions du Seuil, collection Points, 1995

[7] à l’Espace François Mauriac de Sevran, à 19h30, au 51 avenue du Général Leclerc, et aussi sur le site d’Africolor  http://www.africolor.com/artiste-fiche.php?festival_id=20&artiste_id=57

[8] pour faire allusion à la danse britannique déformée aux Caraïbes donnant un genre de musique porté par le groupe Négoce et Signature le vendredi 7 décembre 2007 à 20h30 à Stains, l’Espace Paul Eluard, Place Marcel Pointet.

[9] Voir le site d’Africolor

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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 23:20

 

Beyrouth à Paris 
      par Lama Serhan

 

 

Beyrouth----Paris.gifC’est peut-être un cliché, voire une évidence, mais les sujets les plus usités enfantent souvent des chefs d’œuvre. Alors n’ayons pas peur des images d’Epinal : Paris est un lieu sans frontières. Je ne vous parle pas de la ligne 4 du métro, ni du 13ème arrondissement, ni de la possibilité d’acheter du chinois cacher au supermarché en bas de chez vous.

Ce à quoi je pense est la diversité indéniable des manifestations culturelles parisiennes. Dans le foisonnement offert se déroule une initiative intéressante mêlant poésie, performance théâtrale, lectures, musique, expositions de photos… Depuis cet été, et ce jusqu’en juin 2008, Beyrouth s’est invitée à Paris. Installée dans des lieux divers, elle étale son incroyable énergie créatrice. Aux médisants ne la voyant que sous les bombes, elle répond que là où la raison politique échoue, l’homme qui rêve raconte. Et à ceux qui reculent devant son lot de morts, elle leur fait entendre leurs propres souffrances à travers les histoires de Lina, Sawsan, Rabih… Et que d’histoires… Je ne vous en fais part que de deux, vous laissant ainsi le choix d’écouter, de voir, mais surtout de ressentir par vous-mêmes.

 

Au Tarmac, théâtre francophone se situant dans le parc de la Villette, Sawsan Bou Khaled a entrepris un voyage par le mouvement dans le monde des insectes. C’est Cryptobiose, ou sa propre définition de la métamorphose kafkaïenne.

Une scène délimitée par un carré de tissu, une valise, une femme. Une voix off livre des descriptions de phénomènes de mutation d’insectes aux noms que je vous avoue avoir oubliés… Mais le plus intéressant réside dans la transposition de ces faits à ce que cette femme subit. Dans une suite de gestes sur un fond sonore musical contemporain, la femme étreint un pantin, représentant son amant, qui soudain lui est arraché. Sa danse jusqu'à lors amoureuse mutera vers la folie. Car évidemment comment vivre sans son amour quand ce sont les circonstances extérieures qui l’ont fait disparaître. La seule échappatoire est la fuite, l’exil ou la mort. On passe de ces questionnements-là à des souvenirs de leurs amours passées. Tout cela ne passe pas véritablement par les mots. Ce n’est pas spécifiquement du théâtre, on peut plutôt parler de performance, et j’emprunte ce terme au vocabulaire anglais. La relation que je vois avec le texte kafkaïen est dans l’impossibilité d’être comprise ou entendue (elle chuchote, la voix off anone des textes aux limites du compréhensible) mais surtout dans la scène finale où on la voit devenir chenille, enroulée dans le tissu qui recouvrait le sol. Le tract distribué explicite l’enlèvement de l’homme comme reprise d’un événement historique (de nombreux libanais furent enlevés durant la guerre civile), mais nous pouvons y voir tout simplement les conséquences de l’arrachement de l’être aimé sur celui qui reste.

 

            Au Théâtre de la Cite Internationale, Lina Saneh accompagnée de son mari, Rabih Mroué, a présenté Appendice.

Elle est assise de profil. A quelques pas se trouve un pupitre face au public. Quand les spectateurs pénètrent dans la salle, Lina est déjà là. Rabih arrive, dossier à la main et se place derrière le pupitre. Suit alors un long texte dit et lu par Rabih seulement. Lina ne tourne la tête que quelques fois. Cependant toute la parole de Rabih est celle de Lina.

Il nous explique le désir de Lina d’être incinérée à sa mort. Mais elle se heurte à la loi de son pays dans lequel il est interdit de se faire incinérer. Un des amis de Lina lui apprend que dans certains hôpitaux, quand il y a ablation d’organes, ceux-ci peuvent être brûlés. Là est la clef. Elle envisage alors de se faire enlever organe par organe pour se faire brûler « petit à petit, à petit feu ». On passe par la description d’une séance de torture tirée des écrits de Deleuze à une remise en question juridique de l’acte. La seule solution possible face aux problèmes probables est de faire de cette extinction lente une performance artistique.

Vous avez compris, tout y passe. La critique est acerbe et provoque même des éclats de rire dans la salle. Le rire devient alors la réponse à l’absurdité de notre monde. Selon Lina Saneh « L’ambition de ce projet est de faire de mon corps un lieu de lutte, un champ de bataille entre promesses de liberté et de modernité (de tout Etat, au-delà de l’Etat Libanais) et les forces identitaires et communautaires qui, partout, veulent ériger leurs systèmes en modèles universels et, par suite, impératifs. Il s’agit de pouvoir discuter les tensions qui se jouent, sur l’espace d’un corps (et sa liberté), le langage de la Loi (et ses impératifs et qualications), le commerce moderne (et sa “monnaie” virtuelle), et l’art (et ses instances constituantes).»[1]

 

Pour la suite de la programmation je vous conseille vivement de faire un tour à la Maison de la poésie, du 13 au 24 novembre, "Les Belles étrangères"  avec Le Liban comme invité d’honneur, une soirée consacrée au grand poète libanais Abbas Baydoun.

Sinon portez aussi vos pas en 2008 vers ces différents lieux : au Tarmac de la Villette, février-mars (à préciser), y voir Archipel d’Issam Bou Khaled ; au Théâtre l’Atalante, mai-juin,  Le fou d’Omar  de Abla Farhoud, auteure québécoise, version scénique et mise en scène de Nabil El Azan ; ainsi qu’au Théâtre du Rond-Point, du 19 au 29 juin, Qu’elle aille au diable Meryl Streep de Rachid El Daif adapté par Mohamed Kacimi, dans une mise en scène de Nidal Al Achkar, directrice du Théâtre de la Ville de Beyrouth.

 

 

 

 

[1] Source Internet : http://www.parisetudiant.com/loisirs/evenement.php?ne=12873

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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 13:47

Pourquoi fermer les yeux sur le monde ?

 

 

Aussi longtemps que je me souvienne je ne me suis jamais couchée tôt, il y a toujours eu un livre pour empêcher le sommeil de s’installer. Cette ivresse de la lecture m’a menée naturellement vers les études de lettres, et à mon premier panthéon littéraire si convenu ont succédés des noms d’un autre lieu, d’un autre temps « Samarcande, Omar, Léon, Mani... » Pourtant si Samarcande a remplacé Combray, je n’ai cessé de reconnaître ce que j’étais à travers des réalités d’ailleurs. J’ai trouvé un chemin à ma sensibilité dans les textes d’un homme né au Liban, de l’âge de mon père, et j’ai reconnu dans ses traces ma réalité. J’ouvre ma chronique sur un chant d’amour impudique entre une lectrice et un texte, entre une lectrice et le monde.

Amin Maalouf est le monde.

Le monde d’Amin Maalouf est venu se joindre à ce désir d’écriture et de lecture, ce monde qui vous appelle, qui vous entraîne loin de chez vous, bien au-delà des frontières de votre nom, de votre culture. C’est ainsi que par une froide journée de janvier j’ai fait la connaissance d’un homme, Amin Maalouf l’innocent créateur de mon monde, dont j’ai placé l’œuvre aux côtés de Cohen, de Gary, de Zweig. Et aujourd’hui je suis attristée pour le monde, pour mon monde, qu'Amin Maalouf ne soit pas des immortels. L’entrée au panthéon littéraire français lui est refusée, le vénérable et intègre romancier n’en sera pas : Le Manifeste des 44 aura eu raison de sa candidature. Car en France il faut choisir entre être un homme conscient des problématiques de son temps et un homme retiré membre d’un poussiéreux édifice littéraire. En faisant le choix de remettre en question le consensus intellectuel et politique autour de la francophonie, dont on peut critiquer sans détour la récupération dont elle fait l’objet, Amin Maalouf a pris parti contre une cause élevée au rang de priorité nationale. Pourtant Le Manifeste appelle à une réflexion plus large qui dépasse les frontières politiques, lesquelles limitent et entravent la notion ; moi-même, étudiante en littératures francophones, je suis consciente des limites de ma discipline et j’aime entendre des auteurs me le rappeler. La francophonie n’est pas un cheval de Troie, conçue pour imposer l’identité française au monde, elle est le monde, et c’est en ces termes que je la reconnais et la fais mienne. Cet audacieux manifeste a également été signé par Erik Orsenna, lui-même membre de l’Académie française, ceci pour nous rappeler qu’il réunit des personnalités distinctes qui défendent une cause commune : le respect et la considération de l’altérité. Les raisons du retrait de la candidature d’Amin Maalouf au siège d’éternel semblent liées à la signature du Manifeste, il est fâcheux de voir qu’au lieu de comprendre son sens et ses enjeux on se contente d’en évincer les membres.     

Mais en même temps ce monde qui ne peut être contenu dans un costume vert étriqué, vestige d’un autre temps auquel la modernité fait peur, il ne me faut pas oublier ceux qui l’ont déjà fait entrer comme Assia Djebar ou encore François Cheng. Je trouve seulement que le prix du renoncement à sa liberté d’être et de penser reste un tribut lourd à payer, l’entreprise de formatage académique me semble trop risquée pour l’indépendance d’un esprit maaloufien. Renoncer à penser, ne pas exprimer de réticences, vivre sous l’égide du consensus : autant accepter le tribut de la mort et faire le pari de la vie. Il y a bien longtemps qu’Amin Maalouf a renoncé à l’éternité, à la perpétuité pascalienne, pour devenir un citoyen du monde vivant. Encore une fois je m’interroge comment faire entrer le monde dans un costume étriqué, sans vie, en partance pour une bien  maigre éternité ? Parce que lire c’est devenir et s’imprégner de l’autre, j’ouvre une perspective, ma perspective et je prends la défense de ce que j’aime.

Amin Maalouf est le monde.  

 

Ouvrir sa porte à Napoléon et la fermer sur l’altérité devient ces derniers temps une fâcheuse tradition française, je ne suis pas de cette France et n’en serai jamais

Sauvageonne je suis, Sauvageonne je resterai.

 

 

 

           

                                                                                                          Sandrine MESLET

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18 juin 2007 1 18 /06 /juin /2007 11:22
affiche-2005.gif

Chronique première : Présentation du festival et introduction à l’histoire de l’océan Indien par Madagascar et la thématique de l’esclavage

 

Le festival

Il n’est pas fréquent d’évoquer son ignorance. Il y a quelques années, à l’heure de la loi Tobira et de la décision de commémorer l’abolition de l’esclavage le 10 mai, je ne percevais que vaguement l’importance de ces informations. Par la suite, en participant au festival « Ti Piment, arts et cultures de l’océan Indien » dont l’objectif est la découverte de son histoire, de ses cultures, de sa réalité actuelle à travers ses formes artistiques, j’ai dû combler mon ignorance pour enfin me donner un aperçu de tout ce qui m’échappait quelques mois auparavant.

Chaque édition du festival est marquée par une thématique précise autour de laquelle s’axent les disciplines artistiques et leurs représentants. Pour la première édition en 2005, le thème de l’esclavage fut choisi comme point de départ. Puis en 2006, celui de la femme, vecteur du métissage entre les races et les cultures, au centre de la croissance et du développement culturel des colonies. Ma mission fut alors de mettre en place une librairie spécialisée et une rencontre littéraire. Ce fut surtout l’opportunité de comprendre et m’ouvrir à une aire géographique, culturelle et littéraire vers laquelle je ne m’étais pas tournée.

Aujourd’hui, reste cette sensation qu’il faut poursuivre dans cette direction : au-delà de l’intérêt littéraire, somme toute individuel, il faut essayer de créer un espace pour toutes ces paroles lointaines, celles qui n’ont pas encore suffisamment d’échos. Même si la commémoration de l’esclavage existe maintenant, même si l’esclavage moderne est enfin dénoncé, même si les manifestations sont plus visibles qu’auparavant comme le montre « Esclaves au paradis », un important événement artistique et culturel à Paris, dont le but est de faire la lumière sur les réalités de l’« esclavage contemporain en République dominicaine », l’esclavage demeure une composante délicate de l’identité de nombreuses personnes. Ce n’est pas qu’un thème. C’est leur réalité et leur quotidien, la zone d’ombre et le nœud de tension d’une existence encore douloureuse. Aussi faut-il maintenant faire face au silence qui pèse sur l’histoire de l’océan Indien et devenir le relais d’une interrogation sur la place de l’humain, de diverses manières, comme l’a fait par exemple Danyèl Waro, pendant ses concerts, en parlant de sa musique, le maloya, influencée par le chant des esclaves à la Réunion.

 

Mise en perspective d’une découverte, la réalité de l’écrivain de l’océan Indien

Comme beaucoup de personnes, je pensais connaître l’Océan Indien par quelques images sublimes nourrissant mon imaginaire. Par exemple la faune et la flore de Madagascar, le nombre impensable de fleurs à la Réunion et les plages… Mais au fur et à mesure des recherches, j’ai découvert que ma posture ressemblait à celle des métropolitains du XVIII et XIXème siècle : sujette au fantasme de l’Eden. La relecture de Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre eut le mérite de me plonger au cœur du problème des idéologies coloniales car les figures qui traversent ce roman, comme beaucoup d’autres de cette veine coloniale, reflètent toujours une bipartition aliénante : européens-sauvages, paradis/enfer-réel. Elle est le symptôme de ces populations nées de l’esclavage et que la littérature aujourd’hui tente de soigner.

Or, cerner la production littéraire de l’océan Indien en quelques mois est difficile. Il faut glaner des informations de ci, de là, interroger des professeurs et aller à la rencontre d’associations. Rapidement, la posture de l’enquêteur se substitue à celle de l’explorateur métropolitain. Un réseau se crée et des discussions s’engagent avec des interlocuteurs qu’on retrouve de conférences en salons du livre. Grâce à l’ARCC, j’ai pu contacté Jean-Louis Joubert[1]visuel-arbre-anthropo-rahari-copie-1.jpg
En même temps, je rencontrai Jean-Luc Raharimanana à qui j’envoyai une invitation pour le festival et un dossier de présentation. Nous n’avons pas évoqué directement la question de l’esclavage. La lecture de son livre L’Arbre anthropophage[2] est le meilleur moyen de comprendre sa position, mais nous avons parlé de la réalité éditoriale et du suivi de l’auteur de ses parutions (Jean-Luc Raharimanana était investi dans la mise en scène et les tournées de ses pièces de théâtre). Il existe peu de maisons d’édition et les écrivains trouvent difficilement un éditeur en France. Le problème de la diffusion se pose, comme souvent avec les littératures francophones, tout comme celui du lieu de résidence des écrivains. C’est le cas de Jean-François Samlong
[3], auteur de la Réunion. Du fait qu’il habite la Réunion, une invitation au festival était inutile. Mais comme son livre, L’empreinte française[4], aborde le thème de l’esclavage, il a accepté de répondre à quelques questions par internet.

Etes-vous conscient du lectorat métropolitain ignorant de cette histoire au moment de l'élaboration de vos romans ?

J-F S. : En effet, l'écrivain doit tenir compte du fait que le lectorat métropolitain (ou autre) ignore tout de l'histoire qu'il raconte, ce qui l'oblige à être le plus clair possible dans son discours romanesque et à apporter le plus d'éléments historiques susceptibles d'éclairer le lecteur. Si besoin est, l'écrivain peut user de notes de bas de page. Cela dit, les livres que j'écris sont des romans, et le souci premier n'est pas d'ordre pédagogique ou moral. J'essaie de faire naître des émotions chez le lecteur qui peut se reconnaître dans telle ou telle situation. Le plaisir de lire ne passe pas forcément par l'acquisition de nouvelles connaissances sur l'histoire d'un pays. Le livre est là pour faire rêver. L'idéal c'est de rêver en se cultivant, ou l'inverse.

 S'agit-il, pour la démarche de l'écrivain, de mettre en lumière des parties de l'histoire occultée ou de trouver du sens ou une chaîne d'évènements, des causes et des conséquences ?

J-F S. : Ma démarche consiste plutôt à mettre en lumière des parties de l'histoire occultée, sachant que dans le cadre d'un roman, donc d'une fiction, aucun écrivain ne peut prétendre à l'exhaustivité, à l'objectivité. Tel n'est pas le but. Si le romancier a réussi à capter l'attention du lecteur sur tel point précis de l'histoire, ce dernier cherchera à se documenter de façon plus approdondie, alors il lira d'autres romans, ou des essais, ou des livres d'histoire. En fait, ce qui est merveilleux c'est de faire naître ou de nourrir le plaisir de lire, de susciter la curiosité du lecteur, de faire en sorte qu'il s'interroge, s'identifie à tel personnage. Trouver du sens, des causes et des conséquences à une série d'évenements ? Oui, si ces éléments précis font partie de l'intrigue. Ces questions-là peuvent être prises en charge par des personnages qui font avancer l'histoire du roman jusqu'à son dénouement !

 

De l’histoire de Madagascar à la pensée des Lumières

Dans l’attente d’une réponse favorable de Jean-Luc Raharimanana, je multipliais mes lectures. J’ai bénéficié des conseils de Jean-Louis Joubert qui m’envoya son manuel, Littératures francophones de l’océan Indien[5] et d’internet avec le site http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/indien/paroles.html. Mais la thématique de l’esclavage nécessite plus de lectures historiques. Madagascar, l’île Maurice, la Réunion, les Comores, Mayotte et les Seychelles… Leur histoire et la littérature ne se résume pas forcément aux colonies françaises, anglaises ou portugaises mais s’y articule selon quelques angles choisis ici afin de restituer l’expérience de ma recherche.

Par exemple, lors de ma rencontre avec le groupe de musique malgache N’Java, j’ai pu apprendre leurs projets. Deux d’entre eux comptaient tourner un documentaire sur un petit village isolé dont des écrits très anciens, rédigés de droite à gauche (comme l’arabe), étaient la relique. C’est par cette discussion que je pris ma première leçon d’histoire de Madagascar. La surprise ressentie à l’écoute de ce témoignage se transforma ensuite en curiosité. Le fait de percevoir leur nécessité d’explorer le passé m’a permis de constater l’emprise directe que peuvent avoir les recherches littéraires et historiques sur l’actualité.

En effet, Madagascar voit le débarquement d’Indonésiens et de Bantous d’Afrique islamisés au premier millénaire. Puis au XIIème siècle, les Antalaota islamisés venant d’Afrique arrivent sur l’île. Jusqu’au XVIIème siècle, d’autres peuples s’installent. Après des guerres sur l’île, c’est le royaume Sakalava qui est le plus puissant au moment où une escale française se construit à Fort-Dauphin. Au XVIIIème, le roi des Betsimisaraka, Ratsimilaho, donne naissance à la reine Beti qui offre l’île Sainte-Marie à la France. Et les relations avec les européens prennent la forme d’échanges : esclaves (issus souvent de peuples ennemis) contre fusils. L’unification sur l’île s’obtient alors par Radama 1er avec l’aide du gouverneur de Grande Bretagne. A partir de 1817, alors que Radama est « Roi de Madagascar », l’île ne connaît que conflits intérieurs couverts par les relations avec les Européens.

Mais ces relations eurent une autre conséquence importante dans le monde scientifique de l’époque des Lumières. Surgie de la pensée de Buffon[6], la logique de classification des races trouve à Madagascar le cas de sujets humains. Les Malgaches, encore maîtres de leur territoire, sont catalogués par le Code Noir datant de l’édit de mars en 1685 et qui interdit leur mutilation mais les considère comme un bien immobilier. Ils apparaissent alors comme des sujets d’études car les savants européens discernent de grosses différences de tailles, de couleurs de peau et de chevelure sur un territoire restreint, comme un phénomène inexplicable de la Nature. Ce qui semble évident au regard de l’histoire des vagues de migrations passe d’abord par le prisme de l’observation scientifique. On « étudie » même les dialectes avant de mettre en place la discrimination raciale à des fins industrielles, les populations étant ordonnées ensuite en fonction de leur aptitude au travail. Cela préfigure les camps de concentration et la détermination d’un être humain en fonction de l’apparence de son nez, de sa peau ou de sa musculature pour lui attribuer une utilité au lieu de lui reconnaître un statut d’individu. Déjà l’histoire antérieure à la colonisation et la conquête des îles est effacée. Et la relation aux Ancêtres devient fantomatique et secrète du fait qu’elle sort du cadre de la société esclavagiste de l’océan Indien.

 

Madagascar aujourd’hui

Alors qu’au moment de la Révolution française, l’abolition de l’esclavage semble épouser les valeurs de la République, ce sont encore les valeurs économiques qui priment au moment où Napoléon le réinstaure. Louis Philippe l’abolit enfin en 1848. Mais la domination européenne et française se maintient fermement à Madagascar dés 1898 jusqu’en 1947. Suite au procès inique des députés du Mouvement Démocratique pour la Rénovation Malgache, Madagascar connaît l’une de ses pages d’histoire les plus sanglantes, une rébellion qu’évoque Jean-Luc Raharimanana dans Nour 1947. Toute l’œuvre de Raharimanana tend d’ailleurs à trouver une issue à cette histoire[7]. Comme son père, qui était historien, à partir d’un traitement littéraire du témoignage, l’auteur cherche à s’extraire de la violence engendrée tant par l’esclavage que par la particularité des origines de la population malgache et le conflit des communautés depuis la proclamation de l’indépendance de Madagascar le 26 juin 1960.

Mais les œuvres ne sont pas suffisantes. Elles ne sont qu’un premier pas. En plus de l’expression artistique, reste cette parole à porter devant le public, celle du vrai et du réel, celle du témoignage. C’est pourquoi tout écrivain ou artiste de l’océan Indien a une pleine conscience de ce devoir, qu’il soit musicien, conteur, écrivain, photographe ou autre.

Un mot,

Ile,

Rien qu’un mot !

 

Le mot unique de la vie.

Le mot premier, le mot dernier.

 

Un mot comme la lance,

Un mot comme l’éclair,

Vieux comme la genèse,

Jeune comme le jour !

 

Un mot de pure essence

Et de pure clarté,

Un mot d’éternité

Fait de rêves sans nombre !

 

La fureur des combats !

Le cri de la victoire !

L’étendard de la paix !

 

Un mot, Ile,

Et tu frémis !

Un mot, île,

Et tu bondis !

Cavalière océane !

 

Le mot de nos désirs !

Le mot de nos chaînes !

Le mot de notre deuil !

 

Il germe

Avec la fleur des tombes,

Avec les insomnies

Et l’orgueil des captifs.

 

Ile de mes Ancêtres,

Ce mot, c’est mon salut.

Ce mot, c’est mon message.

Le mot claquant au vent

Sur l’extrême de l’évidence !

 

Un mot.

 

Du milieu du zénith,

Un papangue ivre fonce,

Siffle

Aux oreilles des quatre espaces :

Liberté ! Liberté ! Liberté ! Liberté !

 

Le poème de Jacques Rabemananjara[8], Antsa, lu pendant le festival, et commenté par Jean-Louis Joubert, modérateur de la rencontre, a permis à la communauté malgache de se sentir unie et représentée, comme des extraits de textes de Raharimanana, hélas indisponible. D’autres extraits vinrent s’ajouter. Enfin la conférence avec Hubert Gerbeau[9], historien spécialiste de l’océan Indien et écrivain, le 11 mai 2007 à la journée « Ti Piment » pour la commémoration de l’abolition de l’esclavage a ouvert un débat important pendant lequel les questions mirent en évidence un point : l’esclavage doit être traité au cas par cas parce que ses conséquences sont multiples et irréductibles à des traits généraux. Pour mieux mettre en lumière les zones occultées de l’histoire, au-delà de toute la perversion contenue dans l’esclavage, l’individu rappelle sa singularité en dévoilant son histoire personnelle, ses origines et sa culture. Madagascar est le témoin d’un élément de l’histoire et Maurice, la Réunion, les Comores, Mayotte et les Seychelles en sont d’autres. Ce n’est plus seulement les faits, le nombre d’Africains embarqués sur les navires dont seulement une moitié débarquera vivante sur les îles après une traversée indescriptible ; c’est le sort réservé à l’humain, quel que soit sa culture et ses origines, lorsqu’une prétention conquérante et supérieure structure une société sur le fondement de l’inégalité et du non-droit. C’est l’effroi de voir que ce passé habite encore la mémoire collective à travers le non-dit. Or les travaux ne font que commencer dans l’espoir d’éclairer cette aire géographique et substituer à la violence la paix et le respect de chaque identité.

 

Caroline Tricotelle

Remerciements à Jessica Falot



[1] Jean-Louis Joubert est un ancien élève de l’Ecoele normale supérieure, agrégé des Lettres ‘1962), docteur ès Lettres ‘1993). Il a été enseignant à l’Université de Madagascar (1964-1973), puis à Paris 13, où il a dirigé le Centre d’études littéraires francophones et comparées. Il est conseiller scientifique de l’Encyclopaedia Universalis pour les littératures francophones et directeur éditorial de la revue Notre Librairie.

[2] Jean-Luc Raharimanana, L’arbre anthropophage, Paris, éditions Joëlle Losfeld, 2004

[3]http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/samlong.html

[4] Jean-François Samlong, L’Empreinte française, Paris, Le serpent à plumes, éditions du Rocher, 2005

[5] Jean-Louis Joubert, Littératures francophones de l’Océan Indien, Paris, Groupe de la Cité internationale Création-Diffusion, 1993.

[6] http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Louis_Leclerc%2C_comte_de_Buffon

[8] Jacques Rabemanajara, Antsa, Paris, Présence Africaine, 1948, http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Rabemananjara

[9] http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=13825

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1 juin 2007 5 01 /06 /juin /2007 11:35

Quelques publications francophones du mois d’avril 2007

 

-L’ARBRE À PAROLES n° 135, Insectaire incertain, Maison de la poésie d’Amay, Amay, avril 2007

*La quatrième de couverture :

 

On parle d'un bestiaire lorsqu'il s'agit d'écrire sur les animaux, de les dépeindre ou de les dessiner. Les insectes auxquels s'est intéressé Georges Thinès (et, à sa suite, Aubevert, Jacques Coly et Cosem), ne mériteraient-ils pas, dès lors, qu'on leur consacre un « insectaire » ? Et puis ce néologisme sonne comme un adjectif qui serait le contraire de « sectaire » : au delà de la création littéraire, le besoin, en somme, d'affirmer, si besoin en était encore, notre refus de tout sectarisme. En matière de poésie, car certaines idéologies sont franchement nauséabondes avec leurs relents de totalitarisme. Voici donc, illustré par le talent, très sûr, de la dessinatrice Anne-Marie Weyers, un Insectaire incertain, puisque rien n'est... certain en ce monde, à commencer par l'humaine destinée, sans parler du sort que notre civilisation industrielle et ses pollutions réservent aux insectes ?

 

-Henry BAUCHAU, Le présent d'incertitude : journal 2002-2005, Actes Sud, Arles, avril 2007

*Quatrième de couverture :

 

"Je suis un homme parmi des milliards d'hommes, en communion peut-être avec d'autres artistes qui ressentent en cet instant la même paix, la même beauté, la même douleur sourde, l'incomplétude qu'ils ont décidé de transformer en travail. Ce que je comprends depuis peu, le travail importe plus que l'oeuvre achevée." H. B.

Parce qu'il est le lieu où se reflètent l'élaboration de l'oeuvre mais aussi son contexte, parce qu'il est également, dans les moments d'épreuve, le moyen de reprendre pied dans l'écriture, le Journal constitue un jalon privilégié dans la vie intérieure de Henry Bauchau.

Par la chronologie, ce volume fait suite à Passage de la Bonne-Graine (Actes Sud, 2002). Il accompagne les années 2002 à 2005, qui sont notamment celles du roman L'Enfant bleu (Actes Sud, 2004) et du recueil de poèmes alors en préparation, Nous ne sommes pas séparés (Actes Sud, 2006).

 

-Jacques BEAUCHARD, Liban, mon amour, Ed. de l’Aube, « L’Aube document », La Tour d’Aigues, avril 2007

*Présentation par l’éditeur :

 

Beyrouth: une jeune femme a décidé d'y être heureuse. Amoureuse et ouverte au monde, elle incarne le fruit de plusieurs cultures, l'intelligence et la douceur de vivre, une légèreté de l'être. Et, entre rêve et réalité, elle adore sa ville. Soudain, la guerre dite des 33 jours de l'été 2006 confronte le Liban à sa survie et, une fois de plus, à ses divisions douloureuses. Une guerre de représailles, presque par inadvertance, qui se déchaîne au grand étonnement de beaucoup, alors que s'annonce une belle saison touristique et que la ville est plus belle que jamais. Tout est jeté à bas ; pire, au milieu des ruines, on proclame "une victoire divine" tandis que la misère menace les plus modestes.

La jeune femme se retrouve comme sa ville, polyglotte et tournée vers l'avenir, trop à l'étroit dans les vêtements décousus du Liban qui, en proie aux rivalités et aux passions, se prête à devenir l'arène de la guerre des autres. N'est-il pas plutôt le pays de Canaan, mais aussi la terre de Babel que chacun veut posséder, le jardin où fleurissent les religions et où s'entrecroisent les langues et les ethnies? La ville et la jeune femme seront-elles emportées par la guerre civile?

 

-Calixthe BEYALA, L’Homme qui m’offrait le ciel, Albin Michel, Paris, avril 2007

 

-Nicolas BOUVIER, Le vide et le plein : carnets du Japon 1964-1970, préface de Grégory Leroy, Hoëbeke, coll. « Etonnants voyageurs », Paris, avril 2007 [rééd.]

 

-William CLIFF, Immense existence, poèmes, Gallimard, Paris, avril 2007

*Un extrait :

Paris la nuit

la rumeur de la ville pénètre nos chambres

on ouvre la fenêtre on voit sur le trottoir

marcher un homme qui a relevé le col

de son imperméable il marche calmement

son regard devant lui dirige ses pensées

(il est deux heures du matin) il marche seul

sur le trottoir mouillé pendant que les autos

autour à l’infini répandent leur rumeur

(on ferme la fenêtre pour ne plus l’entendre

mais on garde la vue de l’homme qui marchait

le col de son imperméable relevé

et jouissant de cette pluie fine qui tombe

et qui redonne à l’air enfin quelque fraîcheur)

 

 

-Frans DE HAES, Terrasses et tableaux, Le Taillis pré, Châtelineau, avril 2007

 

-Mohammed DIB, Poésies complètes, préface de Habib Tengour, La Différence, coll. « Œuvres complètes », Paris, avril 2007

*Présentation par Habib Tengour :

« Cette première édition des œuvres poétiques complètes de Mohammed Dib regroupe tous les ouvrages publiés du vivant de l’auteur ainsi que deux recueils inédits. Bien que le recours à la biographie ne soit pas essentiel pour la compréhension de sa poésie, on ne peut pas l’aborder sans tenir compte de la dimension algérienne. [...] La colonisation, le mouvement national, la guerre de libération, l’exil, l’indépendance, les désillusions de l’édification socialiste, la montée de l’intégrisme, la guerre civile, tous ces événements que l’Algérie a vécus/subis ont douloureusement marqué Mohammed Dib. Mais il ne faut pas minimiser l’infuence des amitiés littéraires, celles de ses deux aînés, Aragon et Guillevic, notamment, l’importance accordée à la littérature américaine et à son avant-garde poétique. [...]
La poésie de Dib doit, sans doute, son épure à l’activité romanesque de l’auteur qui connaît parfaitement l’exigence de chacun des registres. Le poème en sort nettoyé, les mots n’ont rien à prouver. Ils sont tout bonnement là, à leur place, débarrassés du pittoresque faussement réaliste, soigneusement choisis, disposés dans une métrique simple parce que savante et rigoureuse. [...] Dès les premiers écrits, en 1946-47, une voix originale, aux accents rimbaldiens et mallarméens clame/réclame le pouvoir d’un éros qui ne cessera de dévaster le jeune homme tout au long de sa carrière d’homme et d’entretenir la sédition telle que l’entendaient les grands maîtres soufis. »

HABIB TENGOUR

 

-François EMMANUEL, Partie de chasse, Actes Sud Papiers, Arles, avril 2007

*La quatrième de couverture :

 

« Dix-sept ans après la disparition de sa femme, l'héritier d'une dynastie d'industriels, perdu dans ses souvenirs, se fait rejouer le théâtre de son passé. Dans le cadre austère d'une bâtisse vidée de sa vie par les huissiers, ce sont ses deux domestiques, Arnold et Mittie, qui vont se charger de commémorer un étrange anniversaire, rejouant comme chaque année la scène du dernier repas donné en l'honneur d'une funeste partie de chasse. Tour à tour proie et prédateur, complice et délateur, chacun d'entre eux se trouve au cœur d'un huis clos mystérieux sur fond de chasse à courre. »

 

-Vera FEYDER, Dernière carte du tendre, La Part commune, Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine), avril 2007

 

-Madeleine GAGNON, A l'ombre des mots : poèmes 1964-2006, L’Hexagone, Montréal, avril 2007

 

-Guy GOFFETTE, Le Pêcheur d’eau, Gallimard, coll. « Poésie », Paris, avril 2007

 

-Salah Al HAMDANI, Bagdad à ciel ouvert, illustrations de Salah Ghiad, L’Idée bleue/Ecrits des forges, Chaillé-sous-les-Ormeaux (Vendée)/ Trois-Rivières (Canada), avril 2007

*Extraits :

 

Je suis l'épi de blé guetteur de l'aube au bord du chemin interminable.

 

Je veux voir de loin ce qui se passe dans une ville qui ne m’attend plus(…)
Qui vais-je trouver derrière la porte mal fermée de ton attente? (…)
Quel gouffre désormais entre nous Mère.

 

Ma mère, comme la lumière,

N’a pas besoin du procès de l’obscurité

Mais d’un peu de silence (…)

Laissez l’amour ronger la haine qui habite le cœur de l’homme.

 

Oui le ciel de l’Irak sans Saddam est bleu!

 

-Tchitala Nyota KAMBA, Georges BLARY, (dessins), L'exilée de la Makelele, Des Plaines, Saint-Boniface, Man., avril 2007

 

-Caroline LAMARCHE, Karl et Lola, Gallimard, Blanche, Paris, avril 2007

*Un extrait :

 

Ils marchent sans savoir ce qui les fait marcher, pourquoi ils marchent ensemble ni quel projet les guide sinon l’instinct d’être ce qu’ils sont, c’est-à-dire rien, rien d’utile, rien qui guérisse ou soulage, rien que ce rien dont plus personne ne veut, l’état du monde aidant et filant vers le rien.

 

-Mona LATIF-GHATTAS, Ambre et lumière, Le Noroît, Montréal, avril 2007

*Un extrait :

 

N'en déplaise à ceux dont les pieds nuits et jour macèrent dans la matière

Les poètes ne sont pas les rêveurs que l'on pense

Ils n'ont d'égal à leur misère

Que leur lucidité

 

-Antonine MAILLET, Pierre bleu, Actes Sud/Léméac, Arles/Montréal, avril 2007

*La quatrième de couverture :

 

Pierre Bleu est-il le fou du village ou le fils étrange né du conflit entre Dieu et le Diable ? Il est, en tout cas, doté d'une longévité indéniable et il règnera sur les destinées du village acadien de Grand-Petit-Havre assez longtemps pour le voir grandir, se développer et accéder à sa modernité en s'arrachant au mythe de ses origines : la déportation.

À travers les ravages de la guerre et de la grippe espagnole, dans ce combat incessant pour la survie d'une culture, Pierre Bleu aura pour protégée la petite Bibiane, qui deviendra la mère supérieure du couvent, acharnée à sauver la langue de son peuple plus que son âme, car il faut une langue pour prier et une langue pour rêver.

Antonine Maillet poursuit ici la grande saga de son Acadie natale, lieu mythique autant que réel, où s'ébattent, dans l'absolue liberté d'une langue jubilatoire, Dieu, le Diable et les anges, les vivants et les morts, le Léviathan, des renards et des corbeaux et des Acadiens aussi démesurés que ce bout de pays dont ils sont l'incarnation.

 

*Un extrait :

 

Elle pleure doucement sur la tombe de son père. Sous le bras, ce jour-là, il serait celui d'un fiancé du Bas-du-Fleuve, la propre de l'abbé Michel.

Elle revoit les années, les siècles qui la séparent du bonheur. Un bonheur si court qu'il s'était forgé en profondeur. Lové au creux de ses reins, il était resté intact. Elle parle à son père, il a fait ce qu'il a pu, elle le sait. Pousser plus loin sa colère, c'eût été de la révolte. Et la révolte frôle la rébellion. Le peuple dont il faisait partie et qui le respectait devait ravaler sa honte. Les temps n'étaient pas encore arrivés, il fallait se soumettre, attendre l'affranchissement qui évoluait en sourdine, rampait à fleur de sol. Bibiane était la sacrifiée sur l'autel du conformisme religieux et de la coutume... du Temps, son ennemi.

 

-Andrée A.MICHAUD, Le Ravissement, Les 400 coups, Outremont (Québec), avril 2007 [parution en France, L’Instant même 2001]

 

-Laurent POLIQUIN, Le Vertigo du tremble, Des Plaines, Saint-Boniface, Manitoba, avril 2007 (Distribution en France, Québec 2005)

 

-Georges RODENBACH, Les Essais critiques d’un journaliste, choix de textes précédé d'une étude par Paul Gorceix, Honoré Champion, Paris, avril 2007

*La présentation par l’éditeur :

 

« Cet ouvrage n'a pas seulement une valeur documentaire. Il resitue Georges Rodenbach, figure essentielle quoique méconnue de la Jeune Belgique, dans cette mouvance dont Paul Gorceix, ses abondants travaux le prouvent, est l'un de ses plus éminents connaisseurs. Il révèle qu'on ne doit pas seulement à Rodenbach ce roman-culte qu'est Bruges la-Morte, l'œuvre en prose qui a occulté les autres, Le Carillonneur notamment, mais un regard particulièrement lucide et visionnaire sur l'art de son temps. Ce regard est d'abord celui d'un journaliste au sens le plus noble du terme. Gorceix nous expose la façon pittoresque dont le goût de la chronique lui est venu : en rédigeant une feuille pour vacanciers sur le littoral belge. Cela lui a suffi pour comprendre les attraits et les atouts de ce que Jorge Luis Borges appelait "la littérature qui se dépêche". Il deviendrait un orfèvre de cette spécialité. Il se sentait un devoir d'informer ses compatriotes de ce à quoi, du fait de son exil à Paris, il pouvait assister des premières loges. Sa position mitoyenne lui permettait d'adopter tout naturellement l'attitude idéale du bon journaliste, faite de distance et de proximité à la fois, d'adhésion et de détachement. »

 

-Leïla SEBBAR, Marguerite, Actes Sud Junior, Babel J, Arles, avril 2007 (Adolescents)

*Le premier chapitre :

 

J’ai eu un chagrin… Un chagrin immense. J’ai compris ce jour-là qu’on peut mourir de chagrin. Mourir d’amour… Mais je ne suis pas morte. Quand le cousin m’a annoncé la nouvelle, je n’ai pas parlé. Je n’ai rien dit. Paralysée. Je n’ai pas bougé jusqu’au lendemain matin. C’est le facteur qui m’a réveillée, brutalement. La porte n’était pas fermée, ni les volets, il m’a vue assise, la tête entre mes bras croisés, sur la table de la salle à manger. Il a cru que j’avais eu une attaque, il est entré et il m’a secouée. Il a pris peur parce que je l’ai regardé sans le reconnaître, les yeux ouverts, je ne le voyais pas. Il ne savait pas ce qui m’arrivait. Il a déposé le journal comme il l’a toujours fait, au coin de la table et il a continué sa tournée.

 

-Michel TREMBLAY, Le Trou dans le mur, Actes Sud, Arles, avril 2007

*La quatrième de couverture :

 

« À la manière d'Alice dans le terrier du Lapin blanc, François Laplante fils est entraîné malgré lui dans une étrange aventure quand cinq acteurs de la faune la plus bizarre du redlight de Montréal vont lui confesser leurs secrets inavouables. D'un coup, sa vie bascule comme dans un roman gothique du XIXe siècle : est-il réellement victime d'hallucinations quand il écoute dans le musée du Diable ces cinq âmes en peine qui attendent littéralement l'heure de leur libération ? Bien malin qui dira si leurs souvenirs des grandes heures du quartier de la Main ne sont pas inventés par un esprit qui souffre joyeusement du syndrome de l'imposteur...

Suivant l'art du funambule, Michel Tremblay joue de finesse avec les mirages du réalisme et les couleurs du fantastique, puisant dans un art de la composition qui a nourri les pages les plus lumineuses des Chroniques du Plateau-Mont-Royal. »

 

 

Quelques ouvrages critiques :

 

-Didier CAHEN, Edmond Jabès, Seghers, coll. “Poètes d’aujourd’hui”, Paris, avril 2007

 

-Beïda CHIKHI, Assia Djebar, histoires et fantaisies, Presses de l’Université Paris Sorbonne, coll. « Lettres francophones », Paris, avril 2007

 

-Axel GASQUET, Modesta SUAREZ (dir.), Ecrivains multilingues et écritures métisses : l'hospitalité des langues, Presses Universitaires Blaise Pascal, « littératures », Clermont-Ferrand, avril 2007

 

-Philippe GIRARD, Alain ROCHAT, C. F. Ramuz, Igor Strawinsky : Histoire du soldat, chronique d'une naissance, Slatkine, Genève, avril 2007

 

-Germain KOUASSI, Le phénomène de l'appropriation linguistique et esthétique en littérature africaine de langue française : le cas des écrivains ivoiriens : Dadie, Kourouma et Adiaffi, préface de Landry Komenan A., Publibook.com, Paris, avril 2007

 

-Jacques MARTINEAU, 100 romans québécois qu'il faut lire, Nota Bene, NB Poche, Québec, avril 2007

 

-Patrice BRASSEUR, Georges Daniel VÉRONIQUE (dir.), Mondes créoles et francophones : mélanges offerts à Robert Chaudenson, L’Harmattan, Paris, avril 2007

 

Nous retiendrons les sorties en édition de poche de Comment devenir un monstre de Jean BARBE, Partir de Tahar BEN JELLOUN, Le dehors et le dedans de Nicolas BOUVIER, Dée de Michael DELISLE, Qui se souvient de la mer ? préfacé par Mourad Djebel de Mohammed DIB, Portrait du décolonisé arabo-musulman et de quelques autres d’Albert MEMMI, Maigret s'amuse de Georges SIMENON et Un désir fou de danser d’Elie WIESEL.

 

Informations recueillies et présentées par Circé Krouch-Guilhem

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1 mai 2007 2 01 /05 /mai /2007 14:59
Publication du numéro 2 de la revue de poésie mauricienne
Point-Barre : la poésie à fleur de peau



(Ce texte est mis en ligne tel qu'il nous a été envoyé par la revue)

La revue de poésie Point-Barre vient de sortir son deuxième numéro, cette fois consacré au thème de la sensualité. L'équipe éditoriale, coordonnée par l'écrivain Yusuf Kadel, y invite plus de vingt poètes à s'exprimer sous le titre "A fleur de peau" et rend hommage à Emmanuel Juste.

Le point le plus frappant du nouveau numéro de Point-Barre est qu'il propose davantage de textes et qu'il s'est ouvert à quatre poètes contemporains étrangers. On y découvrira ainsi un texte du Marocain Abdellatif Laâbi, qui au-delà de son oeuvre, a également traduit des poètes arabes. Installé en France depuis 1985 après avoir connu la prison pour ses idées dans son pays natal, il écrit aussi des romans, des pièces de théâtre et des ouvrages pour la jeunesse. Professeur à l'université de Louvain en Belgique et âgé de trente-six ans, Arnaud Delcorte se fait connaître à travers Trois poèmes courts. Plus près de nous, Catherine Boudet est Réunionnaise, chargée de cours à l'université de la Réunion et auteure d'une thèse sur la diaspora mauricienne en Afrique du Sud. Elle propose ici deux poèmes sous le titre, Ecriture-Limbes et Constelle d'azur fou. Jean-Claude Abada, qui nous vient du Cameroun, est quant à lui en séjour à Maurice pour les besoins de sa thèse de doctorat sur le tragique dans le roman francophone où il se penche entre autres sur l'oeuvre d'Ananda Devi. S'il a déjà publié au Cameroun, il propose ici Hâte-toi lentement.

Point-Barre s'ouvre sur une préface introductive de Khal Torubally, qui donne ici une lecture analytique des différents textes. Réalisé en hommage à Emmanuel Juste, ce numéro commence par un de ses poèmes : Pour une résurrection, un hymne à celle qui " rassemble ce qui est épars " ? Et c'est son épouse, Marie-Françoise, qui conclut le tout avec Au temps de l'eau. Les autres poètes mauriciens sont par ordre d'apparition : Umar Timol, Ananda Devi, Jocelyn Siou, Yusuf Kadel, Gillian Geneviève, Odile Le Chartier, Sylvestre Le Bon, Vinod Rughoonundun, Alex Jacquin-Ng, Shawkat Toorawa, Jean-Claud Andou, Michel Ducasse, Anil Rajendra Gopal, Rattan Gujadhur et Vincent Pellegrin.

La revue lance aussi une passerelle dans le temps en agrémentant la couverture d'une évocation de la célèbre toile Le déjeuner sur l'herbe d'Edouard Manet, ainsi que d'un poème de Paul Verlaine publié au dos. Si elle entend privilégier les textes actuels d'auteurs mauriciens, Point-Barre est ouverte à toutes les formes poétiques, et à des styles et idées très différents.
La revue sera en vente à partir de Vendredi dans toutes les bonnes librairies de l'Ile. Si vous résidez à l'étranger et que vous souhaitez vous procurer un exemplaire, vous pouvez le faire en envoyant un mail à barre.point@gmail.com
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16 avril 2007 1 16 /04 /avril /2007 16:00

 

Quelques parutions francophones du mois de mars 2007

 


-Mariama BARRY, Le cœur n’est pas un genou que l’on plie, Gallimard, « Continents noirs », Paris, mars 2007

*Un extrait figurant sur la quatrième de couverture :

 

 

 

‘La tête sans savoir portera les fardeaux... La chance est au bout des pieds... Nul ne connaît l'histoire de la prochaine aurore... La pointe de l'épine se forme quand l'arbre est jeune... Il n'est pas meilleure cohabitation que les dents et la langue... N'ayant rien payé pour son physique, on n'a aucun mérite s'il est beau... Voir la panthère et prétendre l'ignorer, c'est s'attendre à ses griffes... L'héritier d'un noyé ne doit pas jouer sur les rives... Quand toutes les barbes prennent feu, chacun s'occupe de la sienne...’

-Denise BONAL, Les Tortues viennent toutes seules, Ed. Théâtrales, Montreuil-sous-bois, mars 2007

*Quatrième de couverture, présentation par l’éditeur :

 

« 1954. Jour de noces. Et jour de guerre. Avec au premier plan, l'insouciance de la mariée, les sarcasmes du père et les souvenirs de la grand-mère, le temps balance entre grande joie et petits drames du mariage. Mais, avec en toile de fond les «événements» algériens, les coeurs vacillent entre un optimisme volontaire et une réalité plus crue. Denise Bonal propose une ronde haletante autour de l'hymen comme métaphore de la vie.

Dans une habile construction entre présent et futur, l'auteur décrit par touches sensibles, pastel et pourtant sanglantes, le malheur des familles dépassées par l'Histoire. Par une écriture entre silences et retenue, sa pièce mêle avec brio l'intime et le politique, les pulsions d'amour et de mort. Voici une oeuvre rare, un objet précieux qui comblera lecteurs et acteurs." 

 

-Xavier DEUTSCH, Trilogie, Le grand jeu des courages de l'ours en Alaska, Le bestiaire de Rotterdam, En haut de la Terre, Le Cri, Bruxelles, mars 2007

 

-Ousmane DIARRA, Pagne de femme, Gallimard, « Continents noirs », mars 2007

*Extrait figurant sur la quatrième de couverture :

 

 

An de grâce Un. Année de l'enfant djinn ! Ce fut celle de la danse impossible. La danse des grands sorciers et des grands initiés : tu refuses de danser, tu meurs. Tu fais un faux pas, tu trépasses.

Seuls les Anciens possédaient les pas de cette danse-là ! Mais les Anciens s'en étaient allés. Avec tous leurs secrets. Dépités d'un monde qui n'était plus le leur. Auquel ils ne comprenaient plus rien ! Un monde comme un pagne de femme coquine, jamais véritablement noué, et à dessein pour embêter les hommes ! 

-Paul EMOND, Histoire de l'homme : pièce fleuve, mobile, chaotique et à suivre, Volume 1, théâtre, Lansman, Carnières Morlanwelz, mars 2007

*Les premières lignes :

 

BATAILLE DE PECUVARD ET BOUCHET

Pécuvard et Bouchet se tiennent l'un l'autre par le menton et chantent :

Je te tiens tu me tiens par la barbichette

Le premier qui rira aura une tapette

Ils se fixent un long moment.

Pécuvard : Bouchet, tu as ri.

Bouchet : Faux, Pécuvard.

Pécuvard : Je t'ai vu, Bouchet.

Bouchet : Tout faux, je ne ris pas. C'est toi qui ris, Pécuvard.

Pécuvard : Je ne ris pas du tout, Bouchet.

Bouchet : Moi non plus, Pécuvard.

Pécuvard : Ça ne marche pas trop bien, ce jeu.

Bouchet : Alors, on règle ça au bâton.

Pécuvard : Riche idée, Bouchet.

Ils prennent deux bâtons, s'assomment, puis se relèvent.

Bouchet : Match nul.

Pécuvard : On remet ça.

Ils se reprennent le menton l'un de l'autre et chantent :

Je te tiens tu me tiens par la barbichette
Le premier qui rira aura une tapette
Ils se fixent un long moment.

 

 

Pécuvard : Bouchet, tu as ri.

 

-Hubert HADDAD, Oholiba des songes, Zulma, Cadeilhan (Gers), mars 2007 [Table ronde, 1989]

*Un extrait :

 

 

Il ne s’était jamais vraiment douté avant cette nuit déchirante et nulle du poids de violence que dissimulait son flegme devant la frénésie des événements. Sa vie entière prenait un sens nouveau, comme s’il avait subitement découvert l’envers monstrueux de l’innocuité d’être. L’espèce de stupeur sacrée que provoquait en lui l’immanquable abomination humaine l’avait jusqu’à présent tenu à l’écart, en témoin fugitif du désastre où s’engouffrent martyrs et tyrans d’une loterie d’enfer. Une femme au regard de revenante venait de détruire la distance évasive entre le monde et lui. Il se savait désormais capable du pire ; une fièvre de mort le brûlait, nourrie de toutes les images d’exécutions sommaire de tortures, de tueries à la sauvette que ses appareils photographiques avaient distraites de la fugacité honteuse du réel.

 

 

« Samuel Faun est photographe de guerre. Cette vocation lui est venue en Europe centrale, lorsque enfant il vit massacrer sa famille. A New York, entre deux reportages, il entre par hasard dans un théâtre yiddish du Lower East Side, où se joue une étrange pièce : Oholiba des songes, l'autre nom de Jérusalem. » (Electre) 

 

 

-Loys MASSON, Saint Alias Suivi de La chose, Arbre vendeur, coll. « L’Alambic », Talence, mars 2007 [Saint Alias, 1947, La Chose in Des Bouteilles dans les yeux, 1970]

 

*La quatrième de couverture, présentation par l’éditeur :

 

« Satan s'est finement vengé du talent de Loys Masson. Il l'a relégué dans un angle mort de la Bibliothèque où ses mots ardents se consument en vain. Il le punit d'avoir si bien su le dépeindre sous les traits de Monsieur Alias, ce voisin aimable dont nous rêvons tous.

Dans ces pages hantées de poésie et d'ironie, l'auteur de ces «short stories» nous livre un portrait inoubliable, à la fois proche et infiniment mystérieux, de cette figure qui a toujours su se faire aimer des hommes et combler leurs désirs pour mieux révéler ce que cachent leurs âmes. »

 

-Marcel MOREAU, Souvenirs d'immensité avec troubles de la vision : précipité de notes prises lors d'un voyage Moscou-Pékin en 1985, Arfuyen, mars 2007

 

-Laure MOUTOUSSAMY, Le Kooli de morne Cabri, Ibis Rouge, Matoury (Guyane française), mars 2007 

 

-Pius Nkashama NGANDU, L'Empire des ombres vivantes, L’Harmattan, « Théâtre des cinq continents », Paris, mars 2007

*Présentation par l’éditeur : 

 

« Cette pièce est conçue à la manière d'une allégorie poétique. Au milieu des paraboles et des légendes mythiques, se bousculent des ombres, des spectres, des visions entrevues durant un songe. Tout se déroule aux pourtours des espaces indiqués par des symbolismes particuliers : les mangroves sur les bords des marécages et des marais d'où émergent des êtres étranges. »

-Pius Nkashama NGANDU, Bonjour Monsieur le ministre !, L’Harmattan, « Théâtre des cinq continents », Paris, mars 2007

*Présentation par l’éditeur :

 

« Une épouse loyale aux belles allures de princesse, un futur et bien probable Ministre des Oiseaux migrateurs au portefeuille variable, un négociant des tropiques transformé en "homme d'affaires" avisé qui demeure un néocolonial nullement ombrageux. Au travers de ces effigies parodiques, l'auteur a réuni les ingrédients les plus sulfureux afin de reproduire par le drame un espace total pour les antagonismes permanents. Au-delà de la raillerie, l'auteur dénonce les incohérences des systèmes politiques qui se bousculent dans une Afrique secouée par des rébellions et des batailles sanglantes." 

 

Signalons également la réédition chez L’Harmattan de La rédemption de Sha Ilunga du même auteur. 

 

-Jean PORTANTE, Le Travail du poumon, Le Castor Astral, Bègles, mars 2007

*Présentation par le Castor Astral :

  « Le poumon, c’est la langue qui dans la langue respire. L’oralité subvertissant l’écrit. Telle est la substance de ce livre. Une sorte de mode d’emploi, de regard dans la fabrique du poème. Nous voici en chemin, dans l’entre-deux de la langue et de sa métamorphose, avec pour sentinelles fragiles le cerf d’automne qui donne la vie et la mort, et la baleine ancestrale condamnée à la fatigue de la respiration. De ces sentinelles dépend la marche des choses, la métaphorisation du réel. Parce que voilà ce que fait ce poème : raconter. Raconter la vie et ce qui l’intranquillise. Or, raconter, c’est courir le risque de l’oubli, et celui de la plus parfaite des mémoires. D’où les incessants « effaçonnements » qui font et défont le texte. Comme s’il était une Aspirine se dissolvant dans l’eau, afin que soit mise à nu la langue première. Tel est le travail du poumon, une colonisation de la langue visible (le français) par la langue de l’origine (l’italien), plaçant la vérité du texte sur le point d’intersection entre un Sud et un Nord qui se regardent avec méfiance ; tout en rappelant que qui dit point d’intersection parle davantage d’absence de rencontre que de rencontre. Se construit ainsi une architecture du livre qui, de chapitre en chapitre, revisite quelques maîtres de la poésie – Borges et Gelman avant tout, mais aussi Pavese. Une poésie dans laquelle s’ourdit la tragédie du voyage qui – la baleine et Ulysse le savent – dit sans cesse que partir signifie à la fois ne jamais arriver et ne jamais revenir. »

 *Extrait figurant sur la quatrième de couverture :

 

 

LORSQUE J’ÉCRIS c’est comme si je plongeais une Aspirine dans un verre d’eau. Voilà du moins ce que je voudrais. Diluer la langue ainsi utilisée, afin que, dissoute, elle se mette à nu, comme on le dit d’un câble électrique qui, quand on le touche, met à mort. La mise à mort, ce serait l’histoire. Mon histoire. Une histoire que l’écriture a tendance à effacer. Mais qui, disparaissant, s’agite tel un poisson bouté hors de l’eau. LA BALEINE ME VIENT À L’ESPRIT.

 

 

-Nohad SALAMEH, La Revenante, Illustrations de Nadia Saïkali, Voix d’encre, Montélimar, mars 2007 

 

 

-Leïla SEBBAR, Le Ravin de la femme sauvage, nouvelles, Thierry Magnier, Paris, mars 2007

*Les premières lignes :

 

Elles font le boulevard

C'est une ville coloniale prospère. Dans les villas, notables et colons bavardent les soirs d'été, derrière les lourdes bougainvillées, roses, rouges, violettes, on les entend sans les voir, les voix des femmes rient trop fort, cascades pointues jusqu'au cri strident. Qui les fait rire ainsi ? Les jeunes filles de la Colonie vont par petites bandes sur le boulevard, boulevard de la République ? aller-retour, chuchotant et riant, leurs cheveux s'agitent en boucles, les jeunes légionnaires les regardent, ils sourient, ils vont et viennent, les mêmes, chacune se réserve le plus beau jusqu'au prochain boulevard, les frères, de loin, surveillent les soeurs, qu'elles ne rient pas si haut, les militaires qui les croisent sauront ce qu'elles cherchent, à plaire, oui, à plaire seulement, savoir cela, qu'elles plaisent à ces hommes qui feront la guerre, bientôt. Elles ignorent encore le boulevard interdit, dangereux, et les rires des jeunes filles qui rient aux éclats cesseront, les regards du désir se porteront vers des lignes de crête désertes, les vierges rieuses oubliées, le rire des femmes qu'on réserve aux soldats sous la tente ou dans le camion du BMC n'est pas le rire du boulevard dans la ville. Sidi Bel Abbès maison mère de la Légion où, en 1843, s'installe le 3e bataillon du 1er régiment étranger, un simple poste militaire deviendra une ville en 1847, après le soulèvement des Béni Ameur expulsés au Maroc en 1845. Dans la même ville, le 11 août 1961 «tombe le dernier légionnaire en Algérie, lors d'une fusillade dans le jardin public de la ville ». 

 

Augustin de Moerder, le frère d'Isabelle Eberhardt, «Isabelle l'Algérien», légionnaire à Sidi Bel Abbès aura-t-il croisé, dans les dernières années du XIXe siècle, les jeunes filles de la promenade, le boulevard existait-il et les familles nées dans ce pays, les ancêtres venus d'Espagne ou de France, gardaient-elles enfermées les filles à marier ? Augustin a peut-être rencontré, aristocrate russe déguisé en légionnaire français «nouveau soldat créé par la France» en 1831, une jeune et belle Andalouse, des ancêtres arabes avant la chute de Grenade, les yeux noirs des femmes de la campagne où il galope à cheval comme sa soeur Isabelle, Ténès et El Oued et Ain Séfra, autour des fermes de Ténira ou Tabia, près de Sidi Bel Abbès.

 

Signalons également la parution d’une nouvelle de Leïla SEBBAR, Le Vagabond, chez Bleu autour, dans la collection « D’un lieu l’autre ».
 

-Salah STÉTIÉ, La Nuit de la substance, Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière (Hérault) mars 2007

Salah Stétié, poète libanais, engage une réflexion sur la création, lieu vers lequel convergent réalité et imaginaire.

 

-Yolande VILLEMAIRE, India, India, XYZ éditeurs, Montréal, mars 2007

Troisième volet de la vie de Miliana Tremblay.

 

-Amin ZAOUI, Festin de mensonges, Fayard, Paris, mars 2007
 

*La quatrième de couverture :

 

‘J'aime faire l'amour avec des femmes mûres. Cela doit me venir de ma tante, la sœur jumelle de ma mère, qui m'a dépucelé. Dans la grange où nous nous retrouvions, elle criait fort le nom d'Allah au moment de jouir. Ensuite j'ai connu d'autres femmes. Toutes m'ont apporté des choses. L'alcool, le tabac, les livres des roumis. En plus du sexe. Je crois que je les aimais autant qu'il est possible d'aimer Allah lui-même. Mais ce n'était pas du goût de tous. L'Algérie venait d'obtenir l'indépendance et, arrivés d'Egypte ou de Palestine, les Frères musulmans devenaient de plus en plus influents. Un jour il faudrait que je m'amende.’

 

Bâti en spirale et écrit dans un style incantatoire et sensuel, Festin de mensonges est un récit d'apprentissage d'un genre nouveau, trouble, déroutant, où les tiraillements et les retours en arrière ont la part plus belle que les certitudes. Il raconte la gageure de grandir pour un adolescent d'Algérie qui lit Les fleurs du mal en cachette mais connaît le Coran par cœur, et qui aime les femmes avec cette sorte de piété qui n'est réservée qu'à Dieu.

 

-Ahmed ZITOUNI, Y a-t-il une vie avant la mort ?, La Différence, coll. « Littérature », Paris, mars 2007

« Un écrivain dépressif, alcoolique et solitaire est interrompu par un des personnages de ses romans qui lui demande réparation pour l'avoir tué, vingt ans plus tôt, dans son premier roman. L'auteur tente de se justifier et la confrontation se poursuit jusqu'au lieu du crime, la cité de l'Avenir radieux. Premier volet d'une trilogie consacrée à la mort. » (Electre)
 

Nous retiendrons aux éditions XYZ, dans la collection « Romanichels Poche » La Gare de Sergio KOKIS, Aimez-moi d’Yves BOISVERT Yves et Le facteur émotif de Denis THÉRIAULT. En format poche, Tahar BEN JELLOUN, Le discours du chameau Suivi de Jénine : et autres poèmes, préfacé par François Bott, publié chez Gallimard dans la collection « Poésie », et Johnny chien méchant d’Emmanuel DONGALA chez Le Serpent à plumes.
 


Et dans la catégorie bandes dessinées :

 

-Enki BILAL, Le Sommeil du monstre vol. 4, Quatre ?, Casterman, Bruxelles, mars 2007

Quatrième volet, suite et fin de sa Tétralogie du Monstre.

 

*Un extrait :

- Garçon ?

- Oui monsieur ?

- Cette entrecôte de salers n'a aucune odeur, aucune saveur, aucun goût... et le bordeaux, c'est de la flotte. Paris est une ville sans odeur... Qu'est-ce qui se passe ?

- Je ne sais pas, monsieur, faut voir avec le responsable.

- Je peux vous avouer quand même quelque chose ?

- Ca dépend.

- Eh bien, je me suis toujours demandé pourquoi François Mitterrand est allé à Sarajevo le 28 juin 1992. Pourquoi justement le 28 juin ? Tout le monde sait que c'est non seulement la fameuse date de la bataille héroïque, dont les Serbes sont si fiers, contre les Ottomans à Kosovo Polje en 1389, mais aussi celle de l'assassinat de l'archiduc François Ferdinand en 1914, à Sarajevo aussi, comme par hasard. Tout ça est lourd de symboles... Vous n'y voyez pas comme un peu de provocation ?

- Je ne sais pas de quoi vous parlez, monsieur, faut voir avec le responsable. 

 

 

Informations sélectionnées et recueillies par Circé Krouch-Guilhem 

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Published by La plume francophone - dans Chronique- Editions
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