L'Ogre Gentlemande Praline Gay-Para
par M. M. (CM2)
C'est l'histoire d'un Ogre gentleman qui est le voisin de trois soeurs. Mais un jour... les deux aînées firent tomber leur petite soeur qui atterrit chez l'ogre. Elle nettoya de fond en comble la maison où elle sentit une odeur bizarre, puis prépara un bon repas. Une fois l'ogre revenu, il sentit une odeur inhabituelle, l'odeur d'un bon repas. Il décida d'adopter cette enfant pour qu'elle devienne sa ménagère.Un jour où l'ogre fut parti, la petite fille fouilla la maison puis trouva une mystérieuse clé. Celle-ci ouvrait la porte du jardin du sultan où vit une autruche qui lui dit :« Matin de lumière fille de l'ogre./ Toi que ton père nourrit/ Pour dévorer ta chair/ Et croquer tes os/ Quand tu auras grandi. »
Ces paroles semèrent le doute dans l'esprit de la petite fille. Elle ne dormait plus, elle ne mangeait plus, elle ne faisait plus rien dans la demeure de l'ogre qui s'en rendait compte mais n'osait pas lui demander ce qu'il y avait. Un beau jour, l'ogre en eut assez et décida d'aller lui parler, celle-ci hésita puis lui raconta tout. L'ogre fut étonné de la nouvelle que lui annonca la fillette. Il lui apprit alors la parole qu'elle devait dire à l'autruche quand elle irait la voir, pour prendre sa revanche.
J'ai aimé ce livre car c'est une histoire « merveilleuse » parce qu'un ogre n'existe pas et ne parle pas. Il y a beaucoup de suspense : l'ogre va t-il dévorer la petite fille? C'est ceci que j'ai apprécié le plus.
L’ogre gentleman
par J.B (CM2)
Trois sœurs tissaient du coton pour le marché. Un jour, la plus petite d’entre elles tomba dans la cour de leur voisin l’ogre. Ses sœurs essayèrent de la
rattraper avec un gros fil de coton mais il cassa. C'est pourquoi les deux autres filles eurent peur, se cachèrent et ne revinrent plus.
Découverte de la clé
La fillette se sentit seule puis elle visita la maison de l’ogre. Alors là... ça sentait tellement mauvais qu'elle décida de tout nettoyer et de cuisiner un bon repas. L’ogre arriva et vit que sa maison était propre et sentait le plat mijoté. Il décida donc d'adopter la petite. L'ogre partait travailler tous les jours alors la petite en eut assez et jeta le balai et la serpillère. Elle trouva dans un tiroir une clé qui ouvrit une porte. Mais quelle porte ?... Celle du jardin du Sultan.
Suspense
Comme l'enfant était curieuse, elle descendit et vit un merveilleux jardin dans lequel vivait une autruche qui lui dit : « Matin de lumière fille de l'ogre./ Toi que ton père nourrit/ pour dévorer ta chair /Et croquer tes os / quand tu auras grandi. » Mais pendant ce temps, le Sultan, observe la scène et il est ébloui par la beauté de la fillette. Que fera-t-il quand il apprendra que la petite enfant a été adoptée par l'ogre ?
J'ai aimé cette histoire parce qu'il y a un peu de suspense car on se demande sans cesse si l'ogre va dévorer la fillette.
Un vrai gentleman
par D.Y
C'estl'histoire deL'ogre gentleman1 de Praline Gay-Para. Un jour trois filles abandonnent leur sœur qui est adoptée par un ogre. Un matin, pendant que l'ogre travaille, elle trouve une clé et va sur la terrasse de la maison. Elle voit une autruche qui lui dit :
«Matin de lumière fille de l'ogre
Toi que ton père nourrit
Pour dévorer ta chair
Et croquer tes os
Quand tu auras grandis.»
La fille effrayée n'a plus le courage de faire à manger. Quelque temps après, l'ogre apprend pourquoi elle a changé. Il lui dit ensuite de répondre à l'autruche :
« Moi, mon père me nourrit
Pour me marier avec le sultan
Quand j'aurai grandi
A mes noces,
De tes plumes je ferai un matelas
Et de ton sang un tatouage sur mes bras »
Chaque fois que la petite fille lui dit ces paroles, l'autruche s'arrache trois plumes.
Un beau jour, le prince, propriétaire de l'oiseau, va vérifier pourquoi son autruche n'a plus de plumes. Il voit alors la fille et la trouve si belle qu'il décide de l'épouser.
1Praline Gay-Para, L'ogre gentleman, Paris, éd. Mini Syros, 2010.
Le malchanceux
par I.V.
Dans « L'homme qui cherche sa chance 1», un homme qui s'appelle Jabr trouvait qu'il était malchanceux. Alors il pensait que Dieu ne l'aimait pas.
Jabr se mit en quête de Dieu pour lui demander pourquoi il était malchanceux. Sur son chemin, il rencontra un chacal qui le chargea de demander à Dieu pourquoi il est si vieux. Plus loin, il rencontra une jeune fille qui voulait savoir pourquoi elle pleure chaque nuit. Enfin, il rencontra un vieil arbre qui se demandait pourquoi il ne pouvait pas se déplacer pour jouer. Il arriva jusqu'à Dieu et lui demanda des réponses à tout cela.
Dieu lui dit qu'un lot de chance lui était réservé sur terre. Et il répondit aussi aux questions du chacal, de la jeune fille et de l'arbre. Jabr repartit et croisa l'arbre et lui dit qu'il ne peut pas bouger car il y a un trésor sous ses racines. A la jeune fille, Jabr dit qu'elle pleure chaque nuit car il lui faut un mari. Elle lui demanda s'il voulait être son mari, mais il ne voulait pas car il doit retrouver un lot de chance sur la terre. Il croisa enfin le chacal, puis il lui dit qu'il devait manger l'homme le plus stupide du monde. Et depuis il trouvait qu'il n'était plus malchanceux. J'ai beaucoup aimé ce livre car Jabr, qui était malheureux, découvre qu'il a son lot de chance sur terre.
1Praline Gay Para, L'ogre gentleman et autres contes, Paris, SYROS ,1994.
La montagne aux trois questions
Par R.
C'est l'histoire d'un garçon
étudiant qui est si moche que tout le monde le fuit. Il décide d'aller vers la montagne aux trois questions pour résoudre l'énigme de sa cruelle apparence.
Pendant le voyage, le garçon est hébergé chez un homme à l'écart de la ville. L'homme lui demande de se renseigner sur les raisons qui font que sa fille est muette.
Ensuite, il rencontre un ermite qui veut savoir pourquoi un seul de ses vergers pousse. Plus loin, le garçon rencontre une grande carpe qui a plus de cent ans. Elle le charge de s'informer pourquoi elle ne peut pas devenir un dragon.
Le garçon arrive à la montagne aux trois questions. Il rencontre les trois génies qui vont répondre à ses questions, sauf la sienne qu'il n'a pas le temps de poser. Les génies lui ont dit que la carpe avait avalé « une émeraude lorsqu'elle était jeune. »
Ils lui ont aussi appris que sous les vergers de l'ermite, il y avait un trésor qui empêchait ses arbres de pousser. A son retour, il va chez l'homme et lui dit que sa fille n'a pas encore trouvé la voix de la vie. L'homme pour le remercier lui donne la main de sa fille qui se mit à parler.
J'ai bien aimé car c'était un conte de sagesse. La morale de cette histoire est que tout le monde peut avoir sa chance et être généreux.
L'Ogre gentleman
Par D.H
Le livre que j'ai lu a été écrit par Praline Gay-Para et il est intitulé L'Ogre gentleman.
C'est l'histoire de trois sœurs. Elle ont tenté de récupérer la quenouille de la plus jeune qui finir par tomber dans la maison de leur voisin l'ogre. Quand un des nœuds a lâché, elle est tombée dans la maison de l'ogre. Puis elle voit la maison en pagaille, elle range et prépare à manger. L'ogre revient il trouve la nourriture et la mange. Cet ogre fait de la fille son enfant. Chaque jour elle doit lui préparer à manger, mais elle découvre un jardin d'où une autruche lui dit quelle va se faire manger par l'ogre.
Enfin, elle rencontre le prince et se marie avec lui.
J'aime ce livre car il m'a montré que les ogres sont quand même un peu méchant, puisque l'ogre oblige la fille à lui faire à manger.
La montagne aux trois questions1
par D. H.
Je vais vous parler d'un conte japonais, intitulé La montagne aux trois questions écrit par Béatrice Takana et illustré par Chen Hang Hong.
C'est l'histoire d'un étudiant qui est si laid que tout le monde se moque de lui. Il se rappela une chanson de sa mère qui dit que trois génies habitent la montagne et qu'ils peuvent répondre à toutes les questions. Il alla dans la montagne et, sur son chemin, il rencontra plusieurs personnes qui avaient aussi des questions. Ils lui demandèrent de les poser aux génies. Arrivera-t-il à la montagne ? Aura-t-il ses réponses ?
J'aime ce livre car il m'a appris que ce n'est pas bien de se moquer du physique des autres car cela leur fait mal au coeur, surtout qu'on peut être laid de l'extérieur et beau de l'intérieur.
1Béatrice Takana, La montagne aux trois questions, illustré par Chen Hang Hong, Paris, éd. Albin Michel Jeunesse, 1998.
La fille de L'ogre gentleman1
par A.A
1ère partie
L'autruche pipelette
C'est l'histoire d'une petite fille abandonnée par ses sœurs.
Dès qu'elle tomba dans la maison de l'ogre, sa vie changea. Elle devint sa fille et, en échange de son accueil, elle lui faisait la vaisselle, le ménage et préparait le repas.
Tous les matins, elle allait sur la terrasse et rencontrait une autruche qui lui disait:
Matin de lumière fille de l'ogre
Toi que ton père nourrit
Pour dévorer ta chair
Et croquer tes os
Quand tu auras grandi.
La petite fille prit peur et changea son mode de vie.
L'ogre se rendit compte qu'il se passait quelque chose et découvrit la vérité.
2ème partie
LE MARIAGE
L'ogre dit à sa fille va sur la terrasse et répond à l'autruche :
Moi mon père me nourrit
Pour me marier avec le sultan
Quand j'aurai grandi
A mes noces,
De tes plumes je ferai un matelas
Et de ton sang un tatouage sur mes bras
Chaque jour que l'autruche y pensait, elle s'arrachait trois plumes.
MORALE:
L'ogre gentleman est un livre que j'ai beaucoup apprécié surtout que, grâce à l'ogre, la fille se marie avec avec le sultan. Cela démontre qu'il ne faut jamais sous-estimer une personne à cause de son apparence.
1PRALINE GAY-PARA, L'ogre gentleman, Paris, éd. Mini syros, 2010.
L'Ogre gentleman1
par C. T.
La rencontre...
D'abord, pour récupérer une quenouille qu'elle venait de perdre, une petite fille avec l'aide de ses sœurs se pencha de son balcon mais tomba dans la maison de l'ogre. Celui-ci la trouva et décida de faire d'elle sa fille. Il l'accueillait chez lui mais, en échange, elle devait faire le ménage et préparer le repas tous les jours. L'ogre se conduisait avec elle... comme un gentleman!
Ensuite, la jeune fille sur son balcon rencontra l'autruche du sultan qui lui dit :
Toi que ton père nourrit
Pour dévorer ta chair
Et croquer tes os
Quand tu auras grandi.
En entendant cela, la jeune fille eut peur. L'ogre se rendit compte que sa protégée n'allait pas bien. Il lui demanda ce qui la tourmentait.
Le mariage
Enfin, elle lui raconta tout. L'ogre lui dit de rétorquer à l'autruche :
Mon père qui me nourrit
Pour me marier avec le sultan
Quand j'aurais grandis.
A mes noces,
De tes plumes je ferai un matelas
Et de ton sang un tatouage sur mes bras.
L'autruche en entendant cela s'arracha les plumes. Le sultan qui se demandait pourquoi son autruche n'avait plus de plumes alla voir la jeune fille qu'il trouva si belle qu'il la demanda en mariage. Tout le monde vint à la fête sauf l'autruche!
Un ogre bien humain!
J'ai beaucoup apprécié ce livre car je connais beaucoup d'histoires où les ogres sont terrifiants. Mais dans ce conte l'ogre n'est pas maléfique, c'est un gentleman ! Le personage qui se conduit mal n'est pas l'ogre mais l'autruche !
1PRALINE GAY PARA, L'Ogre gentleman, Paris, éd. Mini syros, 2010.
Note de lecture
Henry Bauchau, L'enfant rieur
par Lama Serhan
Henry Bauchau va avoir 100 ans, est-ce pour cela qu’il nous livre dans sa dernière œuvre parue "L’enfant rieur" ses souvenirs de jeunesse allant de 1914 à 1940 ? Est-ce pour cela qu’il a publié en 2011 plus de trois œuvres ? Nous ressentons comme un besoin irrépressible de dire les choses, de les écrire pour enfin révéler ce qu’il est.
L’enfant rieur ne ressemble pas à ce que nous avons l’habitude de lire : des chapitres courts, un récit sans emphase, sans images allégoriques mais plutôt l’inventaire de ces moments marquants qui ont fait passer l’enfant qui rit à celui qui « a été forcé dès sa petite enfance de vivre la haine » (P.13).
C’est également le récit d’une époque et d’un mode de vie qui nous est donné à voir : une ruralité déjà et puis les deux grandes guerres. Nous sommes plongés dans la première et nous avons l’amorce de la seconde avec tout ce que cela induit : la haine, la crainte, le nomadisme infligé.
Les figures emblématiques qui composent la structure familiale se retrouvent elles aussi dans ce chaos, le père chômeur car ne voulant pas s’asservir aux yeux des Allemands et qui incarne un statut imposant qu’il faut absolument satisfaire, ou encore la mère triste de la situation qu’on lui impose.
Le petit Henry se réfugie dans la figure de la servante Mérence, puis plus tard Clémence et enfin, le jeune homme après un attachement homosexuel mais non consommé, rencontre une russe Lucie qui tombe enceinte l’épouse pour enfin se marier une seconde fois avec Laure juste avant la Seconde Guerre, fin du roman.
Ce qui reste de la lecture, c’est cette traversée du temps à travers les yeux d’Henry en construction, pas encore cet auteur que nous connaissons, pas encore le psychanalyste qui guérit les autres de leurs blessures profondes. Ce qui nous reste c’est de savoir quel enfant a été cet homme. Ce qui reste, c’est ce rire arrêté trop vite, trop jeune, non « il ne voulait pas vivre ça ».
Pour en lire encore plus - critique du Magazine Littéraire ici

Henry Bauchau est né en Belgique en 1913. Il est membre de l'Académie Royale de langue et littérature françaises de Belgique. L'enfant rieur est paru aux éditions Actes Sud en Novembre 2011.
La grande mêlée de Michel Tremblay
ou la force magique de Montréal
par Victoria Famin
Figure fondatrice de la littérature québécoise depuis la Révolution Tranquille des années 1960, Michel Tremblay ne cesse de nourrir son œuvre littéraire. En 2011 il publie chez Actes Sud un roman qui s’insère pleinement dans sa production littéraire : La grande mêlée. Il s’agirait d’un texte qui complète la fresque familiale que l’auteur construit depuis plus de quarante ans. En effet, il avait rédigé En pièces détachées en 1966, texte dramaturgique qui constitue le premier volet d’une saga et qui s’inspire d’éléments autobiographiques pour prendre rapidement un envol fictionnel. Le dernier roman de Tremblay serait la dernière pièce de ce que l’auteur appelle son « puzzle », mais il peut être lu comme un roman à part entière, tant sa structure autonome est finement travaillée.
La grande mêlée présente au lecteur les préparatifs de la noce de Rhéauna et Gabriel, un jeune couple qui vit à Montréal, menant une vie modeste, mais qui décide d’offrir une fête luxueuse et inoubliable pour leur mariage. Le roman, centré sur les préambules de la grande mêlée que sera la fête, présente un monde réaliste et en même temps onirique qui permettrait de penser à un réalisme magique à la québécoise. Le prologue du roman pose les bases d’un monde qui oscille entre la réalité de la description de la ville de Montréal dans les années 1920 et la magie des personnages de Florence, Rose, Violette et Mauve, qui proposent un regard merveilleux sur ce monde :
Rose, Violette, Mauve et leur mère, Florence, sillonnaient donc les rues de la métropole à la recherche du leveur de lune qu’elles avaient donné au monde et qui leur avait échappé en suivant sa sœur en ville. […] Si elles avaient été visibles, on aurait pu se demander qui étaient ces dames d’un autre âge, habillées comme au siècle dernier, engoncées dans d’imposantes tenues sanglées à la taille, gantées été comme hiver, coiffées de chapeaux sophistiqués et larges, […] Mais elles déambulaient à travers la ville sans que personne ne les voie jamais[1].
La puissance des différents personnages féminins qui parcourent le roman permet à l’auteur de créer ou plutôt de recréer un univers à partir d’un portrait très réaliste de la ville de Montréal au début du xxème siècle. Cet ouvrage donne à voir un monde presque féerique mais étroitement lié à l’espace montréalais. Grâce au travail d’écriture, le lecteur est amené à oublier les contraintes spatio-temporelles pour croire entièrement en l’existence de ce que Tremblay dépeint.
L’écriture d’une époque
Que l’on considère ce roman comme un maillon de la saga de Tremblay ou comme un roman isolé qui est une totalité en lui-même, il est de toute évidence le résultat d’un projet ambitieux. Si l’auteur tient à présenter son œuvre comme la « traversée d’un siècle », La grande mêlée tente de décrire une époque : les années 1920 à Montréal. En ce sens, l’écriture de cette période passe par une recherche minutieuse qui essaie de reconstruire le temps passé non pas par le biais des références historiographiques mais par la reconstitution du quotidien montréalais et des petits éléments qui ont marqué le vécu d’une société. Ce travail représente un défi hors pair, car il s’agirait alors de faire apparaître les détails parfois banals qui sont pourtant la garantie d’une inscription temporelle.
L’omniprésence des personnages féminins dans le roman appelle l’évocation des modes vestimentaires comme un code pour le décryptage des références temporelles :
J’ai ben peur que ce soit la fin de tes vieilles bottines, ma pauvre Tititte. Tu vas être obligée de te mettre aux souliers comme tout le monde. […] Tu devrais en profiter, aussi pour abandonner les voilettes… C’t’à ton tour de jouer à la femme moderne…[2]
Les atours vieillots de la tante de Rhéauna évoquent un temps passé qui devrait céder sa place au présent. Il s’agit d’un présent qui entraîne la jeunesse dans cette décennie de grands changements vestimentaires, qui supposent par la même occasion un changement au cœur de la société. Pourtant, le lecteur reste fasciné par le décalage entre ce présent du récit qui lui est lointain et le présent de l’écriture, qui coïncide avec celui de la lecture. La fraîcheur avec laquelle le personnage de la jeune fille fait référence à la modernité fonctionne comme un clin d’œil adressé à un lecteur qui ne saurait voir un signe de transgression dans le port des souliers.
Le topos du changement vertigineux, qu’il soit bien accueilli par les personnages jeunes ou simplement subi par les figures de la maturité, traverse le roman rappelant la dynamique du xxème siècle. Ces continuelles mutations semblent s’accentuer dans l’espace privilégié de la ville de Montréal, réceptacle de toutes les expressions de la modernité :
T’aimes pas que les choses changent, hein ? […] Non. Mais je suppose que ça sert à rien. J’vas être obligée de m’habituer. Vous aussi. Surtout en ville où tout change si vite…[3]
Ainsi la ville semble-t-elle participer pleinement au passage d’un mode de vie à l’autre, qui correspond dans le roman aux différentes générations de la famille de Rhéauna et de Gabriel. Montréal n’est pas alors un simple décor sur lequel s’inscrit l’histoire des mariés mais une entité à décrire, à réécrire pour lui donner une nouvelle vie littéraire.
L’écriture d’une ville
Montréal est une ville qui s’écrit dans la prose de Tremblay par le biais du joual[4]. L’auteur, qui fut le premier à lui donner une place dans la littérature, lui accorde le rôle de ciment de la ville car il rappelle constamment l’ancrage d’une société dans un lieu spécifique. Ainsi, les dialogues abandonnent le français standard et adoptent le sociolecte québécois.
L’écriture de la ville se fait aussi et principalement à travers la mention des rues et des lieux montréalais. Aussi, lorsque Gabriel demande à Josaphat, son oncle violoniste, pourquoi il joue toujours dans les mêmes endroits, la référence à la division de Montréal en deux espaces, l’un francophone et l’autre anglophone, confirme la volonté de reconstruire cette ville en mettant en relief sa spécificité :
Pourquoi vous allez pas dans les grands magasins de l’ouest de la ville ? Ça payerait peut-être mieux. Les violoneux intéressent pas les Anglais. Y aiment mieux la cornemuse…[…] Je le sais. Disons que c’est juste un bon vieux préjugé. Y en ont sur nous autres, je vois pas pourquoi on en aurait pas sur eux autres. Mais tu comprends, dans les grands magasins de l’ouest, j’aurais l’impression de quêter. Un autre pauvre French Canadian qui tend la main aux riches Anglais. Sur la rue Mont-Royal, j’ai l’impression de jouer pour mon monde[5].
Cette tension entre anglophones et francophones se ressent non seulement au sein de la ville de Montréal mais également dans certaines scènes qui dépassent le cadre de la ville pour ouvrir l’espace au territoire canadien.
Cette ouverture de la conception de l’espace place néanmoins la ville de Montréal au cœur du roman, car elle exerce une attraction inévitable chez les personnages liés à la campagne, comme Rose : « Elle est sur le point de céder. Montréal. La grande ville. Le bruit. La foule, partout, tout le temps. Les lumières, le soir, les théâtres, les cinémas[6] ». Dans l’imaginaire de Rose, Montréal ou Morial, comme l’appelle le personnage, entre en contraste avec Duhamel et cette comparaison rappelle l’opposition traditionnelle entre la ville et la campagne. Mais Montréal attire également des personnages habitués à la vie dans d’autres villes comme Ti-Lou, prostituée vieillissante d’Ottawa : « Elle a été charmée par la vie nocturne de la métropole canadienne qui a la réputation, méritée, d’être une ville un peu folle et très ouverte d’esprit, si on fait abstraction du joug de la religion catholique sur la population francophone[7] ». La ville de Montréal attire une diversité de caractères qui constitue justement la matière de cette grande mêlée familiale que l’auteur présente à son lecteur.
L’écriture d’une famille
Ce roman présente une histoire familiale articulée autour de deux axes, celui du couple de Gabriel et de Rhéauna et celui qui réunit Victoire, Josaphat et Télesphore. Mais l’attention du lecteur est orientée, dès les premières pages, vers les figures féminines qui portent le roman. Les femmes de chaque génération et des deux familles se montrent fortes, disposées, chacune à sa manière, à faire face aux problèmes, parfois superficiels, parfois tragiques, qui rythment leur existence. En ce sens, le personnage de Maria, la mère de Rhéauna, est un exemple parlant de cette image des femmes fortes auxquelles Tremblay semble rendre hommage :
Elle n’a pas d’argent pour payer le mariage de sa fille. Dans quelques heures, elles seront, Rhéauna et elle, dans un salon d’essayage devant des robes hors de prix. Les invitations sont envoyées, les réponses ne tarderont pas à arriver. Elle va perdre sa fille aînée qui l’a remplacée auprès de son frère et de ses sœurs depuis si longtemps. Comment va-t-elle faire ? Comment s’en sortir[8] ?
C’est justement autour de ces femmes, souvent accablées par des tâches insurmontables que les familles de Rhéauna et de Gabriel se construisent. Mais la famille de Rhéauna semble se dédoubler, se multiplier à l’infini par la prolifération de ses membres, introduits au fur et à mesure que les invitations à la noce arrivent. Cette construction hyperbolique du réseau familial se reflète dans la structure du roman qui semble être fragmentaire mais en même temps profondément unifié car cimenté par les liens du sang.
Les Desrosiers, les membres de la famille de Rhéauna, sont éparpillés dans le sol canadien, séparés par des milliers de kilomètres ainsi que par des événements plus ou moins douloureux et des secrets qu’ils cherchent à effacer. Dans cette configuration, la noce de Rhéauna et de Gabriel les attire et les réunit, malgré tout, autour de cet événement festif. Ainsi, telles des rivières dévalant le territoire québécois et même canadien, les tantes, oncles, cousins et cousines se retrouvent pour une grande et joyeuse mêlée dans ce centre mythique de la prose de Tremblay qu’est Montréal.
[1] Michel Tremblay, La grande mêlée, Montréal, Leméac-Actes Sud, 2011, p. 16-17.
[2] Ibidem, p. 173.
[3] Ibidem, p. 21.
[4] Il s’agit d’un sociolecte issu de la culture populaire québécoise. Son nom, « joual », résulte de la transcription de la façon de prononcer le mot « cheval ». Ce n’est qu’à partir de la Révolution Tranquille qui est menée par les artistes et intellectuels québécois dans les années 1960 que ce parler obtient une reconnaissance sociale. En ce sens, Michel Tremblay peut être considéré comme une figure de proue du mouvement de revalorisation du joual en tant que patrimoine linguistique et identitaire des Québécois.
[5] Michel Tremblay, La grande mêlée, op. cit., p. 133.
[6] Ibidem, p. 171.
[7] Ibidem, p. 55.
[8] Ibidem, p. 140.
Analyse
Gary Victor, Le sang et la mer
Par Victoria Famin
En 2010, Gary Victor publie aux éditions Vents d’ailleurs Le sang et la mer, un roman qui enrichit la vaste
œuvre de cet écrivain haïtien. Dans cet ouvrage le narrateur autodiégétique est une jeune fille qui prend la parole pour faire le bilan de sa vie dans un moment critique. En effet, Hérodiane, la
protagoniste et narratrice, agonise dans une chambrette d’un bidonville de Port-au-Prince, des suites d’un avortement réalisé dans des conditions plus que douteuses. Dans ces instants douloureux
qui rapprochent la vie et la mort, le roman adopte la structure d’une longue analepse grâce à laquelle sont exposés les souvenirs de la jeune fille ainsi que les événements qui l’ont conduite à
l’agonie.
Le long récit, parfois halluciné, d’Hérodiane, évoque un sujet qui peut surprendre le lecteur : le mythe du prince charmant issu de la tradition européenne des contes qui, sans être actualisé, s’inscrit dans le monde culturel haïtien. Cet élément exogène explique pourtant une grande partie des malheurs de la protagoniste et permet de jeter une nouvelle lumière sur les phénomènes qui bouleversent la vie des Haïtiens. Ainsi, ce topos de la tradition européenne coexiste dans le texte avec des éléments vaudous pour donner de la profondeur à l’histoire de cette jeune fille haïtienne qui ressemble à celle d’autres filles mais qui reste néanmoins unique.
L’irruption surprenante d’un conte de fée
Le récit d’Hérodiane commence loin de Port-au-Prince, dans sa commune natale de Saint-Jean où elle mène une vie tranquille avec sa famille. Pourtant, un événement semble troubler son enfance : suite aux paroles blessantes d’une religieuse raciste qui assure à la jeune fille que la noirceur de sa peau la privera de l’amour de Jésus, une autre bonne sœur bienveillante tente de la rassurer en évoquant maladroitement le mythe du prince charmant :
– Non seulement Jésus te tendra la main mais un jour un beau prince viendra te chercher. Il sera aussi beau que le fils de Dieu et il t’aimera pour ce que tu es.
Mon cœur battit si fort que j’eus mal à la poitrine.
– Beau comme Jésus ! Avec des yeux bleus comme lui ?
– Avec des yeux bleus comme lui ma petite Hérodiane.
Cet échange entre Hérodiane, encore enfant, et sœur Marie-Francine met en évidence le manque d’adaptation d’une religion imposée à la population telle qu’elle avait été importée. En effet, les images vénérées n’ont rien en commun avec la population et ce décalage soulève des inquiétudes et crée des fantasmes concernant les idéaux de beauté et de bonté. Bien que le mythe du prince charmant qui hante l’enfance et l’adolescence d’Hérodiane soit rattaché au monde de la fantaisie, son ancrage dans l’esprit de la jeune fille laisse des marques profondes.
C’est justement cet idéal masculin inculqué par la religieuse qui mène la jeune fille à établir une relation avec Yvan Guéras, un jeune mulâtre issu d’une des familles les plus riches du pays : « Un parfait mulâtre aux traits d’une finesse méditerranéenne, des cheveux d’un noir de jais et des yeux bleus qui contrastaient avec son teint hâlé ». L’attraction qu’Yvan Guéras exerce sur la jeune fille est uniquement physique et étroitement liée au désir de blancheur. Pourtant, il ne s’agit pas d’un cas de lactification tel qu’il est décrit par Frantz Fanon, mais plutôt d’un besoin de reconnaissance de la beauté et de la bonté des Noirs, dignes d’être aimés par Dieu et par ses « semblables » à la peau claire.
Cette figure du prince charmant importée de la tradition européenne des contes populaires permet de mettre en relief l’éternelle obsession de la couleur de peau qui rythme le vécu du peuple haïtien. Ce problème constant de la hiérarchisation des individus en fonction de la blancheur de leur peau oppose dans le roman de Gary Victor les Mulâtres et les Noirs, qui incarnent alors respectivement les classes favorisées et les plus démunies. Ainsi, lorsque Yvan Guéras affirme : « Cette terre est beaucoup plus à nous qu’aux Noirs. Nous leurs avons construit un beau mythe. Qu’ils s’en abreuvent. Qu’ils s’en contentent. », la dichotomie Noir-Mulâtre dépasse le couple d’Yvan et Hérodiane, pour atteindre l’ensemble de la société haïtienne.
Le récit de la protagoniste retrace un parcours de décadence qui commence avec la dissolution de la famille qui pousse les enfants, Hérodiane et son frère aîné Estevèl, à s’installer dans un bidonville de Port-au-Prince. En effet, ils quittent Saint-Jean, lieu idyllique de l’enfance pour s’installer à Paradi, un bidonville qui se moque de ce que la toponymie pourrait suggérer : « Vu d’en bas, Paradi était un chancre, un non-lieu, un cimetière de vivants, une cité dortoir pour parias fuyant la province à la recherche d’un mieux-être devenu illusoire dans cette capitale », et il prend une allure presque monstrueuse :
On aurait dit que la montagne s’était dotée d’une carapace dont la toiture de chaque maison était une écaille. Une carapace bien fragile pour le jour où la terre se mettrait à trembler, où une pluie diluvienne viendrait à rendre le sol incapable de soutenir cette masse monstrueuse
Ce mouvement permet de montrer comment les conditions de vie d’Hérodiane se dégradent, malgré le mirage de l’amour d’Yvan. Chacun des événements semble confirmer la descente en enfer que la jeune fille doit vivre dans ce roman de formation haïtien.
Le vaudou comme contrepoids salvateur
Si le personnage d’Yvan installe la présence masculine dans la vie d’Hérodiane, le rôle d’Estevèl, le frère aîné de la protagoniste, est aussi central dans la construction de l’intrigue. En effet, même avant le décès des parents, le grand frère se présente comme le protecteur principal de la jeune fille, chargé de veiller sur elle aussi bien à Sant-Jean qu’à Port-au-Prince. Ce personnage est revêtu dans le texte d’une aura magique qui rappelle la présence du vaudou dans la société haïtienne :
Mon frère était différent parce qu’il traînait après lui les odeurs et les rumeurs de la mer de son village. […] Mon père avait des relations complexes avec Estevèl. Il devinait bien que son fils, né dans des circonstances particulières, devait avoir des facultés peu communes, un lwa en tête, comme on dit chez nous, lwa qui le réclamerait sans doute un jour.
Estevèl, bien que très discret, impressionne par sa force intérieure qui serait liée à un lwa, c’est-à-dire un esprit vaudou. Le jeune homme, mystérieux et renfermé, reçoit la protection d’un lwa qui lui permet de veiller sur sa sœur et sur ses propres affaires.
Cet esprit protecteur serait Agwé, le lwa de la mer qui accompagne constamment Estevèl à chaque moment de détresse. Ainsi, Hérodiane surprend à plusieurs reprises la communication surnaturelle d’Estevèl avec Agwé :
Il m’était arrivé deux fois, en revenant de l’école, de trouver fermées la porte et les fenêtres de la case. J’entendais la voix d’Estevèl à l’intérieur, qui chuchotait ainsi qu’il savait le faire quand il était debout face à la mer. Je frappais pour annoncer ma présence mais il n’ouvrait pas. Quand je collai mon oreille à la porte pour tenter de deviner ce qu’il faisait, seul à l’intérieur, j’entendis un clapotis de vagues. La mer, soudainement, s’était installée dans notre demeure.
Malgré l’aspect hallucinatoire de ces expériences, Hérodiane accepte peu à peu la réalité des pouvoirs d’Estevèl et son rapport privilégié avec le lwa de la mer. De cette façon, la figure du frère se construit dans le texte comme un personnage relié définitivement à la mer et dont la mission serait de protéger Hérodiane grâce à cette force bénéfique. En revanche, Yvan renforce son statut de personnage maléfique, associé au sang comme symbole de la destruction. Ainsi, les deux éléments évoqués dans le titre du roman, le sang et la mer, seraient les symboles du mal et du bien, incarnés par les personnages masculins de l’histoire.
La littérature comme voie pour la survie
Au fur et à mesure que l’héroïne du roman de Gary Victor abandonne l’enfance pour entrer dans le monde impitoyable des adultes, les déceptions s’enchaînent comme un rite douloureux d’initiation. En effet, elle découvre de façon brutale les raisons pour lesquelles la possibilité d’entretenir une relation amoureuse avec son frère Estevèl est impossible, outre le fait qu’elle serait incestueuse. De la même façon, le véritable visage d’Yvan se dévoile à elle pour lui montrer le besoin impérieux de se méfier des hommes. Ses propres déboires sont confirmés par le constat de la situation des femmes et surtout des jeunes filles dans une société corrompue par la misère, la souffrance et l’injustice sociale. Marie-Edith, sa voisine, devient alors un personnage martyr qui incarne la destinée douloureuse des femmes haïtiennes :
En lisant les mots de mon amie, je pleurai non seulement sur son sort, non seulement sur le mien, mais aussi sur celui de toutes ces filles qui voyaient leurs rêves, jour après jour, dériver vers les trottoirs diurnes ou nocturnes, vers les rictus des fonctionnaires corrompus, d’élus postiches, de politiciens parasites, de bourgeois puants, de vieillards pervers, qui pouvaient tout s’acheter avec l’or qu’ils tiraient de la merde. Nous devions souvent monter, nous les femmes, des « pénis de Cocagne » pour seulement espérer avoir droit d’entrer au paradis. Mais la plupart du temps, nous glissions vers les abîmes où la déchéance nous privait même du droit à l’humanité.
L’énumération des figures du pouvoir dans la société montre à quel point la masculinité est associée au pouvoir politique et économique construit sur l’exploitation de l’autre. Face à cette situation d’inégalité, les femmes semblent condamnées à se servir de la sexualité comme seul moyen de progression sociale. Cette image est présentée par le détournement de l’expression « pays de Cocagne » en « pénis de Cocagne », qui met en relief le caractère purement illusoire d’une telle échappatoire.
Dans ce roman de formation, la prise de conscience d’Hérodiane se fait non seulement grâce à son propre vécu mais aussi par le biais de la littérature. En effet, l’héroïne de Gary Victor découvre dans une libraire de Port-au-Prince deux romans de Marie Chauvet : La danse sur le volcan (1957)et Amour, colère et folie (1968). En effet, la littérature haïtienne occupe progressivement la place des mythes européens et fait disparaître celui du prince charmant. En ce sens, l’auteur rend hommage à cette romancière haïtienne qui inspire chez Hérodiane le désir d’écriture.
Face à l’impuissance qu’éprouve la jeune fille, la seule porte de sortie vers une reconstruction personnelle est celle que lui offre l’écriture. Dans un mouvement d’émulation et en même temps poussée par le besoin de dire ce qui lui est arrivé, Hérodiane entreprend l’écriture d’un roman : « Pour commencer, j’écrirai mon histoire. Pour que mon désarroi d’être sur cette terre se cristallise dans des mots et des phrases. Pour exorciser mon mal-être ».
Ainsi le lecteur retrouve-t-il un parcours presque circulaire dans lequel la mise en abyme de l’écriture permet de penser que Le sang et la mer pourrait être le premier roman d’Hérodiane. En ce sens, Gary Victor réussit à créer une fiction qui, tout en abordant des questions sociologiques fortement ancrées dans le vécu des Haïtiens, réfléchit sur les imaginaires et montre la nécessité de penser la littérature du pays dans une continuité fidèle à son histoire culturelle.
Gary Victor est né en 1958 à Port-au-Prince. Il est à la fois écrivain et scénariste pour la télévision, la radio et le
cinéma.
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