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Présentation du blog

                                                                            Animés par une même p assion, nous sommes un groupe d'amis qui, étudiant à l'université les littératures francophones, avons voulu construire un espace d'analyse et de promotion des diverses créations artistiques francophones venues du monde entier, tout en y intégrant notre regard sur l'actualité.

Nous proposons, à travers ce blog, différentes rubriques enrichies, chaque mois, par un dossier thématique ou portant sur une personnalité francophone. Des indications en tête d'article vous informent sur les différents publics "Tout public" "Didactique" "Analyse" auxquels s'adressent les articles.

Nous espérons ainsi vous faire découvrir et surtout apprécier de nouveaux horizons culturels.

 

L'équipe du blog

Chronique/ Editions

Jeudi 2 novembre 2006 4 02 11 2006 17:09

L’Assemblée des Sauterelles

 

 

« Sauvageons nous sommes, et sauvageons nous resterons[1] »

 

 

Les sauterelles ont une petite bouche. Toute petite mais ravageuse… plus ravageuse que a faux de la Camarade ? Les sauterelles n’ont d’égal que la Secte des oisifs qui, pour oublier leur oisiveté, s’adonnent à leur loisir préféré que nous nommerons, en hommage à l’œuvre zoalesque, l’assommoir quotidien du peuple. Leurs discours fondés sur toutes sortes d’inepties labellisent impunément le meurtre, le viol et légalisent le racisme. En bref, cette confrérie nie, et ce faisant ronge, l’humanité dans sa globalité.     

         Soudain, un rappel à l’ordre ! Nos esprits universitaires interpellent ces intouchables. Ils sont hors sujet. Que faire ? Personne n’a d’effaceur, et une deuxième copie vierge leur est refusée. Ils tentent de redresser la barre et reviennent à leurs moutons, en France où il n’y a ni sauterelles, ni sectes et surtout pas d’oisifs. Une solution s’impose à leur esprit : passer sur l’histoire de cette infamie tout en attribuant des vertus au colonialisme, vertus que nos chers députés et honorables ministres s’empresseront d’approuver, devant un Président de la République qui courbe l’échine − la belle aristocratie ! C’est ainsi qu’un certain 23 février 2005 vit renaître la thèse de la supériorité de la race blanche sur les autres races. Et Vichy d’applaudir !

           Respectueux des morts, nous nous sommes cependant interdits d’exhumer les os des victimes du colonialisme pour les interroger, et avons pris le parti de demander aux écrivains francophones ce qu’ils pensent de ces écoles qui les auraient convertis, eux « barbares », en bons sauvages. Afin de ne pas les déranger pour si peu, nous leur avons également demandé s’ils se souviennent des routes de l’Empire. Leur réponse est sans appel.  

Notre premier interlocuteur se nomme ainsi Mouloud Mammeri, un romancier et anthropologue algérien, formé au cours de son enfance à l’école coloniale. Cet inconditionnel nous livre sa vision de l’institution métropolitaine à travers son œuvre Le Sommeil du Juste[2]. Arezki, le personnage principal et autobiographique, est mobilisé par l’armée française pour participer à la seconde guerre mondiale. Sorti de son village kabyle, il découvre la réalité de l’Histoire et de l’éducation qu’il a reçue. Soudain, dans un moment d’ivresse, Arezki rassemble tous ses livres et crie : « Voici la caisse merveilleuse. Mieux que la Coco, une seule de ses fioles, pardon de ces livres, vous fera voir tout en rose : du beau, du bon, du boniment. » Et d’ajouter : « Tout le tas ! L’idéal, les sentiments, les idées. Mais vas-y donc, ha ! ha ! brûle ! ha ! ha !...» Mettre le feu aux idées de l’école coloniale était censé inaugurer « un autre jour » où l’Algérien retrouverait sa propre identité et sa culture maternelle.

        Force est de constater que les dégâts causés par l’imposition de la culture française sont tels que la rencontre avec la mère relève de l’impossible. Amer, Kateb Yacine le déplore lui aussi dans son Polygone étoilé[3]:
 

Jamais je n’ai cessé, même aux jours de succès près de l’institutrice, de ressentir au fond de moi cette seconde rupture du lien ombilical, cet exil intérieur qui ne rapprochait plus l’écolier de sa mère que pour mieux les arracher, chaque fois un peu plus, aux murmures du sang, aux frémissements réprobateurs d’une langue bannie, secrètement, d’un même accord, aussitôt brisé que conclu… Ainsi avais-je perdu tout à la fois ma mère et son langage, les trésors inaliénables − et pourtant aliénés !    

 

 

Le profond malaise décrit ici, et ressenti par l’auteur depuis son plus jeune âge, n’est autre que la manifestation d’une inversion traumatique des valeurs éducatives initiées par l’ordre colonial. Nous le comprenons grâce à la dernière scène du roman, dans laquelle Kateb révèle sa rencontre précoce avec le monde géopolitique franco-algérien des années 1930. Par peur de la discrimination, son père le pousse, en effet, à fréquenter l’école française, « la gueule du loup » comme il l’appelle métaphoriquement, où il devra à la fois oublier sa langue maternelle et assimiler celle du colonisateur. La maîtrise de la langue française constituera d’ailleurs son seul espoir de revenir à son point de départ : ses racines. Pour Kateb, l’émergence de cette aliénation au cours de l’enfance devient donc « le piège » caractéristique des Temps Modernes.

        Le témoignage du romancier algérien, Tahar Djaout, qui se souvient dans Les Chercheurs d’os[4][4] des premiers jours de l’Algérie indépendante, renforce ces accusations. Après avoir évoqué les « routes », tracées pour rendre accessibles à la haine des soldats, des violeurs et des tueurs les villages les plus reculés, l’écrivain qualifie la période post-coloniale de « temps qui défie toute compréhension ». « Au code d’honneur et aux coutumes des ancêtres ils ont substitué un autre code fait de papiers, d’extraits d’actes et d’attestations divers, de cartes de différentes couleurs », écrit-il. Par la gouvernance de ces collaborateurs « portant un casque colonial », les Algériens ont ainsi perdu tout repère et toute organisation politique. 

Similairement, mais cette fois de l’autre côté de l’Atlantique, l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau se révolte contre ce système colonial, qui n’a eu de cesse que de chosifier l’Autre conquis, et qui perdure encore aujourd’hui dans les relations entre la France, ses DOM TOM, et ses ex-colonies. Dans Biblique des derniers gestes[5], l’écrivain nous rappelle l’hypocrisie et les contradictions dévastatrices du discours officiel tenu par « la plus Grande France ». Lisons plutôt :

 

La bête colonialiste nous a enseigné que le colonialisme était une œuvre de civilisation, un bienfait pour les humanités, une chance inouïe pour les peuples du monde ! Même les plus écrasés le pensent ! Sauf quelques illuminés comme nous qui parvenons à soupçonner que cette réalité en cache une autre ! Il y a donc autour de notre prétendu réel une série de réalités de toutes natures, avec des géométries, des mathématiques impossibles, des physiques chimies impensables, des géographies sans cartes et sans volume, des temps qui ne s’écoulent pas, des distances sans longueurs, des hors-réalités que nous ne savons pas voir, ou que notre esprit conditionné de mille manières ne sait pas voir ! Ces lieux sont donc quelque part, très réels (…)     

 

Ainsi, Chamoiseau ironise sur le rôle idéologique de l’école coloniale qui permit à la France d’affirmer et de légitimer, à la fois, son expansion impérialiste et sa domination culturelle dans ses territoires d’outre-mer. Au nom d’une supposée mission civilisatrice, l’école coloniale sut embrigader et assujettir les esprits indigènes à travers des discours religieux, pseudo scientifiques et littéraires à la gloire du modèle hexagonal. L’apprentissage de la langue française, porteuse d’une autre vision du monde, fut la clef de voûte d’un processus féroce d’acculturation des peuples colonisés, phénomène de dépersonnalisation dont les conséquences actuelles continuent d’affecter le Moi de la population créole. Le traumatisme est tel que l’individu, devenu hybride culturel, ne réussit plus à entretenir le lien avec les mythes, la langue, et le folklore de ses ancêtres non colonisés.

Samba Diallo, protagoniste du roman L’aventure ambiguë[6] du Sénégalais Cheikh Hamidou Kane, incarne d’ailleurs cet impossible retour à la culture natale. Revenu de France où il était parti étudier, le héros comprend qu’il est incapable de renouer avec ses racines. « Je ne suis pas un pays des Diallobé distinct, face à un Occident distinct, et appréciant d’une tête froide ce que peux lui prendre et ce qu’il faut que je lui laisse en contrepartie. Je suis devenu deux », nous confie-t-il. Seule la mort libérera l’égaré de son ambiguïté identitaire, fin logiquement orchestrée par la main du fou, figure de l’aliénation inhérente à la rencontre de l’Occident et de l’Afrique.

De même, la trame du roman Agar[7] du franco-tunisien Albert Memmi rappelle cette scission de l’intime. Nous y retrouvons toute la dichotomie de l’identité face aux questions de la colonisation, au sein d’un espace privilégié de l’exercice de la domination : le couple. En effet, ce qui est mis en scène de manière intraitable, avec le regard froid d’une dissection, c’est la difficulté d’accorder une culture « dominante » à une culture dite « dominée ». Le couple de jeunes mariés, formé par le narrateur et son épouse, se voit peu à peu rongé par le resurgissement des origines. « Elle avait épousé, à Paris, un étudiant, ne différant en rien des autres ; ses origines, sa famille, ses relations, elle n’avait pu les imaginer. » Ces deux personnages ont, semble-t-il, oublié que la colonisation n’est pas seulement un fait historique, mais un conditionnement social et humain. Or, ainsi que l’indique métaphoriquement le titre du livre, l’amour ne peut sauver le personnage biblique de Agar ; bien au contraire, il le condamne. Comme il n’existe qu’un fils légitime d’Abraham, il semble n’exister pour les protagonistes qu’une seule voie à leur identité, la séparation et l’abandon de soi : « Ah si encore je pouvais redevenir comme eux », s’exclame le narrateur. « Mon malheur est que je ne suis plus comme personne. Je ne sais même pas me défendre contre ce dégoût de moi-même qu’elle me révèle, dont je suis envahi et que j’approuve. »    

L’impasse est sans doute ce qui, du fait colonial, est le plus insidieux. Il ne subsiste rien de la tolérance ni de l’amour lorsqu’on refuse de considérer l’identité de l’autre. « Le buste rigide, les yeux hagards prête à se noyer elle se cramponne au lit », écrit Memmi. La mystification amoureuse ne dure qu’un temps et, de la déception, naît un sentiment de trahison qui hante les personnages au point de les enfermer. De cet étrange palimpseste amoureux, la littérature ne retient que la délicate position du sujet, perdu entre amour et connaissance de l’autre. Et lorsque, enfin, on découvre l’être originel dissimulé sous le palimpseste, est-on toujours bien certain de réussir à le déchiffrer ? Le narrateur s’interpelle d’ailleurs à ce sujet. « Et je l’aurais peut-être fait si, en la tuant, j’avais anéanti cette image de moi-même qu’elle me présentait et où je me reconnaissais, ce masque qui m’enserrait la figure comme une pieuvre. » La littérature renvoie l’écho de ce chaos intérieur provoqué par le resurgissement douloureux de l’identité.

    En un mot, à force d’endoctrinement et de déshumanisation, la colonisation n’a réussi qu’à dépourvoir ces peuples conquis de leur essence. La perte de leur Monde, de ses vérités et de ses « hors-réalités », engendra inéluctablement celle de leur âme. Malgré tout, certains de nos contemporains s’obstinent, de manière indécente, à qualifier de « positive » l’œuvre coloniale française via la glorification de ses infrastructures. Rappelons néanmoins que celles-ci étaient uniquement destinées à l’exploitation intensive des territoires annexés. Il convient donc de nous interroger : l’esprit dit cartésien des membres et représentants de la lumineuse civilisation ne perdrait-il pas à son tour le logos ? 

Aujourd’hui encore, plus de la moitié de nos concitoyens (65% selon un sondage CSA-Le Figaro réalisé le 30 novembre 2005) pense que la colonisation a engendré des effets positifs. Comment l’occupation belliqueuse d’un territoire et son pillage généralisé peuvent-ils être jugés comme positifs ? Et que dire de l’école coloniale… Les Lumières dont nous revendiquons si fièrement la descendance, se sont à jamais éteintes le jour où nous avons conditionné les esprits de ces peuples « indigènes », méprisant leur culture qui nous aurait pourtant tant appris.    


        Admettre qu’il n’y a rien de positif dans ce triste ouvrage collectif ternirait-il l’image de la mère patrie ? Non. Cet aveu la grandirait et révèlerait sa capacité à reconnaître ses erreurs et à ne pas se complaire dans la bêtise et l’ignorance. La loi du 23 février 2005 est en conséquence une mauvaise loi, parce qu’elle s’inscrit dans une pensée pro-coloniale dont nous ne saurons être les dupes. Bien que sensibles à la souffrance des rapatriés, il relève de notre responsabilité de nous lever contre cette loi qui ose discerner, et promouvoir, comme le suggère la première partie de l’article 1 de la loi abrogée[8], un rôle positif dans l’occupation brutale d’un territoire. Le mot de la fin revient au grand poète algérien Jean Amrouche, lequel souligne avec subtilité la décadence du colonisateur dans une lettre à George Cezilly: « la culture, le sourire, les grâces, l’esprit libéral des français existent, mais ce sont des masques de l’horrible colonialisme. »     

Qu’on se le dise, ces sauterelles ont eu beau grignoter leur loi, leur appétit vorace ne semble pas rassasié.  Alors « veillons et armons-nous en pensée[9] ! » 


 

 

Les Sauvageons de la Sorbonne

 

Ali CHIBANI, Marine PIRIOU, Sandrine MESLET




[1] Hommage à Aimé Césaire et à son entretien avec Françoise Vergès publié sous le titre Nègre je suis et nègre je resterai, Paris.

[2] Mouloud MAMMERI, Le Sommeil du Juste, Paris, Editions Plon, 1955.

[3] Yacine KATEB, Le Polygone étoilé, Paris, Points, 1997.

[4] Tahar Djaout, Les Chercheurs d’os

[5] Patrick CHAMOISEAU, Biblique des derniers gestes, Paris, Editions Gallimard, 2003

[6] Cheikh Hamidou KANE, L’aventure ambiguë, Paris, 10/18, 2003

[7] Albert MEMMI, Agar, Paris, Editions Gallimard, 1984

[8] Article 1 de la loi du 23 février 2005 : « La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l'oeuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d'Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française. »

[9] François CHATTOT, Jean-Louis HOURDIN, Veillons et armons-nous en pensée, création théâtrale contemporaine et engagée, jouée du 30 septembre au 23 octobre 2005 au Théâtre National de Chaillot.

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Jeudi 2 novembre 2006 4 02 11 2006 18:41

Dieu fait à l’image de l’homme

 
 

 

 

 

 

 

 

        L’islam menace l’Europe et ses valeurs. Telle est l’idée véhiculée depuis quelques jours par de nombreux titres de la presse écrite. Il s’agit, encore une fois, du culte de la peur de l’Autre. Un Opéra censuré en Allemagne, un professeur de philosophie menacé en France, que signifient toutes ses atteintes à la liberté de créer, de s’exprimer, si chère à la démocratie ? Il est indéniable qu’aucune pensée ne doit être censurée pour quelque raison que ce soit. Rejeter les insultes gratuites est une chose, refuser le débat constructif et instructif en est une autre à laquelle il ne faut pas céder. Or le débat est ici faussé puisqu’il se sert manifestement de la religion musulmane comme prétexte et porte sur des idées autres que celles mises en avant. En effet, après chaque polémique, ces médias qui défendent la liberté d’expression n’accordent régulièrement la parole qu’à ceux qu’ils considèrent comme étant les représentants principaux de l’opinion musulmane, à savoir les extrémistes et les terroristes (les dirigeants iraniens, les frères musulmans et les islamistes pakistanais). Sans doute parce que ces derniers alimentent, par leurs discours haineux, cette même polémique, tout en restant fidèles à l’image que l’Occident s’est construit du monde étiqueté « musulman ». En se servant de la religion comme paravent, ce comportement insolent et irresponsable des médias aboutit à une confusion entre religion et idéologie terroriste. 

 

Y a-t-il de la violence dans le Coran ? Oui. Et cela ne peut étonner que ceux qui veulent bien l’être. Tous les Livres saints reposent essentiellement sur deux procédés rhétoriques visant à susciter la convoitise et la terreur. Le Coran comme la Bible proposent un monde et une vie idéaux promis comme possibles à la condition de respecter des valeurs, des comportements et des rituels conseillés-ordonnés dans les mêmes Livres. A celui que les promesses ne convainquent pas est promis un châtiment exemplaire, dans l’au-delà et ici-bas. Pour ce qui est de l’au-delà, Dieu s’en charge. Pour ce qui est d’ici-bas, c’est le croyant qui devient la main de Dieu. Il est censé imposer la Parole à celui qui la refuse. Il n’y a donc pas d’ambiguïté. Cela explique l’appel-rejet (à) de la raison. Le Coran appelle à la fois l’homme à éprouver l’existence de Dieu et à ne pas en douter. Que fait la Bible en cette matière ? Idem.

 

         Ce procédé rhétorique implique la possibilité de nombreuses lectures du Livre. En effet, le lecteur cherche moins Dieu que lui-même dans le Texte. De facto, il ne peut trouver que ce qu’il veut. L’un cherche l’espoir, l’amour et le partage. Il veut s’entendre dire : « Aimez-vous les uns les autres » et « Entraidez-vous dans l'accomplissement des bonnes oeuvres et de la piété… ». L’autre cherche des preuves de sa supériorité et/ou une justification à son désir de vengeance après avoir subi une humiliation car l’humiliation fait sauter toutes les barrières. Ce qui l’intéresse est de lire « œil pour œil » ou encore « combattez-les ». Le problème, avant d’être religieux, est personnel. En effet, nous cherchons tous à être. Lorsque le poids de la mort étouffe la vie, nous nous créons une nouvelle possibilité d’être. Elle se situe après l’impossibilité d’être dans l’ici, soit après la mort effective. Le plus dangereux, dans ce cas, est de penser que cette nouvelle possibilité d’être suppose la destruction de l’être-là. Alors, l’homme est objectivé, voire chosifié, avant d’être « sacrifié » comme le démontre explicitement le roman tragique de Yasmina Khadra L’Attentat. C’est le même procédé qui a fait le colonialisme, le nazisme et aujourd’hui l’islamisme. L’Algérie et les Juifs peuvent en témoigner. Pasolini en a fait l’idée principale de son chef-d’œuvre Salo ou les cent vingt journées de Sodome.

 

        Il est certain qu’aujourd’hui ce sont les peuples dits « musulmans » qui souffrent le plus de l’islamisme. Soulever le « spectre » du terrorisme international nous fait oublier la réalité du terrorisme régional, nous privant d’une réaction salutaire pour toute l’humanité. Le plus dangereux de nos jours, c’est moins Al-Qaeda que la réémergence de l’islamisme en Algérie, le retour des Talibans en Afghanistan, la victoire des Tribunaux islamiques en Somalie ou encore le poids du Hezbollah et du Hamas au Liban et en Palestine. Nous remarquerons que tous ces extrémismes s’expliquent par l’humiliation subie sous les dictatures ou les attaques étrangères privant de nombreux peuples de leur liberté. «En face de ce monde-ci [l’islamisme], de cette logique qui fait couler le sang par passion, qui s’est arrogé le droit de détruire les hommes afin de sauver leur âme, il y a l’autre monde à la logique aussi implacable mais froide celle-là, tuant par algorithmes, par système binaire, par informatique pointilleuse. Le monde scindé en deux : l’exaltation meurtrière contre l’algèbre dévastatrice.[1] »

Revenons à l’islam. Les musulmans souffrent d’une autre violence, en l’occurrence l’impossibilité de se situer face à Dieu. Le Juif a créé Dieu, sans lui donner d’incarnation sinon un certain nombre de valeurs poussées à leur état absolu. Le Chrétien a tué ce même Dieu en faisant couler le sang de Jésus qui symbolise la rédemption de l’homme pardonné pour ses fautes passées et à venir. Il reste le sentiment de culpabilité, après le meurtre du « Fils », évincé par la Résurrection. Le musulman, lui, n’a pas créé Dieu, ne peut pas L’incarner et encore moins Le tuer. De ce fait, il est dans le non-lieu. Afin de dépasser cet état de crise, il confère au prophète une valeur divine. Après tout, il est la seule preuve réellement consistante de l’existence de Dieu. Si le prophète tombe, c’est tout le monde ambiant du croyant qui tombe. Ce serait alors l’anarchie, la fin des Temps.

Le meurtre de Dieu, comme Bien absolu, par le Chrétien ne L’a pas totalement effacé. Ce sont les Lumières qui s’en sont chargé en dénudant l’homme. Jung explique : « Le siècle des Lumières, qui a enlevé à la nature et aux institutions humaines leur caractère divin, a ignoré le dieu de la terreur qui demeure dans l'âme.[2] » Ce dernier dieu a pourtant voulu reconquérir le dieu du bien. C’est le commencement du fardeau de l’homme blanc, du colonialisme. Cela aboutit immanquablement à la persécution du peuple « élu », qui atteint son point culminant dans le Shoah que d’autres nomment, maladroitement, ce qui n’est pas moins significatif, « l’holocauste ».

 
 

        Ainsi, les XIXe et XXe siècles mettent en place, en Europe, un nouveau procédé pour définir l’identité et pour un meilleur attachement à soi. La définition du Moi passe nécessairement par la réification d’Autrui. L’échec de la pensée raciste qui fondait cette réification nous détourne vers d’autres motifs, tout aussi infondés, notamment les religions. Du coup, on oppose le modèle démocratique de l’Occident à l’absence de modèle dans les pays « musulmans », oubliant que la laïcité, constitutionnalisée au XXe siècle en France, est une tradition multimillénaire en Afrique du Nord où elle se poursuit surtout dans les villages berbères.

        L’enjeu du débat tel qu’il est lancé aujourd’hui n’est pas la connaissance de l’islam. Le monde occidental s’entête dans sa soif de pouvoir ; les extrémistes islamistes ne cherchent rien d’autre que le martyre. En fait, le premier sert le second ; le second a besoin du premier. Les victimes dans tout ce jeu malsain sont les Algériens, les Palestiniens, les Irakiens, les Libanais, les Afghans… Et c’est à eux qu’on demande de monter au front contre les islamistes, en les condamnant, en les combattant. On leur demande même de justifier leur foi et de se démarquer ouvertement de la violence d’une minorité de fous de Dieu après chaque attentat ou polémique comme s’ils étaient coupables. A-t-on entendu un seul catholique de France condamné l’usage de la religion chrétienne par l’extrême droite ? 

 

L’Occident, qui prétend qu’il est « difficile de critiquer l’islam », a plusieurs siècles de retard dans le débat sur cette religion par rapport au Moyen-Orient et à l’Afrique du Nord. S’il veut rattraper le temps perdu, ce sera en marquant sa volonté de connaître et de comprendre et non pas de mépriser. Dans le fond, tous les hommes cherchent ou ont déjà cherché Dieu. S’Il est quelque part, s’Il n’est pas une mystification de l’homme par l’homme, ce n’est pas en nous détruisant qu’on Le trouvera. En attendant Sa rencontre, donnons-nous le temps de vivre et que chacun s’occupe de ce qu’il maîtrise le mieux dans le seul but de servir, comme par exemple, les journalistes, prisonniers du monisme, d’être des courroies de transmission de l’information et non pas des donneurs de leçons ou des juges.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ali Chibani, Sandrine Meslet, Marine Piriou, Lama Serhan.



[1] Tahar Djaout, Le Dernier été de la raison, Édition du Seuil, Paris, 1999, p. 97.

[2] C.G. Jung, L’Âme et la vie, trad. Roland Cahen et Yves Le Lay, Paris, Livre de Poches, Buchet/Chastel, 1963, p. 366.

 

 

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Mercredi 15 novembre 2006 3 15 11 2006 16:37

« Je » à mourir[1]

 

 

 

 

 

 

Il est communément admis en Europe que l’Afrique est un monde collectiviste où le « je » étouffe. Nul ne peut exister singulièrement pour lui-même. Un modèle est toujours imposé à l’individu. Ou il le suit, ou il meurt. Marche avec nous ou crève (au propre et au figuré) ! Le « je » est dans ce cas-là un arbre dans une forêt touffue à tel point que les arbres se soutiennent les uns les autres, comme diraient les exotiques, ou s’empêchent de vivre.

Mais quel modèle propose donc « l’Occident » ? Là, pour penser que le « je » n’étouffe pas, il faut être mégalomane. Existe-t-il vraiment ? Et si oui, respire-t-il ? Si vous faites une nouvelle rencontre en Afrique, la première question qui vous est posée est : « vous appartenez à qui ? ». En Europe, on s’interroge sur « ce que vous faites ». En d’autres termes sur vos performances. Car là, la personnalité s’établit après-coup. Faites, produisez et l’on vous dira, selon les résultats, ce que vous êtes. En Afrique ce sera : « Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es ». En Europe, aujourd’hui il faut dire : « Dis-moi tes chiffres, je te dirai ce que tu vaux ».

Toute individualité est dotée d’une personnalité. Mais il est impossible de l’étoffer si en face il n’y a pas le choix des miroirs. Il y a si peu d’images préfabriquées à « mimer » pour avoir l’assentiment du groupe et se sentir exister. Et le peu qui existe est dépassé et dangereusement maintenu, même de manière restreinte et restrictive, ne rassurant en rien. Nous y reviendrons. Là, l’individu est nu. Il est un arbre planté dans le désert qui attend ses premiers fruits pour savoir s’il est un olivier ou un cerisier. Mais, dans le désert, le printemps n’existe pas. Les oliviers et les cerisiers ne survivent pas au despotisme du sable et de la canicule. Faut-il être un arbre dans une forêt touffue ou dans le désert ?

La question est de taille pour nous les Africains qui suffoquons de courir derrière le « Blanc ». Nous perdons notre âme en même temps que notre souffle. Nous nous soucions du pétrole et des diamants pillés et nous oublions le burnous et le boubou, définitivement chassés par les jeans et les « costards ». La question est de taille parce que, de nos jours, ceux des Africains qui se déclarent libérés sont, en fait, des aliénés. « Je me suis sauvé grâce à la France », crient certains d’entre eux. Cette France qui ne nous demande que de marcher au pas, de lui déclamer matin et soir notre fascination pour sa « supériorité » afin de maintenir sa fascination pour notre « infériorité » et nos efforts pour la rattraper. Kateb Yacine, Mouloud Mammeri, Rachid Boudjedra, Tahar Djaout, tous l’ont affirmé : notre rôle aujourd’hui dans l’Histoire est de donner le change, de pleurnicher sur notre sort pour que l’Occident se dise vainqueur et oublie l’indépendance de l’Algérie ; notre rôle est de nous battre pour nuire à une pensée ouvertement raciste, meurtrière, qui a osé prétendre féconder le monde. Nos chers libérés ont en réalité vomi leur être pour se remplir d’air. Elle est belle la libération !

La question est de taille car ceux qui se sont essayés à la mimésis du Grand Occident et qui ont reconnu leur échec sont tombés dans une autre forme d’aliénation, celle que Mammeri nomme « la ghettoïsation », dans un mimétisme non réfléchi des « ancêtres » la plupart du temps mythique pour nous rassurer en attendant d’émerger et de voir le soleil. Nous n’avons pour vivre que les catacombes. Lorsqu’on relève la tête pour en sortir, les catafalques ont déjà été disposés par les officiels de partout : afin de faire croire que l’on prend soin de nos cadavres alors qu’en réalité, c’est la fosse commune qui nous attend.

Surtout, la question est de taille parce que l’Occident impérialiste a tué, sans espoir d’appel, tous nos dieux et nous a imposé son Dieu, l’irréfragable, le colérique, et son Fils qui a versé son sang pour nous qui n’avions jamais rien demandé. Peu importe notre avis, nous devons faire amende honorable, nous plier, nous fondre dans sa « logique », nous laisser assimiler. Alors nous sommes écartelés entre un Dieu d’Orient et un Dieu d’Occident qui se disputent nos chairs et nos langues. N’est-ce pas la France, et cela continue encore, qui a réduit les nord-africains à une identité religieuse en les regroupant sous le terme de « musulmans » (sans langue, sans terre, sans histoire) ?

Une fois mangés, une fois disparus, les monticules des tombes de nos dieux dans la terre, effacés par le temps qui ne pardonne pas, voilà l’Occidental qui arrive avec son gros drapeau de civilisé civilisant pour nous dire que notre nouveau Dieu – nous avons fini par nous rendre – est archaïque, dépassé et que maintenant il faut Le tuer. Depuis toujours, les grands du Nord ont voulu être eux-mêmes des dieux. Aujourd’hui, pour nous, il est en effet le « dieu des couleurs ». Nous voyons tout par son œil bienveillant. Nous sommes des gens de couleur comme si le blanc n’en était pas une. Les Amazighs doivent se nommer Berbères, c’est-à-dire « étrangers » y compris entre eux. L’Occident, c’est l’Amérique et l’Europe de l’ouest comme si le terme d’Occident était réservé à l’hémisphère nord de la planète. Ainsi le Maghreb (Occident en arabe), pour l’inclure dans un Monde arabe fantôme (qui l’a inventé celui-là ?), signifie-t-il « Orient » en occidental ! Le Sud ne dort pas ; au Sud, le soleil ne se couche jamais et s’il le faisait, c’est qu’on ne l’a jamais vu. Et comment le voir ? La lumière des canons et des balles maintient le jour même hors de son enclos. Ici, le temps est Un. Nous l’avons accepté comme notre destin. Nous sommes tous des morts aux yeux ouverts.

Car après tout, à nous, le nouveau dieu ne laisse que le choix des armes. Des plus efficaces, quand nous nous entretuons. Des plus archaïques, quand la guerre se fait contre lui. Il y a déséquilibre : un temps arrêté se bat contre un autre qui s’est affolé. Déséquilibre que nous avons fini par accepter bien qu’il soit mortel. Ce que les fusils, les écoles, les génocides n’ont pas achevé, n’ont pas fait admettre, le nucléaire, le capitalisme et le rêve distillé à coups d’images l’ont fait. C’est au XXIème siècle, à l’heure où les peuples sont dits « libérés », que la supériorité de la race est admise… même en Afrique[2].

Mais il faut survivre. Du coup, on s’entredéchire, c’est à qui ressemblera le plus aux autres, aux plus grands et aux plus beaux. La course est lancée. Si un « je » n’est pas entré dans la course, il veut toujours survivre. Or pour ne pas mourir, il faut rejoindre le groupe. C’est là la logique qui nous assimile. Nous avons fini par confier notre sort au syllogisme. C’est tout cela le rapport, à la fois vital et castrateur, du « je » et du « nous » en Afrique. Ce rapport n’existe pas en « Occident ». Il n’existera pas. L’Occidental a oublié qu’il est mortel. A l’extrême inverse, l’Africain a oublié qu’il est vivant.

Entre Occidentaux – nous n’avons pas le choix des mots –, plus particulièrement en France, que se passe-t-il ? La personnalité est définie par une appartenance socio-économique et non généalogique ou spatiale. Et là, le « nous » est une brute qui, faute de « je », cherche à déchiqueter le « vous ». Ainsi, un bourgeois doit rester fidèle à une image qui date du XIXème siècle : il doit être raffiné, intellectuel et silencieux. Le pauvre, aujourd’hui on parle de « gens des banlieues » ou du peuple, est violent, sale et ignare. Et le malheur est que chacun de ces groupes accepte son étiquette et assume son image qu’il entend perpétuer. Les premiers affirment leur existence dans une forme d’enfermement sectaire, les autres par un viol perpétuel de l’espace de l’autre. Le premier n’osera même pas se balader dans la forêt du second ; le second ne peut passer sans déchiqueter la soie du premier. Et gare à celui qui enfreindra la règle pour s’affirmer ! L’iconoclaste, qui est pourtant notre espoir à tous pour un monde plus juste, est isolé par les deux groupes. Il est voué à la mort.

Chaque groupe se plaindra par la suite de son image. Pourquoi les médias viennent en banlieue uniquement quand il y a quelque chose de mauvais qui se passe ? Si la caméra ou une plume intelligente[3], ce qui est infiniment rare, décide d’y aller par curiosité sans définir au préalable les images et les récits qu’elle ramènera, alors, le groupe se constituera fidèlement à l’image qu’on lui a attribuée : « Ainsi, ils parleront de “nous” ! ». Les « raffinés » iront exprimer leur « populisme » – ils appartiennent à une caste sacrée et non au peuple : « Ainsi, on nous entendra ! ». Qui est ce « ils » ? Qui est ce « on » ? Le « nous » et le « vous » qui ne veulent pas, ne peuvent pas s’allier. Car, ici, le groupe – le « je » est un non-lieu et l’image la commandant est définitivement figée – s’affirme par rapport à l’autre, un rapport fondé sur la distance, sur la menace et le massacre.

Cela ne dure que depuis plusieurs siècles ! Demain, un autre jour se lèvera. Il faut juste que cesse la folie du temps pour le reconnaître.

 

 

 

 

 

 

Ali Chibani

 

 

[1] A l’origine de cette réflexion, ce qui veut dire qu’elle ne s’y rapporte dans son ensemble : un entretien accordé par l’écrivain algérien Mohamed Kacimi au journal Libération. Il y a livré une pensée juste, fondée sur l’islam, mais partiale et partielle à notre goût car limitant l’identité de l’Afrique du Nord à une identité purement religieuse à laquelle il oppose une identité occidentale libératrice purement artistique.

 

[2] Jusqu’aux années 2000, les parents berbérophones, notamment en Algérie, pour échapper à la liste de prénoms arabes imposées par l’Etat afin d’effacer les prénoms amazighs donnaient à leurs enfants des prénoms européens, surtout quand ces enfants sont des filles, pratique – la limitation du phénomène aux filles – induite par la religion musulmane, car les garçons, les seuls à avoir une ascendance et qui auront une descendance, doivent perpétuer les prénoms, fussent-ils d’origine arabe, du grand-père, de l’arrière grand-père… Aujourd’hui ce phénomène se généralise mais par fascination. Ainsi, en Algérie par exemple, de nombreux enfants portent les prénoms des stars du cinéma américain, et parfois, comble de tragédie pour les nouveaux nés, des gagnants de la Star’académy (ce n’est pas une blague). Récemment, on m’a rapporté que le même phénomène se produit au Sénégal où aux prénoms africains ou arabes adaptés, sont accolés à des prénoms européens. Ainsi peut-on avoir des Jean-Amadou ou encore Jacqueline-Fatoumata !

[3] Les médias français sont toujours fidèles aux attentes réelles ou présumées de leur(s) public(s) servi(s) sur commande. Une fois le drame passé et mal présenté, ce qui a parfois des résultats très dommageables pour tous, ils organisent des tables rondes afin de réfléchir, disent-ils, et de faire leur méa-culpa. Les consciences apaisées, les mêmes comportements reviennent. Justement, Boudjedra, dans FIS de la haine, explique bien comme les médias français ont donné au Front islamique du salut la valeur d’un réel parti politique, ce qu’il n’a jamais été, l’aidant ainsi à asseoir une forme de légitimité auprès du peuple algérien dont les paraboles ont remplacé la gégène coloniale. Tout le monde sait que ces mêmes médias ont participé à propulser le FN, en 2002, au second tour des élections. Cela n’empêche pas la réalisation des mêmes erreurs. Ainsi, une chaîne de télévision publique a récemment commandé un sondage sur les priorités des Français pour les prochaines présidentielles. L’insécurité est arrivée en quatrième position, juste avant l’immigration. Le débat a tourné pendant plus d’une heure et quart sur l’immigration et moins de trois quarts d’heure sur les autres sujets tels que l’emploi et le pouvoir d’achat. Ainsi, ces médias et tous les intellectualistes et les chercheurs officiels, heureux d’avoir un micro sur lequel cracher pendant des heures faute d’une bonne oreille qui les écoute, limitent les victimes d’une extrême droite au pouvoir aux pauvres et dangereux immigrés, comme si les nationaux pouvaient gagner à élire un parti dont le seul programme est celui de la haine d’autrui.

 

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Vendredi 15 décembre 2006 5 15 12 2006 14:55

          Le mal-être de l’hybride ou l’unicité par le tiers

 

 

 

 

L’un des mots les plus exploités par le monde politico-médiatique et qu’on retrouve dans le discours commun est « intégration ». L’échec et la violence des uns sont dus à leurs difficultés à s’intégrer ; le succès des autres s’explique par une intégration réussie. Nous n’avons pas besoin d’occuper beaucoup d’espace pour prouver le caractère simpliste de cette explication. En effet, dès lors qu’un groupe porte un jugement, fût-il négatif, sur un individu, ce dernier peut être considéré comme intégré et agissant sur le groupe. Il vaudrait mieux parler, dans ce cas, d’une différence de considération.

Mais allons dans le sens contraire des courants de la pensée dominante pour nous intéresser à la violence exercée par le(s) groupe(s) sur l’individu, et plus particulièrement sur les êtres hybrides. Ces derniers sont toujours, pour les autres, dans l’altérité, c’est-à-dire qu’ils ne sont jamais à l’intérieur d’un groupe mais toujours à l’extérieur. Prenons le cas de  Taos Amrouche. Cette romancière algérienne, de nationalité française, n’a jamais pu se situer dans un groupe précis. Ses romans témoignent de son mal-être. Pour les Français, elle est « l’Antigone berbère », « la reine Néfertiti »… Pour les Algériens, puis les Tunisiens, elle est perçue comme une Française car elle est chrétienne et parle aussi bien le français que le berbère. Son refus d’être assimilée, donc d’être mangée, pour employer la terminologie de Bataille, par la France et de se soumettre aveuglément aux traditions kabyles a fait d’elle une paria dans les deux sociétés. Car, ce qui perdure encore aujourd’hui, nulle culture ne peut accepter d’être considérée comme imparfaite ; nulle culture ne peut souffrir d’être complétée et améliorée par une autre. Chaque société parle d’exception et se pose en modèle.

 

Comment dépasser la crise ? Plusieurs réponses s’offrent à nous. La première de ces réponses et de se bander les yeux, se laisser assimiler ou se renfermer sur soi, et vivre comme une bête qui ne cherche que la chaleur du troupeau. La seconde est la violence. Parler ne servant à rien dans le tumulte des uns et des autres, on cherche à faire voir et entendre sa détresse en cassant, en brûlant ou en agressant. Alors, on aggrave son cas puisque les uns brandiront là la preuve de cette différence et que les autres diront « avoir honte » de ressembler à de tels hors la loi. La dernière réponse est celle adoptée par une grande partie des écrivains. De Taos Amrouche à Nina Bouraoui, c’est l’espace-tiers qui est considéré comme un refuge. L’Afrique, pour la première, et Rome pour la seconde, représentent ce « tiret » qui lie les deux côtés de leur identité. Disons qu’avec elles, il ne faut pas écrire Franco-algériennes mais FrancoAfriqueAlgérienne ou FrancoRomAlgérienne. L’espace-tiers peut aussi être signifié par la langue comme c’est le cas chez Aimé Césaire, Patrick Chamoiseau ou Tierno Monénembo. Abdelwahab Meddeb et Rachid Boudjedra intègrent de l’arabe dans leurs romans en français comme pour matérialiser la crise inscrite au plus profond d’eux-mêmes faisant du livre cet espace salvateur. Amin Maalouf, lui, cherche des corps-personnages qui lui donnent la preuve d’une possibilité d’être dans tous les espaces, que la violence historique vécue par les personnages hybrides aboutit à une victoire sur le monde, victoire incarnée par un livre, les Quatrains de Omar Khayyam ou l’autobiographie imaginée de Léon l’Africain. Le livre, c’est l’immortalité. Jean Amrouche, enfin, a fait de son propre corps cet espace-tiers puisqu’il n’avait cesse de dire : « je pense en français et je pleure en kabyle. »

La question qui se pose à nous aujourd’hui porte sur le dépassement de LA nationalité culturelle. Quel sens peut-elle avoir dans un monde où les langues circulent librement, où les frontières tendent à s’estomper ? Pour que nous puissions tous avoir notre part dans ce monde, il faudrait que chacun de nous se pose comme l’origine potentielle de la violence, mais aussi du bien-être, des autres.

 

Ali Chibani

 

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Vendredi 12 janvier 2007 5 12 01 2007 14:16


A propos de quelques épopées fondatrices portées à l’écran

 

 

 

 

         Depuis environ cinq ans, l’on assiste à la mise en images de nombreux événements historiques. Ces derniers se divisent en deux genres. Nous appellerons le premier genre, fait-divers marquant, le second se rapportera à l’Histoire.

Au cinéma, le fait-divers connu sous l’appellation de « l’Affaire Romand », ayant assassiné sa femme, ses enfants et ses parents, quand le secret de sa double-vie venait à ^tre percé, a été adapté deux fois de suite en l’espace d’une année. L’Emploi du temps (Laurent Cantet, Arte vidéo, 2002, Lion de l’année à la 58ème Mostra de Venise) est une adaptation libre. Vincent, un père de famille (interprété par Aurélien Recoing) licencié, est forcé à mener une double vie en s’inventant un emploi à Genève. L’Adversaire ( Nicole Garcia, Les Films Alain Sarde, France 3 Cinéma, Pauline's Angel, Vega Film, Vertigo Films, 2002) est une adaptation fidèle. Jean-Marc Faure (Daniel Auteuil) passe à l’acte alors que Vincent est stoppé par son entourage. Mise en scène d’une crise existentielle dont l’extrême est le suicide altruiste, ces films ont indéniablement une visée thérapeutique sur le groupe. La preuve en est qu’il s’agit justement d’un suicide altruiste. Un homme plongé dans le chaos le plus total et qui, pour protéger sa famille, c’est-à-dire motivé par son amour des autres, de sa société par extension, la tue. Il se dégage comme une volonté, non pas de justifier ce qui reste toujours un crime, mais de relancer l’Histoire française pour souder les membres de la société après ce qui ressemble plus à un « sacrifice ». En effet, qui ne prend pas en pitié un homme privé de son rôle de père, se retrouvant soudain sur le banc de la société à cause de cette dernière ? Mais qui n’est pas choqué ou qui n’a pas pleuré devant ces images montrant un homme qui tire sur ses propres enfants auxquels nous nous sommes déjà attachés ? Enfin, qui ne se sentirait pas concerné par ce drame isolé, certes, mais risqué par tous au quotidien ? Le chaos rattrape le téléspectateur qui le vit pleinement et qui est à la fois le bouc-émissaire et le Thanatos. Le cinéma se transforme un moment en seuil – entre inquiétudes et menaces de violence, toutes entièrement réalisées dans l’écran-exutoire – où la crise fondatrice se produit. A la sortie, l’ordre !

Néanmoins, lorsqu’il s’agit de faits-divers, il y a toujours des voix qui s’élèveront pour condamner de telles pratiques, car inhumain d’exploiter le malheur des autres, ou pour remarquer l’inexactitude de tel ou tel autre détail. Comme le prouve l’émoi qui a suivi l’annonce de la diffusion du téléfilm Grégory sur France 3, ce genre d’adaptation peine à atteindre son objectif. Le caractère isolé du fait, excessivement passionné et incertain dans ces détails, renforcent les résistances du spectateur ou téléspectateur quant à l’appropriation de l’histoire. Et si de tels scénarii avaient atteint leur but, TF1 ne se serait sans doute pas contenté de la diffusion de Marie Besnard : l’empoisonneuse.

Le second genre cité, en l’occurrence l’Histoire mise en images, est le plus éloquent sur les volontés conscientes ou inconscientes de ses réalisateurs. Il est loin du pur sensationnalisme qui interdit toute réflexion pendant ou après son émission. La chaîne publique France 2 en a fait sa marque distinctive. Rome, Hannibal, Le Grand Charles, Sartre, l’âge des passions, tout est exploité au mieux pour re-trouver la grandeur (présumée) perdue de la France. La réalisation de ces téléfilms laisse toute la latitude nécessaire à la manipulation de l’Histoire pour atteindre les objectifs qu’on s’est assigné, en simplifiant toutes les parties de cette Histoire en archétypes. Ainsi, dans Rome et Hannibal, la France devient la fille de Rome, la grande Rome. Par là, on dépasse le traumatisme du nom fondateur perdu de la Gaule, tout en faisant l’impasse sur la crise (échec ?) ayant abouti à l’acquisition du nouveau nom de France. Le premier téléfilm est porteur d’une morale consolatrice. « Si Rome est tombée, c’est que toutes les civilisations peuvent tomber à leur tour », nous dit en catimini la chaîne publique. En creux, un autre message : nous sommes les légataires de cette grandeur, assumons-là pour la perpétuer. Pour ce faire, toutes les clés du mystère sont dans le téléfilm : que les dirigeants politiques évitent la cupidité, la soif du pouvoir ; que les Français s’unissent pour le meilleur et pour le pire… Le chaos de l’empire romain se transforme en espace fondateur de la Grande France. Hannibal offre la plus forte allégorie de l’ennemi étranger. Celui-ci réussit à pénétrer nos frontières, à mobiliser jusqu’à nos ennemis les plus proches – qu’on nous permette de sourire quand celui-ci est incarné par les Gaulois – mais le génie romain réussit toujours à trouver la faille pour sortir des crocs du loup, allant jusqu’à porter les ténèbres sur le sol du redoutable ennemi (aujourd’hui, on dit « terroriste ») carthaginois, ennemi bien choisi puisque Jugurtha est le mieux placé pour décrocher l’honneur d’être porté à l’écran, beaucoup mieux que Hannibal. Mais Jugurtha est l’incarnation du génie africain. Inexploitable, donc !

Du génie de Scipion à celui de Charles de Gaulles, il n’y a qu’un pas long de quelques vingt siècles que France 2 a, avec beaucoup d’audace, franchi. Changement de regard sur le monde : le libérateur de la France, soumise à l’Allemagne nazie, à partir de Londres n’hésite pas à mettre fin à plus d’un siècle de colonialisme. En organisant le référendum sur l’indépendance de l’Algérie, en 1961, Charles de Gaulles est l’homme fondateur de la Vème République, re-fondateur de notre Nation, tutélaire et protecteur puisqu’il en éloigne la malédiction – le terme religieux est le plus adapté – en mettant fin à nos injustices sur les autres. Tout cela trouve son accomplissement dans le téléfilm portant sur la vie du philosophe Jean-Paul Sartre. Il est la conscience de la France des Droits de l’Homme qui, même s’il profite des inégalités sociales dans le monde, sait qu’il s’agit d’injustice : « Pendant que les pauvres transpirent, jouissons du froid des riches ». Par sa conscience, il se et – tant qu’on y est – nous déculpabilise. Il aide le public à dépasser la frustration toujours recommençant de voir que chaque signe de grandeur est entaché par le crime, surtout récent. Le 08 mai 1945 porte la vie (la libération) et la mort (les massacres d’Algérie). En guise de remerciement, les résistants ont été envoyés combattre au Viêt-Nam … L’épopée commandée par la télévision se charge de célébrer le premier et de transformer le second en simple erreur de parcours, voire en acte légitime et nécessaire : un sacrifice.

Tout cela pour que nous puissions dormir tranquille. Nous sommes des génies, immunisés et purs. Toutes nos épopées nous le disent.

 

 

 

                                                                                   Ali Chibani                                  

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Jeudi 1 février 2007 4 01 02 2007 15:30


Quelques parutions francophones du mois de janvier 2007

 

 

-BESSORA, Cueillez-moi jolis messieurs, Gallimard, coll. "Continents Noirs", Paris, Janvier 2007

*Un extrait… :

JULIETTE : Trêve de plaisanterie, Claire. Pourquoi as-tu fait ça ? Tu es folle ou quoi ?

CLAIRE : C'était très bien ! Très très très bien ! Tu devrais en faire autant. Tu as de la toile d'araignée dans le derrière ma fille. Faut débroussailler !

JULIETTE : Qu'est-ce qu'il y a encore. Qu'est-ce que j'ai fait ? Je n'ai pas rebouché le tube de dentifrice ? Mes cheveux bouchent le lavabo ? Une tétine traîne sous le canapé!

CLAIRE : Point du tout.

JULIETTE : Pourquoi tu es fâchée ?

CLAIRE : Mon humeur est excellente. Je maîtrise mon destin. Tout va bien.

JULIETTE : Mon cul.

CLAIRE : Que ton cul repose en paix, Juliette. »

Elle est pure, Claire, comme de l'eau de roche. Une chose pareille n'aurait jamais dû lui arriver… Et Juliette, elle est si… Obscure. Sans compter toutes ses maladies, imaginaires bien sûr. Et il y a les hommes. Ah ! les hommes ! Ils sont si…

 

 

-DEPESTRE René, Rage de vivre : oeuvres poétiques complètes, Seghers, Paris, Janvier 2007

Electre le présente comme le recueil des oeuvres poétiques complètes de R. Despestre : « véritable autobiographie poétique, cette somme permet de suivre l'itinéraire littéraire et humain d'un homme au parcours exceptionnel. »


-FEYDER Vera, Contre toute absence, Le Taillis pré, Belgique, janvier 2007

Ce recueil rassemble l'oeuvre poétique complète (1960-2003) de cette poétesse, romancière et dramaturge.


 -MOUAWAD Wajdi, Assoiffés, Actes Sud/papiers, Arles, janvier 2007

*Premières lignes… :

1.Murdoch. Mercredi 6 février 1991. Jour de la Saint-Gaston. 7 h 30. Murdoch se réveille en parlant.

MURDOCH. Je ne sais pas ce qui se passe, ni depuis quand, ni pourquoi, ni pour quelle raison, mais je rêve tout le temps à des affaires bizarres, pas disables, pas racontables, pas même imaginables. Je me sens envahi par un besoin d'espace et de grand air ! Je mangerais de la glace juste pour calmer la chaleur de mon écoeurite la plus aiguë ! Le monde est tout croche et on nous parle jamais du monde comme du monde ! Chaque fois que je rencontre un ami de mon père ou de ma mère, il me demande : «Comment va l'école ?» Fuck ! Y a pas que l'école ! Y a-tu quelqu'un en quelque part qui pourrait bien avoir l'amabilité de m'expliquer les raisons profondes qui poussent les amis de mes parents à être si inquiets à propos de l'école ! J'ai comme l'intime conviction que comme ils ne savent pas quoi dire à quelqu'un de jeune et parce qu'ils croient qu'il serait bon d'engager la conversation avec, ils ne trouvent rien de mieux qu'à s'accrocher sur le thème ô combien original de l'esti d'école ! «Puis, comment va l'école ?» Je leur demande-tu, moi, comment ça va leur névrose, fuck ! Je veux dire que c'est pas parce que tsé que crisse ! Non je ne me tairai pas, c'est mon droit de parler, de m'exprimer, de dire des affaires, de les articuler et de les dire ! Mon droit ! Je m'appelle Sylvain Murdoch et parler relève de mon droit ! L'adjectif possessif mon n'est pas là innocemment, sacrament ! Je suis écoeuré ! Comme si l'avenir était ma tombe ! Non je ne me tairai pas, j'ai encore des choses à dire et à exprimer ! Vous la regardez, vous autres, la télévision quand vous voulez, autant que vous voulez ! Personne n'est là pour vous dire : «Arrête de regarder la télé !» Jamais la télé vous lui dites : «Tais-toi !» Pourquoi moi ? Non je ne m'habillerai pas, je vais rester en bobettes, esti ! Je veux dire, il est sept heures du matin, crisse, la télé elle joue déjà, fuck ! Je veux dire que fuck!

 

-PINEAU Gisèle, Mes quatre femmes, P. Rey, Paris, janvier 2007

*Une citation… :

Sans doute portent-elles chance, comme le trèfle, lorsqu’il déploie ses quatre feuilles. Il est doux de croire en sa bonne fortune. Se figurer ces quatre femmes qui, par-delà les temps, vous soutiennent sans faillir, vous assurant une solide assise sur cette terre. Des mères lointaines, façonnées dans le roc, qui vous ont fondée et nourrie de leurs seins lourds. Imaginer qu’elles vous ont cajolée, bercée et chanté des comptines. Elles vous ont raconté tant d’histoires… Des mirages et des épopées domestiques, des exils et des tristes mariages (…) Un jour, vous croyez les avoir oubliées. Elles font silence et votre mémoire n’est plus encombrée de leur âpre présence. Le lendemain, fébrile, vous les cherchez, fouillant vos souvenirs. Et il apparaît que chacune incarne la saison d’une histoire qui, s’accolant à celle des autres, rassemble et ordonne les morceaux de votre être. Celle-là a dessiné le pays. Celle-ci a légué le nom. La troisième a posé la langue. La quatrième a prêté le prénom.

 

-REZA Yasmina, Le Dieu du carnage, Albin Michel, Paris, janvier 2007 (théâtre)

*La quatrième de couverture… :

On a voulu être sympathiques, on a acheté des tulipes, ma femme m'a déguisé en type de gauche, mais la vérité est que je n'ai aucun self control, je suis un caractériel pur.

-SANSAL Boualem, Petit éloge de la mémoire : quatre mille et unes années de nostalgie, Gallimard, coll. « Folio 2 euros », Paris, janvier 2007

*La quatrième de couverture… :

C'est le plus lointain, celui que j'aime à explorer, qui me donne le plus de frissons. Ecoutez-moi raconter mon pays, l'Egypte, la mère du monde. Remplissez bien votre clepsydre, le voyage compte quatre mille et une années et il n'y a pas de halte. Jadis, en ces temps forts lointains, avant la Malédiction, j'ai vécu en Egypte au pays du Pharaon. J'y suis né et c'est là que je suis mort, bien avancé en âge...

-SEBBAR Leïla, Métro, instantanés, Ed. du Rocher, coll « Esprit libre », Monaco, janvier 2007

*Quatrième de couverture :

Le métro. Paris. Une Babel souterraine au-delà des mers, où se croisent les visages et les corps, les accents et les langues. Des instantanés, notés à la vitesse du métro, ironiques et tendres. Saynètes, dialogues, portraits. Des histoires furtives, éphémères, qui racontent deux minutes trente-cinq de bonheur ou de malheur.

-TREMBLAY Michel, Théâtre, vol. 2, Actes Sud papiers, Arles, janvier 2007

« Recueil de onze pièces, dont certaines appartiennent au cycle des Belles-soeurs, et d'autres ont des connotations autobiographiques évidentes. » (Electre)


Dans la catégorie essais littéraires sont parus les ouvrages de :

-BETI Mongo, Le Rebelle, vol. 1, Gallimard, coll. “Continents noirs”, Paris, janvier 2007

« En rassemblant les articles écrits pendant cinquante ans, l'auteur s'en prend aux pouvoirs institués et prône la lutte anticoloniale en vue de l'émancipation du monde noir. Il critique les accords de la Françafrique, les hommes politiques comme les acteurs du monde culturel. Il dénonce aussi, le discours anti-français en Afrique ainsi que le discours anti-africain en France. » (Electre)

-DIOP Boubacar Boris, L’Afrique au-delà du miroir, P. Rey, Paris, janvier 2007

*Une citation :

L’image que les médias donnent de l’Afrique ne correspond en aucune façon à la  réalité. Elle vise surtout à faire honte à chaque Nègre de sa mémoire et de son identité. Ce n’est pas acceptable et la prise de parole est un impératif moral pour tous ceux qui ont la possibilité de se faire entendre. Les textes réunis dans cet ouvrage sont nés du désir de dire, en tant qu’intellectuel africain, ma part de vérité. Outre des hommages à Cheikh Anta Diop et Mongo Beti, sont abordés ici des sujets aussi variés que le dilemme de l’écrivain coincé entre deux langues, le naufrage du Joola au Sénégal, les nouveaux flux migratoires vers l’Europe ou les défis culturels de la globalisation. Une place importante est accordée au génocide des Tutsi du Rwanda que trop de gens cherchent encore à nier. J’ai mis l’accent sur l’implication de l’État français parce que sa responsabilité dans cette tragédie, via François Mitterrand, est aussi évidente – les faits ne manquent pas pour l’étayer – que mal connue ou acceptée. Projeter le regard au-delà du miroir, c’est essayer de montrer quels mensonges se dissimulent sous tant de lieux communs proférés au sujet de l’Afrique. C’est surtout tirer la sonnette d’alarme, car on voit bien quel inquiétant projet politique se profile derrière la négrophobie triomphante.

Remarquons la sortie d’un ouvrage critique sur une grande auteure francophone : 


-DE HAES Frans, Les pas de la voyageuse : Dominique Rolin, essai, Labor et Archives et Musées de la littérature, Bruxelles, janvier 2007

« Dominique Rolin (Bruxelles, mai 1913) est l'auteur de 37 volumes. En premier lieu, des romans (29 exactement), mais aussi des recueils de nouvelles, une pièce de théâtre, un carnet de rêves, une autobiographie fictive de Brueghel, un livre d'entretiens et un recueil d'essais. La singularité de cette oeuvre méritait une approche de fond, capable de décrypter les principaux textes de cet ensemble. » (Electre)


Nous considèrerons en sortie littéraire pour la jeunesse l’ouvrage de ACEVAL Nora, GUILLOPÉ Antoine, Les Babouches d’Abou Kassem (Seuil jeunesse, janvier 2007).

« Abou Kassem était un marchand célèbre pour son avarice. Bien que richissime, il portait les mêmes babouches puantes et rapiécées de toutes parts depuis que ses pieds avaient fini de grandir. Un jour il se rend au hammam et dépose ses babouches à l'entrée. En sortant il trouve de magnifiques babouches à la place de sa paire et les prend. Il est alors accusé de vol. » (Electre)


Et n’oublions pas la sortie en édition de poche de Mes mauvaises pensées de Nina BOURAOUI.

Informations sélectionnées et recueillies par Circé Krouch-Guilhem

 

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Lundi 16 avril 2007 1 16 04 2007 12:15

Quelques parutions francophones du mois de février 2007 :

 

 

 

 

 

 

 

-Salim BACHI, Les Douze contes de minuit, nouvelles, Gallimard, « Blanche », Paris, février 2007

*La quatrième de couverture :

 

 

‘Les Algériens décidèrent de s'entre-tuer. La guerre investit Cyrtha l'immémoriale. Sur le champ de bataille, la raison des uns égorgeait la raison des autres. On se trucidait pour l'amour de Dieu, de la Liberté, du Bien, du Beau, du Vrai. On assassinait des enfants pour le bonheur universel. Contents et heureux, on quittait ensuite cette terre pour se reposer dans les vertes prairies d'Allah...’

 

 

 

 

Ce recueil de douze nouvelles clôt le cycle de Cyrtha, ville imaginaire où se situaient les deux premiers romans de Salim Bachi. L'auteur propose ici la saisissante vision d'une Algérie contemporaine souvent absurde et violente, hantée par d'inépuisables ressentiments et par un désenchantement qui a rongé jusqu'à sa jeunesse. L'écriture, tour à tour lyrique et grinçante, entraîne ces récits dans une succession de tableaux presque somnambuliques.

 

 

 

 

-Jacques CHESSEX, Le vampire de Ropraz, Grasset, Paris, février 2007

*La quatrième de couverture :

 

 

‘Dans ces campagnes perdues une jeune fille est une étoile qui aimante les folies.’

En 1903 à Ropraz, dans le Haut-Jorat vaudois, la fille du juge de paix meurt à vingt ans d'une méningite. Un matin, on trouve le couvercle du cercueil soulevé, le corps de la virginale Rosa profané, les membres en partie dévorés. Horreur. Stupéfaction des villages alentour, retour des superstitions, hantise du vampirisme, chacun épiant l'autre au coeur de l'hiver. Puis, à Carrouge et à Ferlens, deux autres profanations sont commises. Il faut désormais un coupable. Ce sera le nommé Favez, un garçon de ferme aux yeux rougis, qu'on a surpris à l'étable. Condamné, emprisonné, soumis à la psychiatrie, on perd sa trace en 1915.

 

 

 

 

 

*Les premières lignes :

 

 

Ropraz, dans le Haut-Jorat vaudois, 1903. C'est un pays de loups et d'abandon au début du vingtième siècle, mal desservi par les transports publics à deux heures de Lausanne, perché sur une haute côte au-dessus de la route de Berne bordée d'opaques forêts de sapins. Habitations souvent disséminées dans des déserts cernés d'arbres sombres, villages étroits aux maisons basses. Les idées ne circulent pas, la tradition pèse, l'hygiène moderne est inconnue. Avarice, cruauté, superstition, on n'est pas loin de la frontière de Fribourg où foisonne la sorcellerie. On se pend beaucoup, dans les fermes du Haut-Jorat. A la grange. Aux poutres faîtières. On garde une arme chargée à l'écurie ou à la cave. Sous prétexte de chasse ou de braconne on choie poudre, chevrotine, gros pièges à dents de fer, lames affûtées à la meule à faux. La peur qui rôde. A la nuit on dit les prières de conjuration ou d'exorcisme. On est durement protestants mais on se signe à l'apparition des monstres que dessine le brouillard. Avec la neige, le loup revient. Il n'y a pas si longtemps qu'on a tué le dernier, en 1881, sa dépouille empaillée s'empoussière à douze kilomètres dans une vitrine du musée du Vieux-Moudon. Et l'horrible ours venu du Jura. Il a éventré des génisses il n'y a pas quarante ans dans les gorges de la Mérine. Les vieux s'en souviennent, ils ne rient pas à Ropraz ni à Ussières. Au temps de Voltaire, qui a habité le château d'en bas, au hameau d'Ussières, les brigands attendaient sur la route principale, celle de Berne, des Allemagnes, plus tard les soldats revenus des guerres de la Grande Armée rançonnaient les honnêtes gens. On fait très attention quand on engage un trimardeur pour la moisson ou la pomme de terre. C'est l'étranger, le fouineur, le voleur. Anneau à l'oreille, sournois, le laguiole glissé dans la botte.

 

 

 

 

 

-Maryse CONDÉ, Comme deux frères, théâtre, Lansman, coll. « Beaumarchais », Carnières Morlanwelz, février 2007

« Deux amis d'enfance se retrouvent en prison. La veille du procès, ils ont peu d'espoir de parvenir à convaincre les juges mais souhaitent faire valoir des circonstances atténuantes. Reste à savoir si leur amitié va résister à cette épreuve car la tentation de se décharger sur l'autre est grande. » (Electre)

 

 

 

 

-Paul EMOND, Le sourire du diable, théâtre, Lansman, Carnières Morlanwelz, février 2007

*Paul Emond à propos de sa pièce :

 

« Le Sourire du diable est une de mes pièces les plus récentes mais son thème principal, la fascination de l’artiste pour l’homme de pouvoir et les démêlés que le premier peut avoir avec le second, m’intéresse depuis longtemps. (…). Ce genre d’histoire n’appartient ni au passé ni au présent, elle est de toujours et elle peut très bien ressurgir demain, ici comme ailleurs. »

 

 

 

 

 

Nous retiendrons les sorties en éditions de poche de Je t’oublierai tous les jours de Vassilis ALEXAKIS, La Plantation de Calixthe BEYALA, Adèle et la pacotilleuse de Raphaël CONFIANT, et Harraga de Boualem SANSAL.

 

 

 

Informations sélectionnées et recueillies par Circé Krouch-Guilhem

 

 

 

 

Par La plume francophone - Publié dans : Chronique/ Editions
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Lundi 16 avril 2007 1 16 04 2007 16:00

 

Quelques parutions francophones du mois de mars 2007

 


-Mariama BARRY, Le cœur n’est pas un genou que l’on plie, Gallimard, « Continents noirs », Paris, mars 2007

*Un extrait figurant sur la quatrième de couverture :

 

 

 

‘La tête sans savoir portera les fardeaux... La chance est au bout des pieds... Nul ne connaît l'histoire de la prochaine aurore... La pointe de l'épine se forme quand l'arbre est jeune... Il n'est pas meilleure cohabitation que les dents et la langue... N'ayant rien payé pour son physique, on n'a aucun mérite s'il est beau... Voir la panthère et prétendre l'ignorer, c'est s'attendre à ses griffes... L'héritier d'un noyé ne doit pas jouer sur les rives... Quand toutes les barbes prennent feu, chacun s'occupe de la sienne...’

-Denise BONAL, Les Tortues viennent toutes seules, Ed. Théâtrales, Montreuil-sous-bois, mars 2007

*Quatrième de couverture, présentation par l’éditeur :

 

« 1954. Jour de noces. Et jour de guerre. Avec au premier plan, l'insouciance de la mariée, les sarcasmes du père et les souvenirs de la grand-mère, le temps balance entre grande joie et petits drames du mariage. Mais, avec en toile de fond les «événements» algériens, les coeurs vacillent entre un optimisme volontaire et une réalité plus crue. Denise Bonal propose une ronde haletante autour de l'hymen comme métaphore de la vie.

Dans une habile construction entre présent et futur, l'auteur décrit par touches sensibles, pastel et pourtant sanglantes, le malheur des familles dépassées par l'Histoire. Par une écriture entre silences et retenue, sa pièce mêle avec brio l'intime et le politique, les pulsions d'amour et de mort. Voici une oeuvre rare, un objet précieux qui comblera lecteurs et acteurs." 

 

-Xavier DEUTSCH, Trilogie, Le grand jeu des courages de l'ours en Alaska, Le bestiaire de Rotterdam, En haut de la Terre, Le Cri, Bruxelles, mars 2007

 

-Ousmane DIARRA, Pagne de femme, Gallimard, « Continents noirs », mars 2007

*Extrait figurant sur la quatrième de couverture :

 

 

An de grâce Un. Année de l'enfant djinn ! Ce fut celle de la danse impossible. La danse des grands sorciers et des grands initiés : tu refuses de danser, tu meurs. Tu fais un faux pas, tu trépasses.

Seuls les Anciens possédaient les pas de cette danse-là ! Mais les Anciens s'en étaient allés. Avec tous leurs secrets. Dépités d'un monde qui n'était plus le leur. Auquel ils ne comprenaient plus rien ! Un monde comme un pagne de femme coquine, jamais véritablement noué, et à dessein pour embêter les hommes ! 

-Paul EMOND, Histoire de l'homme : pièce fleuve, mobile, chaotique et à suivre, Volume 1, théâtre, Lansman, Carnières Morlanwelz, mars 2007

*Les premières lignes :

 

BATAILLE DE PECUVARD ET BOUCHET

Pécuvard et Bouchet se tiennent l'un l'autre par le menton et chantent :

Je te tiens tu me tiens par la barbichette

Le premier qui rira aura une tapette

Ils se fixent un long moment.

Pécuvard : Bouchet, tu as ri.

Bouchet : Faux, Pécuvard.

Pécuvard : Je t'ai vu, Bouchet.

Bouchet : Tout faux, je ne ris pas. C'est toi qui ris, Pécuvard.

Pécuvard : Je ne ris pas du tout, Bouchet.

Bouchet : Moi non plus, Pécuvard.

Pécuvard : Ça ne marche pas trop bien, ce jeu.

Bouchet : Alors, on règle ça au bâton.

Pécuvard : Riche idée, Bouchet.

Ils prennent deux bâtons, s'assomment, puis se relèvent.

Bouchet : Match nul.

Pécuvard : On remet ça.

Ils se reprennent le menton l'un de l'autre et chantent :

Je te tiens tu me tiens par la barbichette
Le premier qui rira aura une tapette
Ils se fixent un long moment.

 

 

Pécuvard : Bouchet, tu as ri.

 

-Hubert HADDAD, Oholiba des songes, Zulma, Cadeilhan (Gers), mars 2007 [Table ronde, 1989]

*Un extrait :

 

 

Il ne s’était jamais vraiment douté avant cette nuit déchirante et nulle du poids de violence que dissimulait son flegme devant la frénésie des événements. Sa vie entière prenait un sens nouveau, comme s’il avait subitement découvert l’envers monstrueux de l’innocuité d’être. L’espèce de stupeur sacrée que provoquait en lui l’immanquable abomination humaine l’avait jusqu’à présent tenu à l’écart, en témoin fugitif du désastre où s’engouffrent martyrs et tyrans d’une loterie d’enfer. Une femme au regard de revenante venait de détruire la distance évasive entre le monde et lui. Il se savait désormais capable du pire ; une fièvre de mort le brûlait, nourrie de toutes les images d’exécutions sommaire de tortures, de tueries à la sauvette que ses appareils photographiques avaient distraites de la fugacité honteuse du réel.

 

 

« Samuel Faun est photographe de guerre. Cette vocation lui est venue en Europe centrale, lorsque enfant il vit massacrer sa famille. A New York, entre deux reportages, il entre par hasard dans un théâtre yiddish du Lower East Side, où se joue une étrange pièce : Oholiba des songes, l'autre nom de Jérusalem. » (Electre) 

 

 

-Loys MASSON, Saint Alias Suivi de La chose, Arbre vendeur, coll. « L’Alambic », Talence, mars 2007 [Saint Alias, 1947, La Chose in Des Bouteilles dans les yeux, 1970]

 

*La quatrième de couverture, présentation par l’éditeur :

 

« Satan s'est finement vengé du talent de Loys Masson. Il l'a relégué dans un angle mort de la Bibliothèque où ses mots ardents se consument en vain. Il le punit d'avoir si bien su le dépeindre sous les traits de Monsieur Alias, ce voisin aimable dont nous rêvons tous.

Dans ces pages hantées de poésie et d'ironie, l'auteur de ces «short stories» nous livre un portrait inoubliable, à la fois proche et infiniment mystérieux, de cette figure qui a toujours su se faire aimer des hommes et combler leurs désirs pour mieux révéler ce que cachent leurs âmes. »

 

-Marcel MOREAU, Souvenirs d'immensité avec troubles de la vision : précipité de notes prises lors d'un voyage Moscou-Pékin en 1985, Arfuyen, mars 2007

 

-Laure MOUTOUSSAMY, Le Kooli de morne Cabri, Ibis Rouge, Matoury (Guyane française), mars 2007 

 

-Pius Nkashama NGANDU, L'Empire des ombres vivantes, L’Harmattan, « Théâtre des cinq continents », Paris, mars 2007

*Présentation par l’éditeur : 

 

« Cette pièce est conçue à la manière d'une allégorie poétique. Au milieu des paraboles et des légendes mythiques, se bousculent des ombres, des spectres, des visions entrevues durant un songe. Tout se déroule aux pourtours des espaces indiqués par des symbolismes particuliers : les mangroves sur les bords des marécages et des marais d'où émergent des êtres étranges. »

-Pius Nkashama NGANDU, Bonjour Monsieur le ministre !, L’Harmattan, « Théâtre des cinq continents », Paris, mars 2007

*Présentation par l’éditeur :

 

« Une épouse loyale aux belles allures de princesse, un futur et bien probable Ministre des Oiseaux migrateurs au portefeuille variable, un négociant des tropiques transformé en "homme d'affaires" avisé qui demeure un néocolonial nullement ombrageux. Au travers de ces effigies parodiques, l'auteur a réuni les ingrédients les plus sulfureux afin de reproduire par le drame un espace total pour les antagonismes permanents. Au-delà de la raillerie, l'auteur dénonce les incohérences des systèmes politiques qui se bousculent dans une Afrique secouée par des rébellions et des batailles sanglantes." 

 

Signalons également la réédition chez L’Harmattan de La rédemption de Sha Ilunga du même auteur. 

 

-Jean PORTANTE, Le Travail du poumon, Le Castor Astral, Bègles, mars 2007

*Présentation par le Castor Astral :

  « Le poumon, c’est la langue qui dans la langue respire. L’oralité subvertissant l’écrit. Telle est la substance de ce livre. Une sorte de mode d’emploi, de regard dans la fabrique du poème. Nous voici en chemin, dans l’entre-deux de la langue et de sa métamorphose, avec pour sentinelles fragiles le cerf d’automne qui donne la vie et la mort, et la baleine ancestrale condamnée à la fatigue de la respiration. De ces sentinelles dépend la marche des choses, la métaphorisation du réel. Parce que voilà ce que fait ce poème : raconter. Raconter la vie et ce qui l’intranquillise. Or, raconter, c’est courir le risque de l’oubli, et celui de la plus parfaite des mémoires. D’où les incessants « effaçonnements » qui font et défont le texte. Comme s’il était une Aspirine se dissolvant dans l’eau, afin que soit mise à nu la langue première. Tel est le travail du poumon, une colonisation de la langue visible (le français) par la langue de l’origine (l’italien), plaçant la vérité du texte sur le point d’intersection entre un Sud et un Nord qui se regardent avec méfiance ; tout en rappelant que qui dit point d’intersection parle davantage d’absence de rencontre que de rencontre. Se construit ainsi une architecture du livre qui, de chapitre en chapitre, revisite quelques maîtres de la poésie – Borges et Gelman avant tout, mais aussi Pavese. Une poésie dans laquelle s’ourdit la tragédie du voyage qui – la baleine et Ulysse le savent – dit sans cesse que partir signifie à la fois ne jamais arriver et ne jamais revenir. »

 *Extrait figurant sur la quatrième de couverture :

 

 

LORSQUE J’ÉCRIS c’est comme si je plongeais une Aspirine dans un verre d’eau. Voilà du moins ce que je voudrais. Diluer la langue ainsi utilisée, afin que, dissoute, elle se mette à nu, comme on le dit d’un câble électrique qui, quand on le touche, met à mort. La mise à mort, ce serait l’histoire. Mon histoire. Une histoire que l’écriture a tendance à effacer. Mais qui, disparaissant, s’agite tel un poisson bouté hors de l’eau. LA BALEINE ME VIENT À L’ESPRIT.

 

 

-Nohad SALAMEH, La Revenante, Illustrations de Nadia Saïkali, Voix d’encre, Montélimar, mars 2007 

 

 

-Leïla SEBBAR, Le Ravin de la femme sauvage, nouvelles, Thierry Magnier, Paris, mars 2007

*Les premières lignes :

 

Elles font le boulevard

C'est une ville coloniale prospère. Dans les villas, notables et colons bavardent les soirs d'été, derrière les lourdes bougainvillées, roses, rouges, violettes, on les entend sans les voir, les voix des femmes rient trop fort, cascades pointues jusqu'au cri strident. Qui les fait rire ainsi ? Les jeunes filles de la Colonie vont par petites bandes sur le boulevard, boulevard de la République ? aller-retour, chuchotant et riant, leurs cheveux s'agitent en boucles, les jeunes légionnaires les regardent, ils sourient, ils vont et viennent, les mêmes, chacune se réserve le plus beau jusqu'au prochain boulevard, les frères, de loin, surveillent les soeurs, qu'elles ne rient pas si haut, les militaires qui les croisent sauront ce qu'elles cherchent, à plaire, oui, à plaire seulement, savoir cela, qu'elles plaisent à ces hommes qui feront la guerre, bientôt. Elles ignorent encore le boulevard interdit, dangereux, et les rires des jeunes filles qui rient aux éclats cesseront, les regards du désir se porteront vers des lignes de crête désertes, les vierges rieuses oubliées, le rire des femmes qu'on réserve aux soldats sous la tente ou dans le camion du BMC n'est pas le rire du boulevard dans la ville. Sidi Bel Abbès maison mère de la Légion où, en 1843, s'installe le 3e bataillon du 1er régiment étranger, un simple poste militaire deviendra une ville en 1847, après le soulèvement des Béni Ameur expulsés au Maroc en 1845. Dans la même ville, le 11 août 1961 «tombe le dernier légionnaire en Algérie, lors d'une fusillade dans le jardin public de la ville ». 

 

Augustin de Moerder, le frère d'Isabelle Eberhardt, «Isabelle l'Algérien», légionnaire à Sidi Bel Abbès aura-t-il croisé, dans les dernières années du XIXe siècle, les jeunes filles de la promenade, le boulevard existait-il et les familles nées dans ce pays, les ancêtres venus d'Espagne ou de France, gardaient-elles enfermées les filles à marier ? Augustin a peut-être rencontré, aristocrate russe déguisé en légionnaire français «nouveau soldat créé par la France» en 1831, une jeune et belle Andalouse, des ancêtres arabes avant la chute de Grenade, les yeux noirs des femmes de la campagne où il galope à cheval comme sa soeur Isabelle, Ténès et El Oued et Ain Séfra, autour des fermes de Ténira ou Tabia, près de Sidi Bel Abbès.

 

Signalons également la parution d’une nouvelle de Leïla SEBBAR, Le Vagabond, chez Bleu autour, dans la collection « D’un lieu l’autre ».
 

-Salah STÉTIÉ, La Nuit de la substance, Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière (Hérault) mars 2007

Salah Stétié, poète libanais, engage une réflexion sur la création, lieu vers lequel convergent réalité et imaginaire.

 

-Yolande VILLEMAIRE, India, India, XYZ éditeurs, Montréal, mars 2007

Troisième volet de la vie de Miliana Tremblay.

 

-Amin ZAOUI, Festin de mensonges, Fayard, Paris, mars 2007
 

*La quatrième de couverture :

 

‘J'aime faire l'amour avec des femmes mûres. Cela doit me venir de ma tante, la sœur jumelle de ma mère, qui m'a dépucelé. Dans la grange où nous nous retrouvions, elle criait fort le nom d'Allah au moment de jouir. Ensuite j'ai connu d'autres femmes. Toutes m'ont apporté des choses. L'alcool, le tabac, les livres des roumis. En plus du sexe. Je crois que je les aimais autant qu'il est possible d'aimer Allah lui-même. Mais ce n'était pas du goût de tous. L'Algérie venait d'obtenir l'indépendance et, arrivés d'Egypte ou de Palestine, les Frères musulmans devenaient de plus en plus influents. Un jour il faudrait que je m'amende.’

 

Bâti en spirale et écrit dans un style incantatoire et sensuel, Festin de mensonges est un récit d'apprentissage d'un genre nouveau, trouble, déroutant, où les tiraillements et les retours en arrière ont la part plus belle que les certitudes. Il raconte la gageure de grandir pour un adolescent d'Algérie qui lit Les fleurs du mal en cachette mais connaît le Coran par cœur, et qui aime les femmes avec cette sorte de piété qui n'est réservée qu'à Dieu.

 

-Ahmed ZITOUNI, Y a-t-il une vie avant la mort ?, La Différence, coll. « Littérature », Paris, mars 2007

« Un écrivain dépressif, alcoolique et solitaire est interrompu par un des personnages de ses romans qui lui demande réparation pour l'avoir tué, vingt ans plus tôt, dans son premier roman. L'auteur tente de se justifier et la confrontation se poursuit jusqu'au lieu du crime, la cité de l'Avenir radieux. Premier volet d'une trilogie consacrée à la mort. » (Electre)
 

Nous retiendrons aux éditions XYZ, dans la collection « Romanichels Poche » La Gare de Sergio KOKIS, Aimez-moi d’Yves BOISVERT Yves et Le facteur émotif de Denis THÉRIAULT. En format poche, Tahar BEN JELLOUN, Le discours du chameau Suivi de Jénine : et autres poèmes, préfacé par François Bott, publié chez Gallimard dans la collection « Poésie », et Johnny chien méchant d’Emmanuel DONGALA chez Le Serpent à plumes.
 


Et dans la catégorie bandes dessinées :

 

-Enki BILAL, Le Sommeil du monstre vol. 4, Quatre ?, Casterman, Bruxelles, mars 2007

Quatrième volet, suite et fin de sa Tétralogie du Monstre.

 

*Un extrait :

- Garçon ?

- Oui monsieur ?

- Cette entrecôte de salers n'a aucune odeur, aucune saveur, aucun goût... et le bordeaux, c'est de la flotte. Paris est une ville sans odeur... Qu'est-ce qui se passe ?

- Je ne sais pas, monsieur, faut voir avec le responsable.

- Je peux vous avouer quand même quelque chose ?

- Ca dépend.

- Eh bien, je me suis toujours demandé pourquoi François Mitterrand est allé à Sarajevo le 28 juin 1992. Pourquoi justement le 28 juin ? Tout le monde sait que c'est non seulement la fameuse date de la bataille héroïque, dont les Serbes sont si fiers, contre les Ottomans à Kosovo Polje en 1389, mais aussi celle de l'assassinat de l'archiduc François Ferdinand en 1914, à Sarajevo aussi, comme par hasard. Tout ça est lourd de symboles... Vous n'y voyez pas comme un peu de provocation ?

- Je ne sais pas de quoi vous parlez, monsieur, faut voir avec le responsable. 

 

 

Informations sélectionnées et recueillies par Circé Krouch-Guilhem 

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Mardi 1 mai 2007 2 01 05 2007 14:59
Publication du numéro 2 de la revue de poésie mauricienne
Point-Barre : la poésie à fleur de peau



(Ce texte est mis en ligne tel qu'il nous a été envoyé par la revue)

La revue de poésie Point-Barre vient de sortir son deuxième numéro, cette fois consacré au thème de la sensualité. L'équipe éditoriale, coordonnée par l'écrivain Yusuf Kadel, y invite plus de vingt poètes à s'exprimer sous le titre "A fleur de peau" et rend hommage à Emmanuel Juste.

Le point le plus frappant du nouveau numéro de Point-Barre est qu'il propose davantage de textes et qu'il s'est ouvert à quatre poètes contemporains étrangers. On y découvrira ainsi un texte du Marocain Abdellatif Laâbi, qui au-delà de son oeuvre, a également traduit des poètes arabes. Installé en France depuis 1985 après avoir connu la prison pour ses idées dans son pays natal, il écrit aussi des romans, des pièces de théâtre et des ouvrages pour la jeunesse. Professeur à l'université de Louvain en Belgique et âgé de trente-six ans, Arnaud Delcorte se fait connaître à travers Trois poèmes courts. Plus près de nous, Catherine Boudet est Réunionnaise, chargée de cours à l'université de la Réunion et auteure d'une thèse sur la diaspora mauricienne en Afrique du Sud. Elle propose ici deux poèmes sous le titre, Ecriture-Limbes et Constelle d'azur fou. Jean-Claude Abada, qui nous vient du Cameroun, est quant à lui en séjour à Maurice pour les besoins de sa thèse de doctorat sur le tragique dans le roman francophone où il se penche entre autres sur l'oeuvre d'Ananda Devi. S'il a déjà publié au Cameroun, il propose ici Hâte-toi lentement.

Point-Barre s'ouvre sur une préface introductive de Khal Torubally, qui donne ici une lecture analytique des différents textes. Réalisé en hommage à Emmanuel Juste, ce numéro commence par un de ses poèmes : Pour une résurrection, un hymne à celle qui " rassemble ce qui est épars " ? Et c'est son épouse, Marie-Françoise, qui conclut le tout avec Au temps de l'eau. Les autres poètes mauriciens sont par ordre d'apparition : Umar Timol, Ananda Devi, Jocelyn Siou, Yusuf Kadel, Gillian Geneviève, Odile Le Chartier, Sylvestre Le Bon, Vinod Rughoonundun, Alex Jacquin-Ng, Shawkat Toorawa, Jean-Claud Andou, Michel Ducasse, Anil Rajendra Gopal, Rattan Gujadhur et Vincent Pellegrin.

La revue lance aussi une passerelle dans le temps en agrémentant la couverture d'une évocation de la célèbre toile Le déjeuner sur l'herbe d'Edouard Manet, ainsi que d'un poème de Paul Verlaine publié au dos. Si elle entend privilégier les textes actuels d'auteurs mauriciens, Point-Barre est ouverte à toutes les formes poétiques, et à des styles et idées très différents.
La revue sera en vente à partir de Vendredi dans toutes les bonnes librairies de l'Ile. Si vous résidez à l'étranger et que vous souhaitez vous procurer un exemplaire, vous pouvez le faire en envoyant un mail à barre.point@gmail.com
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Vendredi 1 juin 2007 5 01 06 2007 11:35

Quelques publications francophones du mois d’avril 2007

 

-L’ARBRE À PAROLES n° 135, Insectaire incertain, Maison de la poésie d’Amay, Amay, avril 2007

*La quatrième de couverture :

 

On parle d'un bestiaire lorsqu'il s'agit d'écrire sur les animaux, de les dépeindre ou de les dessiner. Les insectes auxquels s'est intéressé Georges Thinès (et, à sa suite, Aubevert, Jacques Coly et Cosem), ne mériteraient-ils pas, dès lors, qu'on leur consacre un « insectaire » ? Et puis ce néologisme sonne comme un adjectif qui serait le contraire de « sectaire » : au delà de la création littéraire, le besoin, en somme, d'affirmer, si besoin en était encore, notre refus de tout sectarisme. En matière de poésie, car certaines idéologies sont franchement nauséabondes avec leurs relents de totalitarisme. Voici donc, illustré par le talent, très sûr, de la dessinatrice Anne-Marie Weyers, un Insectaire incertain, puisque rien n'est... certain en ce monde, à commencer par l'humaine destinée, sans parler du sort que notre civilisation industrielle et ses pollutions réservent aux insectes ?

 

-Henry BAUCHAU, Le présent d'incertitude : journal 2002-2005, Actes Sud, Arles, avril 2007

*Quatrième de couverture :

 

"Je suis un homme parmi des milliards d'hommes, en communion peut-être avec d'autres artistes qui ressentent en cet instant la même paix, la même beauté, la même douleur sourde, l'incomplétude qu'ils ont décidé de transformer en travail. Ce que je comprends depuis peu, le travail importe plus que l'oeuvre achevée." H. B.

Parce qu'il est le lieu où se reflètent l'élaboration de l'oeuvre mais aussi son contexte, parce qu'il est également, dans les moments d'épreuve, le moyen de reprendre pied dans l'écriture, le Journal constitue un jalon privilégié dans la vie intérieure de Henry Bauchau.

Par la chronologie, ce volume fait suite à Passage de la Bonne-Graine (Actes Sud, 2002). Il accompagne les années 2002 à 2005, qui sont notamment celles du roman L'Enfant bleu (Actes Sud, 2004) et du recueil de poèmes alors en préparation, Nous ne sommes pas séparés (Actes Sud, 2006).

 

-Jacques BEAUCHARD, Liban, mon amour, Ed. de l’Aube, « L’Aube document », La Tour d’Aigues, avril 2007

*Présentation par l’éditeur :

 

Beyrouth: une jeune femme a décidé d'y être heureuse. Amoureuse et ouverte au monde, elle incarne le fruit de plusieurs cultures, l'intelligence et la douceur de vivre, une légèreté de l'être. Et, entre rêve et réalité, elle adore sa ville. Soudain, la guerre dite des 33 jours de l'été 2006 confronte le Liban à sa survie et, une fois de plus, à ses divisions douloureuses. Une guerre de représailles, presque par inadvertance, qui se déchaîne au grand étonnement de beaucoup, alors que s'annonce une belle saison touristique et que la ville est plus belle que jamais. Tout est jeté à bas ; pire, au milieu des ruines, on proclame "une victoire divine" tandis que la misère menace les plus modestes.

La jeune femme se retrouve comme sa ville, polyglotte et tournée vers l'avenir, trop à l'étroit dans les vêtements décousus du Liban qui, en proie aux rivalités et aux passions, se prête à devenir l'arène de la guerre des autres. N'est-il pas plutôt le pays de Canaan, mais aussi la terre de Babel que chacun veut posséder, le jardin où fleurissent les religions et où s'entrecroisent les langues et les ethnies? La ville et la jeune femme seront-elles emportées par la guerre civile?

 

-Calixthe BEYALA, L’Homme qui m’offrait le ciel, Albin Michel, Paris, avril 2007

 

-Nicolas BOUVIER, Le vide et le plein : carnets du Japon 1964-1970, préface de Grégory Leroy, Hoëbeke, coll. « Etonnants voyageurs », Paris, avril 2007 [rééd.]

 

-William CLIFF, Immense existence, poèmes, Gallimard, Paris, avril 2007

*Un extrait :

Paris la nuit

la rumeur de la ville pénètre nos chambres

on ouvre la fenêtre on voit sur le trottoir

marcher un homme qui a relevé le col

de son imperméable il marche calmement

son regard devant lui dirige ses pensées

(il est deux heures du matin) il marche seul

sur le trottoir mouillé pendant que les autos

autour à l’infini répandent leur rumeur

(on ferme la fenêtre pour ne plus l’entendre

mais on garde la vue de l’homme qui marchait

le col de son imperméable relevé

et jouissant de cette pluie fine qui tombe

et qui redonne à l’air enfin quelque fraîcheur)

 

 

-Frans DE HAES, Terrasses et tableaux, Le Taillis pré, Châtelineau, avril 2007

 

-Mohammed DIB, Poésies complètes, préface de Habib Tengour, La Différence, coll. « Œuvres complètes », Paris, avril 2007

*Présentation par Habib Tengour :

« Cette première édition des œuvres poétiques complètes de Mohammed Dib regroupe tous les ouvrages publiés du vivant de l’auteur ainsi que deux recueils inédits. Bien que le recours à la biographie ne soit pas essentiel pour la compréhension de sa poésie, on ne peut pas l’aborder sans tenir compte de la dimension algérienne. [...] La colonisation, le mouvement national, la guerre de libération, l’exil, l’indépendance, les désillusions de l’édification socialiste, la montée de l’intégrisme, la guerre civile, tous ces événements que l’Algérie a vécus/subis ont douloureusement marqué Mohammed Dib. Mais il ne faut pas minimiser l’infuence des amitiés littéraires, celles de ses deux aînés, Aragon et Guillevic, notamment, l’importance accordée à la littérature américaine et à son avant-garde poétique. [...]
La poésie de Dib doit, sans doute, son épure à l’activité romanesque de l’auteur qui connaît parfaitement l’exigence de chacun des registres. Le poème en sort nettoyé, les mots n’ont rien à prouver. Ils sont tout bonnement là, à leur place, débarrassés du pittoresque faussement réaliste, soigneusement choisis, disposés dans une métrique simple parce que savante et rigoureuse. [...] Dès les premiers écrits, en 1946-47, une voix originale, aux accents rimbaldiens et mallarméens clame/réclame le pouvoir d’un éros qui ne cessera de dévaster le jeune homme tout au long de sa carrière d’homme et d’entretenir la sédition telle que l’entendaient les grands maîtres soufis. »

HABIB TENGOUR

 

-François EMMANUEL, Partie de chasse, Actes Sud Papiers, Arles, avril 2007

*La quatrième de couverture :

 

« Dix-sept ans après la disparition de sa femme, l'héritier d'une dynastie d'industriels, perdu dans ses souvenirs, se fait rejouer le théâtre de son passé. Dans le cadre austère d'une bâtisse vidée de sa vie par les huissiers, ce sont ses deux domestiques, Arnold et Mittie, qui vont se charger de commémorer un étrange anniversaire, rejouant comme chaque année la scène du dernier repas donné en l'honneur d'une funeste partie de chasse. Tour à tour proie et prédateur, complice et délateur, chacun d'entre eux se trouve au cœur d'un huis clos mystérieux sur fond de chasse à courre. »

 

-Vera FEYDER, Dernière carte du tendre, La Part commune, Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine), avril 2007

 

-Madeleine GAGNON, A l'ombre des mots : poèmes 1964-2006, L’Hexagone, Montréal, avril 2007

 

-Guy GOFFETTE, Le Pêcheur d’eau, Gallimard, coll. « Poésie », Paris, avril 2007

 

-Salah Al HAMDANI, Bagdad à ciel ouvert, illustrations de Salah Ghiad, L’Idée bleue/Ecrits des forges, Chaillé-sous-les-Ormeaux (Vendée)/ Trois-Rivières (Canada), avril 2007

*Extraits :

 

Je suis l'épi de blé guetteur de l'aube au bord du chemin interminable.

 

Je veux voir de loin ce qui se passe dans une ville qui ne m’attend plus(…)
Qui vais-je trouver derrière la porte mal fermée de ton attente? (…)
Quel gouffre désormais entre nous Mère.

 

Ma mère, comme la lumière,

N’a pas besoin du procès de l’obscurité

Mais d’un peu de silence (…)

Laissez l’amour ronger la haine qui habite le cœur de l’homme.

 

Oui le ciel de l’Irak sans Saddam est bleu!

 

-Tchitala Nyota KAMBA, Georges BLARY, (dessins), L'exilée de la Makelele, Des Plaines, Saint-Boniface, Man., avril 2007

 

-Caroline LAMARCHE, Karl et Lola, Gallimard, Blanche, Paris, avril 2007

*Un extrait :

 

Ils marchent sans savoir ce qui les fait marcher, pourquoi ils marchent ensemble ni quel projet les guide sinon l’instinct d’être ce qu’ils sont, c’est-à-dire rien, rien d’utile, rien qui guérisse ou soulage, rien que ce rien dont plus personne ne veut, l’état du monde aidant et filant vers le rien.

 

-Mona LATIF-GHATTAS, Ambre et lumière, Le Noroît, Montréal, avril 2007

*Un extrait :

 

N'en déplaise à ceux dont les pieds nuits et jour macèrent dans la matière

Les poètes ne sont pas les rêveurs que l'on pense

Ils n'ont d'égal à leur misère

Que leur lucidité

 

-Antonine MAILLET, Pierre bleu, Actes Sud/Léméac, Arles/Montréal, avril 2007

*La quatrième de couverture :

 

Pierre Bleu est-il le fou du village ou le fils étrange né du conflit entre Dieu et le Diable ? Il est, en tout cas, doté d'une longévité indéniable et il règnera sur les destinées du village acadien de Grand-Petit-Havre assez longtemps pour le voir grandir, se développer et accéder à sa modernité en s'arrachant au mythe de ses origines : la déportation.

À travers les ravages de la guerre et de la grippe espagnole, dans ce combat incessant pour la survie d'une culture, Pierre Bleu aura pour protégée la petite Bibiane, qui deviendra la mère supérieure du couvent, acharnée à sauver la langue de son peuple plus que son âme, car il faut une langue pour prier et une langue pour rêver.

Antonine Maillet poursuit ici la grande saga de son Acadie natale, lieu mythique autant que réel, où s'ébattent, dans l'absolue liberté d'une langue jubilatoire, Dieu, le Diable et les anges, les vivants et les morts, le Léviathan, des renards et des corbeaux et des Acadiens aussi démesurés que ce bout de pays dont ils sont l'incarnation.

 

*Un extrait :

 

Elle pleure doucement sur la tombe de son père. Sous le bras, ce jour-là, il serait celui d'un fiancé du Bas-du-Fleuve, la propre de l'abbé Michel.

Elle revoit les années, les siècles qui la séparent du bonheur. Un bonheur si court qu'il s'était forgé en profondeur. Lové au creux de ses reins, il était resté intact. Elle parle à son père, il a fait ce qu'il a pu, elle le sait. Pousser plus loin sa colère, c'eût été de la révolte. Et la révolte frôle la rébellion. Le peuple dont il faisait partie et qui le respectait devait ravaler sa honte. Les temps n'étaient pas encore arrivés, il fallait se soumettre, attendre l'affranchissement qui évoluait en sourdine, rampait à fleur de sol. Bibiane était la sacrifiée sur l'autel du conformisme religieux et de la coutume... du Temps, son ennemi.

 

-Andrée A.MICHAUD, Le Ravissement, Les 400 coups, Outremont (Québec), avril 2007 [parution en France, L’Instant même 2001]

 

-Laurent POLIQUIN, Le Vertigo du tremble, Des Plaines, Saint-Boniface, Manitoba, avril 2007 (Distribution en France, Québec 2005)

 

-Georges RODENBACH, Les Essais critiques d’un journaliste, choix de textes précédé d'une étude par Paul Gorceix, Honoré Champion, Paris, avril 2007

*La présentation par l’éditeur :

 

« Cet ouvrage n'a pas seulement une valeur documentaire. Il resitue Georges Rodenbach, figure essentielle quoique méconnue de la Jeune Belgique, dans cette mouvance dont Paul Gorceix, ses abondants travaux le prouvent, est l'un de ses plus éminents connaisseurs. Il révèle qu'on ne doit pas seulement à Rodenbach ce roman-culte qu'est Bruges la-Morte, l'œuvre en prose qui a occulté les autres, Le Carillonneur notamment, mais un regard particulièrement lucide et visionnaire sur l'art de son temps. Ce regard est d'abord celui d'un journaliste au sens le plus noble du terme. Gorceix nous expose la façon pittoresque dont le goût de la chronique lui est venu : en rédigeant une feuille pour vacanciers sur le littoral belge. Cela lui a suffi pour comprendre les attraits et les atouts de ce que Jorge Luis Borges appelait "la littérature qui se dépêche". Il deviendrait un orfèvre de cette spécialité. Il se sentait un devoir d'informer ses compatriotes de ce à quoi, du fait de son exil à Paris, il pouvait assister des premières loges. Sa position mitoyenne lui permettait d'adopter tout naturellement l'attitude idéale du bon journaliste, faite de distance et de proximité à la fois, d'adhésion et de détachement. »

 

-Leïla SEBBAR, Marguerite, Actes Sud Junior, Babel J, Arles, avril 2007 (Adolescents)

*Le premier chapitre :

 

J’ai eu un chagrin… Un chagrin immense. J’ai compris ce jour-là qu’on peut mourir de chagrin. Mourir d’amour… Mais je ne suis pas morte. Quand le cousin m’a annoncé la nouvelle, je n’ai pas parlé. Je n’ai rien dit. Paralysée. Je n’ai pas bougé jusqu’au lendemain matin. C’est le facteur qui m’a réveillée, brutalement. La porte n’était pas fermée, ni les volets, il m’a vue assise, la tête entre mes bras croisés, sur la table de la salle à manger. Il a cru que j’avais eu une attaque, il est entré et il m’a secouée. Il a pris peur parce que je l’ai regardé sans le reconnaître, les yeux ouverts, je ne le voyais pas. Il ne savait pas ce qui m’arrivait. Il a déposé le journal comme il l’a toujours fait, au coin de la table et il a continué sa tournée.

 

-Michel TREMBLAY, Le Trou dans le mur, Actes Sud, Arles, avril 2007

*La quatrième de couverture :

 

« À la manière d'Alice dans le terrier du Lapin blanc, François Laplante fils est entraîné malgré lui dans une étrange aventure quand cinq acteurs de la faune la plus bizarre du redlight de Montréal vont lui confesser leurs secrets inavouables. D'un coup, sa vie bascule comme dans un roman gothique du XIXe siècle : est-il réellement victime d'hallucinations quand il écoute dans le musée du Diable ces cinq âmes en peine qui attendent littéralement l'heure de leur libération ? Bien malin qui dira si leurs souvenirs des grandes heures du quartier de la Main ne sont pas inventés par un esprit qui souffre joyeusement du syndrome de l'imposteur...

Suivant l'art du funambule, Michel Tremblay joue de finesse avec les mirages du réalisme et les couleurs du fantastique, puisant dans un art de la composition qui a nourri les pages les plus lumineuses des Chroniques du Plateau-Mont-Royal. »

 

 

Quelques ouvrages critiques :

 

-Didier CAHEN, Edmond Jabès, Seghers, coll. “Poètes d’aujourd’hui”, Paris, avril 2007

 

-Beïda CHIKHI, Assia Djebar, histoires et fantaisies, Presses de l’Université Paris Sorbonne, coll. « Lettres francophones », Paris, avril 2007

 

-Axel GASQUET, Modesta SUAREZ (dir.), Ecrivains multilingues et écritures métisses : l'hospitalité des langues, Presses Universitaires Blaise Pascal, « littératures », Clermont-Ferrand, avril 2007

 

-Philippe GIRARD, Alain ROCHAT, C. F. Ramuz, Igor Strawinsky : Histoire du soldat, chronique d'une naissance, Slatkine, Genève, avril 2007

 

-Germain KOUASSI, Le phénomène de l'appropriation linguistique et esthétique en littérature africaine de langue française : le cas des écrivains ivoiriens : Dadie, Kourouma et Adiaffi, préface de Landry Komenan A., Publibook.com, Paris, avril 2007

 

-Jacques MARTINEAU, 100 romans québécois qu'il faut lire, Nota Bene, NB Poche, Québec, avril 2007

 

-Patrice BRASSEUR, Georges Daniel VÉRONIQUE (dir.), Mondes créoles et francophones : mélanges offerts à Robert Chaudenson, L’Harmattan, Paris, avril 2007

 

Nous retiendrons les sorties en édition de poche de Comment devenir un monstre de Jean BARBE, Partir de Tahar BEN JELLOUN, Le dehors et le dedans de Nicolas BOUVIER, Dée de Michael DELISLE, Qui se souvient de la mer ? préfacé par Mourad Djebel de Mohammed DIB, Portrait du décolonisé arabo-musulman et de quelques autres d’Albert MEMMI, Maigret s'amuse de Georges SIMENON et Un désir fou de danser d’Elie WIESEL.

 

Informations recueillies et présentées par Circé Krouch-Guilhem

Par La plume francophone - Publié dans : Chronique/ Editions
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