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Dossier n°32 : Exotisme

Le mythe hamite dans la fiction exotique sur le Rwanda

Par Zakaria Soumare

 

 

Le Rwanda a été victime en 1994 d’un génocide qui a fait en seulement trois mois près d’un million de victimes, principalement des Tutsi. Ce génocide est le fruit d’un long processus de diabolisation, de marginalisation et d’exclusion des Tutsi, processus qui, de 1958 à 1994, a largement contribué à la mise en place de la machine génocidaire. Mais aussi ce génocide trouve ses racines dans les mythes et les clichés inventés par les anthropologues et les romanciers exotiques en mal de reconnaissance.

 

Il s’agit ici, dans un premier temps, de souligner le mythe du Nègre dans l’imaginaire occidental, et dans un second, on tentera de déterminer le rôle que le mythe et les clichés littéraires ont joué dans le drame génocidaire rwandais à travers, principalement, les œuvres de Paul Del Perugia et d’Omer Marchal qui, reprenant les idées développées par les anthropologues, ont largement contribué à véhiculer la supériorité du Tutsi sur les autres composantes sociales. Ce qui, dès le lendemain de l’indépendance du pays, allait accentuer les tensions entre Tutsi et Hutu.

 

Le mythe du nègre dans l’imaginaire occidental

 

Le mythe de l’Afrique s’est structuré très lentement pendant plusieurs siècles pour atteindre sa maturité au cours du premier tiers du XXe siècle, sa maturité coïncidant […] avec l’apogée de la colonisation. […] Les Européens se représentaient la terre d’Afrique comme le continent mystérieux et effrayant […] qui faisait naître dans les esprits toutes sortes de fantasmes et de chimères.[1]  

 

              L’Afrique et les Africains ont ainsi fait l’objet pendant plusieurs décennies d’une représentation mythique dans l’imaginaire des écrivains occidentaux en mal d’exotisme et d’aventure. De la littérature exotique à la littérature coloniale, à la fin du XIXe siècle et au début du siècle suivant, les textes romanesques, les récits de voyage et les comptes-rendus de missions sont légion. Dans ces récits, le continent africain et ses habitants sont passés au peigne fin, et font l’objet de discours exotiques et fantaisistes dont l’objectif principal était d’informer le public européen sur le mode de vie des peuples « barbares » et « primitifs ». Ainsi se crée le mythe du Nègre sauvage.

 

La plupart des mythes […] modernes […] trouvent leur origine à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. L’industrialisation de l’Occident, doublée d’un scientisme tentaculaire, a alors pour conséquence le triomphe de l’ethnocentrisme d’hommes blancs, conquérants et réfractaires au principe de l’égalité de tous les hommes devant Dieu.[2] 

 

Ainsi, de même que les anthropologues ont développé au début de la pénétration coloniale en Afrique des mythes autour de la supériorité de certaines ethnies sur d’autres, les écrivains exotiques et coloniaux ont repris à leur compte ces mythes pour faire découvrir les peuples africains et l’Afrique au public européen.

 Les clichés et les stéréotypes[3]sur l’image du Nègre dans la représentation littéraire occidentale ne datent, par ailleurs, pas du XIXe ou du XXe siècle. Au Moyen-âge déjà,  le Noir était représenté de façon négative dans l’imaginaire européen. La couleur noire évoquait «  la nuit, tout ce qui est souterrain, du monde des enfers. » On n’hésitait pas à faire appel à la religion pour justifier la malédiction des Noirs. Pour les auteurs ayant développé une réflexion sur la théorie de la  malédiction des Noirs,

 

le christianisme assimile la couleur noire au péché, à la tentation, au démon. Elle devient un pôle d’une analyse de l’univers, en noir et blanc où évidemment Dieu est blanc, et où le diable va être représenté sous une forme noire.[4]

 

Ainsi, la conception que l’on avait du Noir et de sa peau semble trouve ses origines dans la religion. Le Noir est donc négatif au Moyen-âge. Étant frappé par la malédiction divine, il est considéré comme nuisible à l’humanité. Ainsi est née l’idée de la malédiction de Cham : 

 

Le christianisme, dans sa pointe extrême d’analyse malveillante, a donné, par l’intermédiaire de certaines exégèses, une justification théologique […] [à] la malédiction de Cham[5]

 

Les siècles suivants retiendront particulièrement cette imagerie négative du Noir qui associe la couleur de sa peau à la malédiction divine. La deuxième moitié du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle furent de ce fait marquants dans la représentation mythique du Nègre. Ces deux siècles correspondant au début des premières missions exploratrices européennes dans le continent africain, une imagerie populaire a été développée autour des peuples noirs. Dans les œuvres de fiction rendant compte de ces missions, « l’Afrique fut présentée comme un continent hostile, au climat insalubre et meurtrier que seuls supportent les nègres sauvages qui l’habitent. [6]»

Dans ces œuvres, en effet, le mythe concerne à la fois la géographie et les populations. Tandis que le continent noir est décrit comme invivable, ses habitants, eux, sont présentés comme sauvages.

 

Une des représentations courantes des Noirs […] c’est qu’ils sont, pour reprendre l’expression de René Caillié, « amis des réjouissances. ». D’une manière générale, dans les récits de voyage, les Nègres sont dépeints comme gais, aimant la musique et la danse.[7] 

 

Cette image du Nègre insouciant et danseur a été ancrée dans l’imaginaire populaire occidental durant plusieurs décennies. Certains auteurs de ces récits exotiques poussent plus loin les clichés et les stéréotypes. C’est le cas par exemple de l’explorateur français René Caillié (1799 -1838) qui, dans son ouvrage intitulé Voyage à Tombouctou  relatant son voyage en Afrique occidentale, trouve les membres du peuple mandingue : « naturellement paresseux, vindicatifs, très curieux, envieux, menteurs, importuns, avides, ignorants et superstitieux[8]. » Avec cet auteur, la description du Nègre mandingue prend des tournures plus négatives. Il n’est plus seulement présenté comme le sauvage qu’on vient « civiliser »,  mais il se voit attribuer d’autres qualificatifs, on ne peut plus négatifs, comme la paresse, l’envie, la curiosité, le mensonge et la superstition, etc.

D’autres auteurs, dans le même élan d’esprit que Caillié, ont développé les mêmes types de clichés et de  stéréotypes vis-à-vis du Noir :

 

L’idée selon laquelle les Nègres sont indolents et paresseux est […] courante chez les habitants blancs des côtes et se reflète souvent les récits de voyage. Mollien par exemple trouve que l’oisiveté est en honneur dans les contrées qu’il a visitées. C’est ainsi, écrit-il, que les « nègres wolofs », une fois la récolte terminée, « restent pendant neuf mois couchés sur leurs nattes, et remplissent le temps par la conversation et par le précieux farniente.[9]

 

A la suite de René Caillié, donc, d’autres récits de voyage allaient prendre le relais. Dans ces récits, images et stéréotypes se succèdent pour donner une vision du Nègre au public occidental en mal d’exotisme. Dans son ouvrage intitulé Le Mythe du nègre dans la littérature française de 1800 à la deuxième guerre mondiale, Léon Fanoudh-Sierfer constate en effet qu’

 

au début du XXe siècle […] le thème du pays africain commence à s’épuiser […]. L’intérêt se tourne maintenant davantage vers la description des habitants, de leurs mœurs et des rapports sociaux.[10] 

 

Dans ces descriptions, les auteurs des récits de voyage se sont particulièrement attelés à relever la prétendue laideur du corps du Nègre, simiesque de son visage, etc. Tout ceci concourait, en effet, à justifier la mission civilisatrice en cours. Il fallait bien trouver une bonne raison permettant de justifier la colonisation. Et le meilleur moyen était de créer un mythe autour du personnage du Nègre « sauvage ». Ce mythe va contribuer à donner une image dévalorisante du Noir au public européen qui n’est pas bien informé de l’existence de peuples vivant à des milliers de kilomètres de l’Europe, considérée alors comme le centre du monde. Ainsi, comme dans la Grèce antique où tous les peuples vivant en dehors de ses frontières étaient considérés comme barbares, on avait affaire à une Europe qui se croyait investie d’une noble mission civilisatrice.

 

Le cas du Rwanda

 

Pour ce qui est du Rwanda, les clichés et les stéréotypes ne portent plus sur le Noir en tant que tel, mais sur le Tutsi, le Hutu et le Twa. Les écrivains exotiques, dont particulièrement Paul Del Perugia et Omer Marchal, ont écrit des ouvrages de fiction dans lesquels ils reprennent la prétendue supériorité du Tutsi sur les autres communautés rwandaises à leur propre compte.

Le Rwanda, comme la plupart des pays du continent africain, a fait l’objet de l’intérêt des écrivains occidentaux. Même s’ils furent moins nombreux qu’ailleurs, force est de constater que les œuvres qu’ils ont produites sur ce pays ont largement contribué au renforcement du mythe hamitique tutsi. Dans un article publié dans Les langages de la mémoire. Littérature, médias et génocide au Rwanda, Juvénal Ngorwanubusa constate que

 

Peu d’œuvres littéraires se sont inspirées du Rwanda pendant la colonisation et la tutelle. À part Saverio Naigiziki avec son œuvre fétiche Mes transes à trente ans, dont la première version est publiée dès 1950, ainsi que Marie Gervers avec Des Mille collines aux neuf volcans (1953) et Plaisir des parallèles (1958), il a fallu attendre les pogromes de la décolonisation et les années de l’immédiate après-indépendance pour que le Rwanda interpelle les écrivains belges […] comme Paul Del Perugia, que le hasard avait mis en contact  avec ce pays de rêve[11] » et Omer Marchal. La difficulté à laquelle le lecteur « est confronté » à la lecture des Derniers Rois Mages de Paul Del  Perugia et Afrique, Afrique, d’Omer Marchal, « c’est d’en déceler l’appartenance générique. Les Derniers Rois Mages et Afrique, Afrique tiennent tantôt du mythe, tantôt du récit de vie, de la chronique ou de la nouvelle, et ils ont en commun de prétendre être à la fois des discours véridiques et des œuvres d’art. »[12]

 

Paul Del Perugia et Omer Marchal

 

Paul Del Perugia et Omer Marchal allaient donc produire des écrits reprenant les mythes et les légendes inventés par les anthropologues. Ces deux écrivains ont rivalisé de talent pour légitimer le mythe de la supériorité du Hamite-Tutsi afin de donner une forme d’explication au réel. Le premier, dans son texte intitulé Les Derniers Rois Mages[13], s’engage dans une sorte de justification de cette prétendue supériorité du Tutsi en se basant surtout sur les différentes étapes du peuplement du Rwanda et sur la description des traits somatiques caractérisant Tutsi, Hutu et Twa. Pour ce dernier, les premiers habitants du pays seraient les pygmées, les Twa, ensuite seraient venus les cultivateurs hutu et enfin les pasteurs tutsi qui ont su, selon lui, s’imposer par ruse et intelligence.

 

Paul Del Perugia prétend relater un voyage accompli au Rwanda après le 28 janvier 1961, date du coup d’État de Gitarama qui avait renversé la monarchie, et se propose de reconstituer les principes de gouvernement du royaume hamite disparu. Mais ce travail de mémoire l’embarque dans des considérations mythologiques et un romantisme « ethnologique » patent […] De quelle manière qu’on aborde les deux « romans » […] on est frappé par le retour redondant de thèmes qui nourrissent le mythe hamite […] Tous deux pratiquent à l’envi la magnification et l’angélisation du Tutsi, ainsi que la marginalisation et la diabolisation du Hutu et la déshumanisation du Twa.[14]

 

En effet, dès le « liminaire » du roman de Perugia, le lecteur a déjà une idée de la représentation de la composition de la société rwandaise. L’auteur s’engage dans une sorte d’explication préliminaire consistant à préparer le terrain au lecteur : « la civilisation rwandaise décrite dans ce livre n’existe plus. Les hamites ont été pourchassés sur le grand plateau, ou exilés dans les Etats voisins pour n’être point massacrés sur place.[15] »

Dans ce passage, le temps du récit et celui de l’histoire  se situent dans une période correspondant au lendemain de l’indépendance du Rwanda, suivie des pogroms, des massacres et de la migration des Tutsi vers les pays voisins pour échapper à leur mort programmée. Cependant, ailleurs dans le roman, ces temps renvoient à une période antérieure correspondant aux différentes étapes du peuplement du pays des mille collines. Cet extrait confirme à la fois le mythe hamite inventé par les anthropologues et l’engrenage de la violence contre la communauté tutsi dès 1959, date de la « révolution des Bahutus ».

Paul Del Perugia s’inscrit donc dans la droite ligne tracée par ses prédécesseurs. Il soutient l’hypothèse selon laquelle les Tutsi sont venus d’ailleurs : 

 

encaissé dans ce sol lunaire, le cordon fluvial [le Nil] fut l’axe d’odyssées incroyables que réussirent les explorateurs de l’ancienne Egypte, les marchands, et, finalement, les grandes races de pasteurs hamites qui parvinrent un jour, avec leurs troupeaux, sur les hauts plateaux de l’Ouganda et de là poussèrent jusqu’aux sommets rwandais. [16] 

 

Après leur migration et leur installation dans la région des  Grands lacs africains, les hamites, par la ruse et la violence, auraient réussi à s’imposer sur les autochtones. Paul Del Perugia précise, en effet, que

 

les hamites ne réussirent à implanter leur civilisation au cœur de l’Afrique qu’après d’immenses efforts et concessions […]. Comme dans nos civilisations, elle mélange au ciment de ses constructions le sang, la violence, l’inégalité sociale, l’égoïsme forcené qui dévore les possédants.[17] 

 

Après ce constat, Perugia procède, à la manière des anthropologues et des explorateurs occidentaux au début de la colonisation, à une classification en trois étapes de la population rwandaise. Il distingue trois « races » :

 

Dans l’étroit nid d’aigle, trois races campent, caractérisées au premier regard par des dissemblances étonnantes : le pygmée – myrmidon – mesure 1,5m, le Bantou 1,67, et le Hamite dépasse parfois 2 mde haut. Les différences de mentalité entre chaque groupe apparaissent plus irréductibles par les tailles. L’habitat, les mœurs, la spécialisation des productions s’inscrivent sur des cartes distinctes.[18] 

 

Ailleurs dans son texte, Perugia se contente de souligner les différentes étapes historiques du peuplement du Rwanda : 

 

Le pygmée – l’homme à l’Arc – représente naturellement le Ruandais (sic) le plus ancien, le véritable autochtone […] Aucun racisme n’est plus haïssable que celui des Bantous qui, les ayant dépossédés par la violence, se justifièrent en transformant les vaincus en paria méprisables.[19]  

     

Dans un premier temps donc, l’auteur ébauche un portrait dualiste de la société rwandaise en termes d’autochtonie et d’allochtonie. Les pygmées seraient les tout premiers habitants du Rwanda, à la fois légitimes et victimes d’un peuple conquérant, en l’occurrence le peuple bantou. Ensuite, l’auteur passe d’une description dualiste du peuplement du Rwanda à une description tripartite où le Tutsi s’ajoute à la liste comme le dernier occupant. Ainsi, après le pygmée et le bantou :

 

Le hamite – l’homme au bâton pastoral – […] à la fin du XIIe siècle, [arrive dans] la zone interlacustre. Bien qu’en petit nombre, il représenta aussitôt l’élément unificateur du plateau. L’apparition de ces pasteurs, suivie d’un déferlement de bovidés, provoqua une immense révolution. La troisième race apportait une tradition étrangère qui organisa, sur des données politiques et sociales, la masse atone des Bantous. Par elle la civilisation taurine fut confrontée à celle du haricot. […] La finesse de leurs traits [….] leurs yeux expressifs, leur prestance magnifique, leur peau aux reflets rouges, tout rendait ces immigrants irréductibles aux Bantous.[20] 

     

D’emblée, pour Perugia, les choses sont claires. Le hamite, même s’il est le dernier occupant du lieu, est fait pour régner sur les autres. Par la grandeur de sa taille, la finesse de ses traits somatiques et de son intelligence, tout le désigne comme l’homme qu’il faut pour gouverner.

D’ailleurs, la description faite des traits des « trois races » semblent donner raison au jugement de l’auteur. La manière dont les pygmées sont présentés dans Les Derniers Rois mages leur enlève toute chance de diriger les autres « races ».

 

Ce sont des petits hommes aux traits lourds et grossiers […] Leur musculature [est à la fois] saillante [et] disproportionnée à leur squelette puéril, [et] en fait des marcheurs infatigables, […], et se nourrissant […] de la chasse, de la cueillette et du miel sauvage et se vêtent […] de pagnes et de ficus tissés. Leurs pauvres villages paléolithiques se cachent à l’écart des chemins, dans les clairières[21]

     

Ils sont dès lors condamnés à être toujours gouvernés.

Et le Bantou, lui, est perçu comme l’homme

 

À la houe, le paysan prosaïque, madré, et souvent sans pitié que l’on aperçoit sur les collines, sarclant flegmatiquement ses haricots ou ses patates douces. Des migrations venues des plaines torrides environnantes les lancèrent à l’assaut des terres fraiches.[22] 

     

Tandis que le Hamite a su s’imposer par la ruse en créant un mystère autour de l’animal qui lui serait le plus cher : la vache. Il a su gagner la confiance des premiers occupants en leur proposant « une "définition" de la philosophie de Dieu et de l’homme », comme le précise Paul Del Perugia,

 

la première habileté des Hamites fut de proposer aux Bantous une définition de l’homme. Dieu,

assurèrent-ils froidement, créa l’homme après avoir d’abord semé les plantes des Bantous à la surface de la terre, mais couronna son œuvre en introduisant ensuite le bétail hamite[23]

 

Cette philosophie est renforcée par le mythe religieux qui est, selon certains mythologues, à l’origine du règne des Hamites sur les Twa et les Bantous. Celui-ci raconte en effet qu’un jour :

 

Dieu convoqua un représentant de chaque race et lui confia la garde, pendant une journée, d’une jarre de lait. Le premier, donnant libre cours à sa goinfrerie, la but et engendra le pygmée ; le second, paresseux et incapable, se coucha près de la jarre et la renversa en dormant : il fut l’ancêtre des Bantous ; le troisième la remit noblement à Dieu et fut le père des hamites.[24] 

 

Dans une autre version le lait, confié par Gihanga, le père fondateur de la dynastie rwandaise, fut bu par le Gatwa et le Gahutu. Dans cette version, on raconte  que le père Gihanga avait trois fils. Un jour, alors qu’il sentait sa mort approcher, il convoqua expressément ses trois fils afin de choisir le chef de lignage benegihanga (les fils de Gihanga) en leur faisant passer une épreuve. Il aurait donc donné à chacun de ses trois enfants une jarre contenant du lait avec la recommandation de la rapporter le lendemain intacte. Au fur à mesure que la journée s’allonge, les garçons ont faim mais n’osent pas passer outre l’interdit. Finalement, Gahutu et Gatwa commencèrent à boire petit à petit la jarre. Et quand Gihanga se présenta le lendemain, il fut accueilli par le Gatutsi avec une jarre pleine de lait en lui disant : « j’ai gardé le lait pour que nous puissions le partager dès ton retour. »

Tout semble ainsi favoriser le peuple hamite. Les anthropologues et les écrivains exotiques ont rivalisé de talent pour justifier la supériorité du Tutsi sur les deux autres composantes de la société rwandaise. L’ancrage de l’idée de cette supériorité du hamite  dans l’imaginaire populaire rwandais allait accentuer plus tard les dissensions sociales, voire ethniques, entre Tutsi et Hutu. Ceci va nourrir chez le Hutu une haine viscérale du Tutsi, qui va être déterminante dans le processus qui a conduit au génocide de 1994.

Par ailleurs, de même que Paul Del Perugia, Omer Marchal, avec son ouvrage intitulé Afrique, Afrique[25], s’est inscrit dans la droite ligne des théories avancées par les anthropologues sur la prétendue supériorité des Hamites sur les pygmées et les Bantous. Dans ce texte, l’auteur évoque les différentes formes de la composition de la société rwandaise.

Cette composition, qui suit la démarche tripartite instaurée par les missionnaires et les anthropologues, divise le peuple rwandais en trois groupes ethniques. De même, les traits physiques, le mode de vie, les mœurs et les différentes étapes du peuplement du pays des mille collines furent soulignés d’une manière plus ou moins détaillée. À la lecture de ce roman, force est en effet de constater la ressemblance des points de vue des anthropologues, des missionnaires et des écrivains exotiques sur la question.

Dans Afrique, Afrique, Omer Marchal se propose de dégager les différences caractérisant chacun des groupes composant la structure sociale rwandaise. Ainsi, les Twa, considérés comme les premiers habitants du lieu, sont décrits comme : « de purs produits du sol, disant d’eux-mêmes qu’ils sont des enfants de la pierre sortis de la forêts de montagne au cœur sec voici dix mille ans[26]»

De ce fait, toutes les sources, qu’elles soient anthropologiques ou littéraires, convergent vers une même hypothèse donnant aux Twa une provenance forestière. Le lecteur est de fait en présence d’une œuvre où la fiction rejoint la réalité pour donner libre cours à l’imaginaire de l’auteur.

Ignorant les réalités africaines en général, et rwandaises en particulier, Omer Marchal a bien dû trouver une solution lui permettant de donner une explication « rationnelle » à la société rwandaise. Pour cela, il n’a pas pu résister aux stéréotypes en cours au moment de son arrivée au pays des mille collines. Son œuvre n’est rien d’autre qu’une reprise de ces  stéréotypes, tels qu’ils sont décrits sous les différentes formes déjà évoquées dans cette étude.

Sur ce dernier point, Afrique, Afrique d’Omer Marchal se contente de reprendre à son compte ce qui a déjà été dit par ses prédécesseurs :

 

 Les Bantous auraient été maudits par Dieu-Imana pour leur paresse, leur ancêtre s’étant montré incapable de garder intacte une jarre de lait qu’Imana avait confiée à sa garde. Ils auraient donc été institués race des esclaves des Tutsi .[27] 

 

Omer Marchal, comme Paul Del Perugia, justifie donc la soumission des Hutu par une décision divine les excluant de toute autorité. Dans Afrique, Afrique, comme dans Les Derniers Rois Mages, tout ce qui évoque le Hutu appartient au registre de la « petitesse », de la « bizarrerie » et du « mépris ».

            En définitive, le génocide des Tutsi rwandais a été une conséquence inévitable d’un processus de mise à l’écart, de marginalisation et de division sur la base des cliché et de stéréotypes qui, depuis l’époque coloniale avec les missionnaires, les anthropologues et les écrivains exotiques, ont contribué à diviser la société rwandaise en trois groupes ethniques. Cette division, qui favorisait dans un premier temps les Tutsi, a profité, dans un second temps, aux Hutu qui, sous prétexte de se venger de plusieurs décennies d’injustice, ont engagé une série de violence, de massacres qui, de la veille de l’indépendance du pays à 1994, a fait plusieurs milliers de victimes tutsi.

 



[1] Léon Fanoudh-Sierfer, Le mythe du nègre dans la littérature française de 1800 à la deuxième  guerre mondiale, Abidjan – Dakar, NEA, 1980, p. 207.

[2]Juvénal Ngorwanubusa, « Les descripteurs du mythe hamite dans Les Derniers Rois Mages de Paul Del Perugie et Afrique, Afrique d’Omer Marchal » in Les langages de la mémoire, op cit. p. 36.

[3]Dans son ouvrage intitulé Les idées reçues. Sémiologie du  stéréotype (Paris, Nathan, 1991, p. 9) Ruth Amossy note que « le stéréotype, c’est le prêt- à- porter de l’esprit […] Lorsque le journaliste américain Walter Lippmann a introduit le terme de « stéréotype » dans les sciences sociales en 1922, il l’a pittoresquement décrit comme une « image dans notre tête » […] Notre monde est meublé de représentations collectives à travers lesquelles nous appréhendons la réalité quotidienne et faisons signifier le monde. »

[4]Jean Devise, « La représentation du noir au Moyen Age », Notre Librairie, N° 90 octobre –décembre 1987, p. 8-9.

[5]Jean Devise, ibid., p. 9.

[6] Idrissa Diakhité, « Les récits des voyages du XIXe siècle », Notre Librairie, op. cit.,  p. 51.

[7] Ibid, p. 55.

[8] René Caillié, Voyage à Tombouctou, Paris, François Maspero, 1982, p. 31.

[9] Idrissa Diakhité, op. cit., p. 57.

[10] Léon Fanoudh-Sierfer, Le mythe du nègre dans la littérature française de 1800 à la  deuxième  guerremondiale, Abidjan – Dakar, NEA, 1980, p. 132.

[11] Juvénal Ngorwanubusa, « Les descripteurs du mythe hamite dans Les Derniers Rois Mages de Paul Del Perugia et Afrique, Afrique d’Omer Marchal », Les langages de la mémoire, p. 42.

[12] Juvénal NG, ibid., p. 44.

[13] Paris, éd. Phébus, 1978.

[14] Ibid., p. 44-45.

[15] Paul Del Perugia, Les Derniers Rois Mages, Paris, éd. Phébus, 1978, p. 14.

[16] Les Derniers Rois Mages,  p. 14.

[17] Ibid., p. 23.

[18] Derniers Rois Mages, op. cit., p. 24.

[19] Ibid., p. 24.

[20] Ibid.

[21] Ibid., p. 25-26.

[22] Ibid., p. 33.

[23] Ibid., p. 70.

[24] Ibid, p. 70.

[25] Omer Marchal, Afrique, Afrique, Paris, Fayard, 1983.

[26] Afrique, Afrique, p. 30.

[27] Ibid., p. 17.

Analyse


 

Jeunesse et exotisme : la construction profonde d’un imaginaire

 

Par Circé Krouch-Guilhem

 

 

Les écrits destinés à la jeunesse, à l’époque de la colonisation française, ont été un mode de diffusion important de l’idée coloniale et d’expression d’un imaginaire exotique surtout lorsqu’ils étaient accompagnés par l’image. Véhicule, support marquant qui peut amener l’enfant à se considérer autre qu’il est, le modeler, le hors-texte, en particulier l’iconographie, a fortiori à une époque où l’image reste rare, a sans conteste joué un rôle important. Concentrons-nous ici sur certains extraits issus de manuels scolaires publiés entre 1930-1962 dont le sujet, ou plutôt l’« objet » est l’Algérie.

 

Manuels scolaires et exotisme

 

Les manuels scolaires qui ont été et restent des éléments de pérennisation de l’ordre établi sont par conséquent très intéressants à aborder pour chercher et analyser toute trace d’exotisme .Leur analyse apparaît primordiale si l’on veut comprendre la persistance de cet imaginaire dans les esprits. Exotisme, altruisme, humanisme et vision solidaire sont autant de positions différentes qui ont été tenues par ces manuels qui offrent un certain système de représentations, une interprétation globale du monde à leurs jeunes lecteurs. Dans sa préface à l’ouvrage d’Edward Saïd, Tzvetan Todorov insiste sur ce fait : « le maître du discours [est] le maître tout court » car « le concept est la première arme dans la soumission d’autrui - car il le transforme en objet[1]. », après avoir démontré dans La Conquête de l’Amérique que la dénomination est un acte d’appropriation, une prise de possession.

 

L’exotisme est l’une des trois principales formes de rapport à l’autre (selon les catégorisations existantes) que l’on peut distinguer dans ces manuels, avec l’humanisme colonial et le romantisme algérien. Ces trois types de rapport ne sont d’ailleurs pas imperméables les uns aux autres, et ils se superposent souvent. Le roman colonial algérien d’expression française est plutôt postérieur, mais il a évidemment subi l’influence de la littérature exotique, son âge d’or selon Alain Calmes se situant entre 1895 et 1914[2]. Selon lui, la littérature coloniale algérienne d’expression française est une littérature autonome se distinguant à la fois de la littérature exotique et de la littérature française. Il la définit comme « un univers chargé de fureur et d’idéologie » et tente de montrer dans son ouvrage comme la littérature de l’occupant peut apporter un éclairage sur les rapports entre colonisateurs et colonisés. L’examen minutieux des textes révèle que le roman colonial n’est pas un bloc idéologique monolithique, mais bien au contraire qu’il est marqué par de fortes disparités idéologiques.

 

Extraits de manuels à la lumière de Lire l’exotisme[3] de Jean-Marc Moura : l’exemple de Fromentin

 

Dans Lire l’exotisme, Moura combine les approches théorique, historique et poétique pour définir et analyser les différents traits de l’exotisme, la rêverie du lointain faisant son unité, et propose à la fin de son ouvrage une anthologie commentée de ce qu’il considère être les principaux textes de l’exotisme. Son ouvrage nous paraît essentiel pour mieux repérer, saisir et analyser les diverses traces d’exotisme que nous pouvons trouver dans ces manuels. Il propose ainsi une étude en quatre parties selon une partition chronologique en trois périodes que sont le Moyen-âge, celle du XVIème au XIXème siècles, qui constitue selon lui l’âge d’or de l’exotisme, et le XXème siècle. L’examen synthétique de la notion lui permet de la définir : elle est « une rêverie qui s’attache à un espace lointain et se réalise dans une écriture », et de distinguer plusieurs inspirations exotiques, ainsi que de percevoir et donc d’analyser la variation considérable de ses formes et de lutter ainsi contre l’idée répandue que l’exotisme se borne à être un pittoresque de pacotille.

Il est intéressant alors de lire à la lumière de l’ouvrage de Jean-Marc Moura le texte de Fromentin, peintre, écrivain et critique d’art du XIXème siècle, extrait d’Un été dans le Sahara, 1857 figurant dans Notre Livre. Lectures pour le cours moyen des écoles nord-africaines d’Européens et d’indigènes de Miraton et d’Augé[4].

LA DIFFA

La chambre où nous mangions était toute petite, sans meubles, avec une cheminée française et des murs déjà dégradés, quoique la maison fût neuve. Il y avait du feu dans la cheminée; un tapis de tente trop grand pour la chambre et roulé contre un des murs, de manière à nous faire un dossier; pour tout éclairage, une bou­gie tenue par un domestique accroupi devant nous et faisant, dans une immobilité absolue, l'office de chandelier. Si simple que soit la salle à manger, si mal éclairé que soit le tapis qui sert de table, un repas arabe est toujours une affaire d'importance.

La diffa est le repas de l'hospitalité. La composition en est con­sacrée par l'usage.

D'abord un ou deux moutons rôtis entiers; on les apporte empalés dans de longues perches et tout frissonnants de graisse brûlante; il y a sur le tapis un immense plat de bois de la longueur d'un mouton; on dresse la broche comme un mât au milieu du plat; le porte-broche s'en empare à peu près comme d'une pelle à labourer, donne un coup de son talon sur le derrière du mouton et le fait glisser dans le plat. La bête a tout le corps balafré de longues entailles faites au couteau avant qu'on ne la mette au feu ; le maître de la maison arrache un premier lambeau et l'offre au plus considérable de ses hôtes. Le reste est l'affaire des convives.

Le mouton rôti est accompagné de galettes au beurre, feuilletées et servies chaudes; puis viennent des ragoûts, moitié mouton et moitié fruits secs, avec une sauce abondante, fortement assai-

 

 

 

LECTURES DE L'AFRIQUE DU NORD

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sonnée de poivre rouge. Enfin arrive le couscous, dans un vaste plat de bois reposant sur un pied en manière de coupe.

La boisson se compose d'eau, de lait doux, de lait aigre; le lait aigre semble préférable avec les aliments indigestes; le lait doux, avec les plus épicés.

On prend la viande avec les doigts; sans couteau, ni fourchette, on la déchire; pour la sauce, on se sert de cuillers de bois, et le plus souvent d'une seule qui fait le tour du plat. Le couscous se mange indifféremment, soit à la cuiller, soit avec les doigts; pourtant, il est mieux de le rouler de la main droite, d'en faire une boulette et de l'avaler au moyen d'un coup de pouce rapide, à peu près comme on lance une bille. L'usage est de prendre autour du plat, devant soi, et d'y faire chacun son trou.

E. fromentin. Un été dans le Sahara[5].

 

Fromentin nous apporte ici la conviction que l’exotisme est définitivement lié au thème fondamental du voyage ; « peinture de l’étranger[6] », il repose clairement sur une dialectique même/autre qui passe par l’usage des comparaisons entre les objets et pratiques « indigènes » et occidentales. Les comparaisons « comme d’une pelle à labourer », « comme on lance une bille », passent par un référent occidental pour décrire une réalité autre. Moura insiste sur la dimension picturale manifeste de l’exotisme, faisant de la « volonté de représentation, de mise en scène » son unité générale. En effet en transformant le visible en lisible, l’écrivain dans cet extrait rejoint le peintre, il réussit même à apporter au lecteur certaines odeurs de son tableau. Le texte de Fromentin répond à ce que Moura nomme une « vocation objectiviste[7] » : l’écrivain en s’effaçant devant le tableau qu’il décrit et en cherchant l’adéquation de son énoncé à la réalité lointaine tend à apporter à sa vision exotique une dimension réaliste. Car certains termes choisis pour leur violence donnent au texte qui se veut réaliste, de manière finalement relativement subtile, sa coloration exotique : « empalés », « balafré », « arraché », « déchire ». Ils sont des marqueurs exotiques puisqu’ils participent à distancier les deux civilisations en rapprochant les pratiques « indigènes » d’une certaine barbarie, qui fascine.

 

A la recherche du pittoresque : toponymie et anthroponymie comme exotismes.

 

Toponymie et anthroponymie peuvent être utilisées comme renforcements de pittoresque. Le lieu nommé, dans les manuels scolaires français de France, peut ne pas avoir de valeur informative, il est apparemment dysfonctionnel, et ainsi il ne peut prendre sens que par son exotisme même. Il « exhibe avec ostentation son altérité : son signifiant n’est là que pour ‘faire arabe’. Le désinvestissement sur le plan pratique est le corollaire d’un investissement massif ailleurs, dans la ‘couleur locale’. [Cette fois il n’est plus question d’enseigner un devoir-faire, mais] seulement de consommer les signes pour eux-mêmes, hors de toute efficience pratique[8] » et nombreux sont les exemples illustrant cette fonctionnalité. Moura[9] soutient d’ailleurs cette idée : le pittoresque des personnages souvent se résume à trois topiques, le plus superficiel mais peut-être le plus constant étant les noms et les langages des peuples lointains.

Les textes faisant référence à l’Algérie dans le manuel de lecture destinés aux écoliers français de Lucien Vasseur[10], semblent pouvoir faire l’objet d’une étude particulièrement intéressante. Dans ces textes les toponymes prolifèrent, et le pittoresque recherché se justifie de surcroît par une traversée, un parcours en avion du paysage : sorte de leçon de géographie dans le livre de lecture. En restant de ce fait lointaine, la description peut se permettre d’être relativement merveilleuse à travers le filtre de l’éloignement :

 

Dans un ciel très bleu, très pur, l’avion Flèche d’Azur s’envole de Tlemcen, le lendemain, vers Alger.

Peu de temps après avoir quitté Tlemcen, l’avion survole Sidi-Bel-Abbès. Les voyageurs aperçoivent cette grande ville, aux rues perpendiculaires comme celles d’une cité américaine. Autour d’elle, s’étalent d’immenses cultures de céréales, des olivettes et des vignobles. Piquant droit vers la mer, l’aéroplane se dirige sur Oran. Il survole la colline de Santa-Cruz surmontée de son vieux fort espagnol et passe au-dessus de la ville et du port. Les aviateurs aperçoivent, le long des quais, des rangées de fûts devant les entrepôts. Des vapeurs et des croiseurs sont ancrés, à l’abri dans la rade. De belles falaises rouges et grises s’étendent près des jetées. Mais bientôt le Marseille algérien, comme on appelle Oran, disparaît. La Flèche d’Azur vole parallèlement à la chaîne de l’Ouarsenis dont les pics aux dimensions colossales et aux formes étranges s’élèvent, majestueux. Ils font songer tantôt à la silhouette d’une cité féodale, tantôt aux gigantesques piliers d’une cathédrale, et leurs brèches profondes se colorent de bleu et de rose. Une forêt de cèdres aux troncs millénaires couvre les flancs de la montagne et, tout près, la méditerranée étale ses eaux d’un bleu violent[11].

 

Là encore, remarquons les comparaisons avec la cité féodale ou la cathédrale, elles ne sont pas anodines : on a l’impression que les descriptions ne peuvent se faire qu’en référence à ce que l’on connaît.

 

Ceci étant, l’absence de dénomination de l’homme ou du lieu lorsqu’il est d’Algérie (ou des colonies d’ailleurs de manière plus générale) peut aussi être caractéristique de l’exotisme. Cette absence peut marcher comme une stratégie de réification, de négation du sujet lorsqu’elle concerne l’indigène. L’indigène peut devenir ainsi objet du décor, inerte sous le regard du dominateur, et de ce fait il cesse d’être une conscience, une subjectivité menaçante, un autre « irrésorbable ».

L’absence de nom concernant le lieu permet un certain flottement géographique, spatial mais également temporel. Maingueneau, dans Les Livres d’écoles de la République[12] se livre ainsi à une interprétation d’un extrait de Fromentin, qui s’inclut dans son texte en tant que peintre, en se focalisant sur les dénominations spatiales, ou plus spécifiquement leur absence pour conclure sur la volonté de Fromentin à engager ainsi un « processus de déréalisation de l’objet Algérie », niant ainsi selon nous la dimension spatio-temporelle de l’Algérie.





[1] Edward W. SAÏD, L’Orientalisme, L’Orient créé par l’Occident, traduit de l’américain par Catherine Malamoud, préface de l’auteur, préface à l’édition française de Tzvetan Todorov, postface de l’auteur, Seuil, coll. « La couleur des idées », Paris, 2005 [1ère édition pour la traduction française, Seuil, 1980], 423 p., p. 8-9 [préface de Tzvetan Todorov]

[2] Alain CALMES, Le Roman colonial en Algérie avant 1914, L’Harmattan, Paris, 1984, 271 p.

[3] Jean-Marc MOURA, Lire l’exotisme, Dunod, Paris, 1992, 238 p.

[4] Henri MIRATON, Ch. AUGÉ, Notre Livre. Lectures pour le cours moyen des écoles nord-africaines d’Européens et d’indigènes, Avant-propos de M. Georges Hardy, recteur de l’Académie d’Alger, Paris, Delagrave, 1936, 248 p.

[5] Ibid., p. 148-149. Nous vous offrons ici une version respectant la mise en page initiale de l’extrait.

[6] Jean-Marc MOURA, op. cit., p. 4.

[7]Ibid, p.122.

[8] Dominique MAINGUENEAU, Les Livres d’écoles de la République, 1870-1914. Discours et idéologie, op. cit., p. 75.

[9] Jean-Marc MOURA, Lire l’exotisme, Dunod, Paris, 1992, 238 p.

[10] Lucien VASSEUR (directeur d’école), Enfants du XXème siècle, livre de lecture courante pour le cours moyen et supérieur, Certificat d’Études, illustrations de R.-G. Gautier, Librairie Hachette, Paris, 1935, 512 p.

[11] Ibid., p. 473.

[12] Dominique MAINGUENEAU, op. cit., p. 82 et suivantes.

Analyse

 

 

  une esthétique du Divers

 

Par Camille Bossuet

 

 

« Je ne l’ignore et ne le cache point : ce livre décevra le plus grand nombre. Malgré son titre, un peu compromis déjà, il y sera peu question de tropiques et de palmes, de cocotiers, aréquiers, goyaviers, fruits et fleurs inconnus ; de singes à face humaine et de nègre à façon de singe ; on n’éprouvera point de « grandes houles », ni d’odeurs, ni d’épices ; (…) On ne compte point déplorer des « incompréhensions », mais au contraire les louer à l’extrême. » (6 mai 1913, Tien-tsin.)

 

Nommer Victor Segalen dans le champ littéraire, c’est évoquer l’œuvre par un fragment : ce voyageur et médecin, musicien averti et linguiste, archéologue et calligraphe, fumeur d’opium, dessinateur, photographe, éditeur… est en effet d’abord reconnu comme sinologue, ethnologue… Et poète.

L’essai sur L’Exotisme n’a jamais dépassé le stade du projet. Sa publication tardive, en 1955, nous donne à lire ... Pour lire la suite de cet article sur notre nouveau blog, cliquer ici

 Tout public

 

Tzvetan Todorov : Réflexions sur l’exotisme

Par Virginie Brinker


Dans son essai Nous et les autres. La réflexion française sur la diversité humaine1, le chercheur d’origine bulgare, nous livre, dans la quatrième partie intitulée « L’exotique », sa réflexion personnelle - étayée par son étude riche et documentée de multiples auteurs - sur la notion d’exotisme.


Une subjectivité revendiquée


Il est bon en effet de se rapporter à la préface pour comprendre d’où l’auteur parle et quelle sera... Pour lire la suite de l'article sur notre nouveau blog, cliquer ici

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