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Présentation du blog

                                                                            Animés par une même p assion, nous sommes un groupe d'amis qui, étudiant à l'université les littératures francophones, avons voulu construire un espace d'analyse et de promotion des diverses créations artistiques francophones venues du monde entier, tout en y intégrant notre regard sur l'actualité.

Nous proposons, à travers ce blog, différentes rubriques enrichies, chaque mois, par un dossier thématique ou portant sur une personnalité francophone. Des indications en tête d'article vous informent sur les différents publics "Tout public" "Didactique" "Analyse" auxquels s'adressent les articles.

Nous espérons ainsi vous faire découvrir et surtout apprécier de nouveaux horizons culturels.

 

L'équipe du blog

Vendredi 2 novembre 2007



 
Immigration.jpg
« L’établissement public de la Porte Dorée - Cité nationale de l’histoire de l’immigration est chargé de rassembler, sauvegarder, mettre en valeur et rendre accessibles les éléments relatifs à l’histoire de l’immigration en France, notamment depuis le XIXe siècle et de contribuer ainsi à la reconnaissance des parcours d’intégration des populations immigrées dans la société française et de faire évoluer les regards et les mentalités sur l’immigration en France »

 http://rebellyon.info/article1650.html
 

La Cité de l’Immigration à trois voix…

 

                         Par Ali CHIBANI, Camille BOSSUET, Célia SADAI    

 

Sur une corde raide

Funambulesque. La mission de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration[1] semble inscrite dans l’hésitation, dans un jeu d’équilibriste. Manifestement, elle veut rendre compte de l’histoire des immigrés en France mais sans engager l’image de la France. En montant les marches vers l’exposition permanente, le visiteur de la Cité lit, entre autres textes, un extrait d’un article du Monde diplomatique qui dénonce une Europe renforçant son arsenal législatif afin de restreindre le nombre de réfugiés à accueillir sur son sol. Quelques instants plus tard, au cœur de l’exposition « Repères », un film réalisé par Olivier Jobard, raconte l’histoire de Kingsley[2]. Ce « jeune camerounais de 22 ans, peut-on lire, a traversé en toute illégalité l’Afrique subsaharienne (…) et [est entré] clandestinement aux Canaries. Aujourd’hui, il vit en France où il a obtenu une carte de séjour. ». Comme l’atteste l’actualité, des histoires d’immigrés clandestins qui se dénouent de manière aussi heureuse sont rares. La Cité est déjà entre deux directions : historique, pour la première, et célébration des immigrés et de la France terre d’accueil, pour la seconde. Deux choses qui, bien que non contradictoires, sont pour le moins inconciliables. Pour que la Cité soit, par « nécessité », « un instrument pour changer le regard sur l’immigration », ne faudrait-il pas, avant tout, changer le regard des Français sur eux-mêmes ?

Le Neutre       

Mais il est sans doute facile d’interroger. Car, en vérité, le projet tel qu’il est présenté est utile pour tous, et particulièrement pour les descendants des immigrés. Des descendants qui sont l’ultime acte de l’immigration pour intégrer son histoire dans l’histoire française. Ces enfants y trouveront donc leur histoire, souvent tue par les parents et absente des programmes scolaires, pendant que les législateurs nous font reculer vers les périodes les plus sombres de l’histoire mondiale. Dès lors, il n’est plus étonnant si la Cité, qui se veut « neutre », est engagée avant son inauguration contre le ministère de l’immigration et de l’identité nationale. En effet, huit chercheurs et historiens ont démissionné du Palais de la Porte dorée pour dénoncer les dérives politiciennes qui font des immigrés les boucs émissaires d’une France qui peine à avancer.

 

La carte postale

 

"Alger la Blanche'' est plutôt dans le bleu, un bleu de la brume de la mer et d'Alger, teintée aussi. Un poster qui ressemble à une carte postale. C. me montre là la reproduction d'une autre image, celle d'un foyer africain de Montreuil : l'espace y est aussi coupé en quatre. A l’énumération des lieux de la vie quotidienne immigrée répond la vision pleine de la perspective du départ : car l’image d'Alger fait la part belle au ciel et à la mer ; la ville, par le bas, par les cotés, est présente encore, mais va bientôt céder l'espace, se replier dans les marges.

La grande affiche multipliée forme un tas, et (nous), les visiteurs, piochons par le dessus: "Eh, c'est Alger!" une femme accroupie l'enroule, "Je ne sais pas ce que c'est, mais bon…"

 

Départs

 

La pièce est un peu sombre, nous sommes dans un bâtiment colossal. Déjà, découvrant cette place, l'arrivée au Palais de la Porte Dorée a retenu la perspective : l'eau qui dévale en cascade, bordée d'une haie de palmiers… Le bois de Vincennes en face, des panneaux de bois balisent le chemin et invitent par la citation à s'approcher du « nouveau » musée. Minerve dorée, symbole des arts, de l'industrie et de la guerre qui représente la France coloniale, la statue déplacée n'en est pas moins présente.  

Sur les écrans, une femme africaine, un jeune homme européen font simultanément leur valise. Ils sortent de l'écran, en reviennent chargés de nouvelles affaires, vêtements, livres ou objets. Les valises se ferment avec difficulté. L'homme en tee-shirt noir, la femme ajustant son tailleur ont un visage concentré. Cette simultanéité interpelle : qu'y a-t-il de commun dans le voyage de cet étudiant tchèque ou de cette femme sénégalaise ? La France, bien sûr…

 

Repères

 

Un "guide du Palais de la Porte Dorée", distribué aux visiteurs, rappelle l'histoire de ce bâtiment, édifié lors de l'Exposition Coloniale Internationale de 1931. Une chronologie montre en échelle graduée les successives transformations du musée, du « Musée permanent des colonies » en 1928 au « Musée nationale des Arts africains et océaniens » en 1971, avant l'ouverture, en 2007, d'une "Cite nationale", celle de l'histoire de l'immigration. Mais quelque chose ici se brouille: qu'y a-t-il de si logique? Où se glisse le point d'ancrage, le fil d'Ariane?

 

"La France et le monde", comme une leçon de géographie? "Identité nationale et immigration", en forme de dissertation ministérielle? "Sens d'une porosité des frontières"?

L'exposition permanente est "Repères". Tout public, interactive, ludique et précieuse d'objets, de témoignages, de données historiques, elle met en résonance des parcours individuels et une histoire collective, en même temps qu'elle revendique une « neutralité » : Point de problématisation hasardeuse, ni de questionnement politique. Plus encore, "Repères" ne semble pas volontaire pour dire explicitement son lien, le pourquoi de sa naissance en ce lieu.

 

 

Galerie de portraits 

 

Comment passer d’un visage muré dans les délits de faciès, à des traits enfin esthétisés, mis à l’honneur sous vitrine muséale ? Il s’agit d’habituer le regard aux visages de l’exclusion. Prendre le temps d’observer l’étrange étranger… qui finalement est le même. Le parcours est a priori initiatique : passer les épreuves de l’altérité et entrer dans les coulisses de l’immigration.

Une galerie circulaire expose des objets venus d’ailleurs, eux aussi intégrés au quotidien – cocorico. On y retrouve entre autres la couscoussière en Inox, celle qui faisait rire aux éclats les aficionados des sketches de Smaïn, dans les années 1980, quand l’Arabe était un Beur. Une table-vitrine raconte avec précision l’épopée du logement et convoque la question encore brûlante du toit et de la terre d’accueil – de l’hospes à l’hostis.

Passage en revue des « lieux » de mémoire : hôtels des marchands de sommeil, bidonvilles de Colombes ou Nanterre, naissance et métamorphose des grands ensembles – de la résidence H.L.M  à la Cité-dortoir… Pathos ou trivialité ? Une carte postale sous vitrine. Elle représente les foyers de la SONACOTRA – elle sera envoyée au pays, comme un indice de réussite. Pathos ou trivialité ? La Cité de l’immigration se contente de dire l’Histoire : n’oublions pas le rôle des historiens à l’origine du projet. Ainsi on apprend que la crise du logement de l’immigré fut liée à la méfiance de l’opinion publique, rétive à encourager des lieux d’action du FLN[3] sous l’Algérie française. Cette histoire d’immigration, c’est donc une Histoire de longue date.

 

Minos et Kronos

 

Pourtant, qu’est-ce qui lie ces « lieux » de mémoire : le palais des colonies, la Cité de l’immigration ? Quel lien entre des clichés humanistes de la Renault 21 break – oui, oui, avec la galerie chargée à craquer et prête à envoyer au pays – et le récit illustré des Trente Glorieuses (1945-1975), quand le travailleur immigré s’intègre au B.T.P.[4] On s’attend presque à croiser un balayeur empaillé, on le retrouve saisi sur toile par le peintre gabonais Cheri Samba.

De lien, donc… aucun. Un facteur de rupture : le temps. On reconnaît dès les dehors du musée des extraits des Murs, manifeste philosophico-politique des deux auteurs antillais Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, écrit en réaction aux lois en vigueur du gouvernement Fillon. Au cœur de l’actualité ou au creux de l’Histoire, Cité ou Musée ? A l’heure d’une crise des représentations, peut-on réellement inscrire la figure immigrée sous l’icône muséale ? Une question de temps, donc. Ainsi, dans l’édito du 10 Octobre 2007, le Monde évoque la Grande Absente de ce palimpseste historique : la colonisation, passée à la trappe de l’oubli : « Ce musée n’aura pleinement rempli son rôle que lorsqu’il cessera de l’occulter et saura inviter la société française à l’assumer ».

Une série de photographies de D. Darzacq, intitulée « La chute » (2006), saisit en plein saut danseurs de hip-hop et de capoeira. Clichés sur le fil qui montrent que tout est une question d’équilibre : la mémoire aussi. Les terminologies s’emmêlent : diaspora, exil, intégration… occultation, avalement et digestion…

 

À la fin de la visite, on sort satisfait d’avoir connu l’immigration qui réussit, la jeunesse souriante des banlieues. Mais rien sur l’immigration qui échoue et sur les jeunes qui se révoltent et, forcément, rien sur les causes de cet échec et de cette révolte. Neutre ? La Cité nationale de l’histoire et de l’immigration a ouvert ses portes en fête. Une fête partagée par seulement une partie de la France puisque aucun membre du gouvernement ne s’y est rendu. La France toujours divisée sur la définition de « l’étranger ». Installées dans deux Palais différentes, deux perceptions de l’immigré continuent à se battre. L’une, salutaire, peut être complète ou non jusqu’à un certain point, l’autre, meurtrière, est la plus abominable qui se puisse imaginer. La première est au Palais de la Porte dorée ; la seconde est à Matignon et au Palais Bourbon.



[1] Palais de la Porte Dorée. http://www.histoire-immigration.fr/ et pour l’histoire de sa création, voir : http://www.histoire-immigration.fr/index.php?lg=fr&nav=81&flash=0

[2] « Kingsley : carnet de route d’un immigré clandestin »

[3] Front de Libération National (algérien)

[4] Bâtiments et Travaux Publics

Par La plume francophone - Publié dans : Dossier n°19 : Chroniques automnales
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Jeudi 1 novembre 2007

Africolor Apkass, évocation sélective
Par Caroline Tricotelle
 

 


En ces rigueurs automnales à Paris, de pendules remises à l’heure, il est temps de songer à la festivité plus qu’à un hivernage solitaire. De la même façon que la recherche mène à la mobilisation, la musique mène à l’Afrique. On peut y aller fréquemment, tout dépend du chemin, même en musique. C’est comme la philosophie ou la distance, c’est ce qu’il faut démontrer ou parcourir. Des passerelles et des rencontres s’opèrent comme des mouvements. On peut ensuite parler de style ou d’appartenance et de famille sans plomber l’ambiance, puisqu’avant tout il y a un échange. Au moins un changement. En ce cas on peut trouver des liens, des repères et des portraits.

Du jazz au conteur, il y a le slam, la soul, la musique traditionnelle, le hip-hop, la poésie et bien visuel-apkass.jpg d’autres aspects encore à apprécier. Mais de novembre à décembre, précisément, au festival Africolor, c’est ce qui se tient dans la musique d’un artiste, Apkass, sans oublier ses bobines de court-métrage. Comme le festival Africolor[1] se poursuit et se déploie littéralement dans plusieurs lieux de manifestation, de Sevran à Clichy en passant par Bagnolet, c’est à Saint-Ouen que l’on aura l’occasion d’aller à une soirée le samedi 15 décembre à 19h00[2] à l’Espace 1789. Elle regroupe Apkass, (juste après sa projection de « Fangafrica », le documentaire sous forme de panorama du hip hop de l’Afrique de l’ouest par le collectif parisien Stay Calm), D’ de Kabal, Dgiz, Hélène Labarrière,  et Tata Pound. C’est du slam ou du hip hop tel qu’il se fait aujourd’hui en Afrique. C’est vaste, c’est certain mais en ce qui concerne plus particulièrement Apkass[3], c’est toute la palette sonore «  qui accompagne l’évolution de l’histoire », celle d’une parole ou d’un poème venant de Kinshasa ou de Paris, d’une « mélopée » qui forme un tout cohérent avec des idées fortes telles que la diaspora et la guerre, de clins d’œil aux Etats-Unis et au slam.


Place au texte et à l’écriture. Il s’agit, en l’occurrence, de relever le nom de Gil Scott-Heron, de David Dop, en même temps que le mot panafricain et soul. Apkass « conte à l’auditeur par le biais de la poésie »
[4]. C’est dire s’il est question de mots, d’images et de valeurs pour révéler l’Afrique. Pas de désillusion ni d’afropessimisme. Pas non plus de dérive raciste. Les images de la femme « ébène », du berceau et de la terre sonnent en même temps que la dignité collective. Les propos sont clairs. « Afrique, là d’où je suis »[5], « Fils impétueux, sèche tes larmes car l’Afrique repousse » comme la résistance et la fierté de se passer d’artifice, de décoloration, comme d’une post-colonisation affligeante. Le passé reste là, évidemment. Et le présent surtout. La Panafrique inaugurée en 1951 par Cheikh Anta Diop a donc fait des émules, pas d’ennemis et la colonisation est abordée en même temps que la dictature qui engendre des enfants-soldats. Reste aussi le souvenir du Soleil des Indépendances[6]. Quant à la « couleur musicale », c’est l’instrumentalité, toute Afrique « éclectique ». Congas, sax, n’goni, assortis dans la musique d’Apkass par Jr EakEe à la programmation du concert et basse batterie sur le CD. L’Afrique est une réalité devant laquelle se tiennent un tempo et une oralité. C’est un tout, pan, en grec. Panafricain. Ca ne groove pas, et ça ne semble jamais grave, mais ça sonne vraiment, en pleine conscience. 


Du retour aux racines, en multiples développements, c’est aussi les résonances tant surprenantes que fascinantes de l’africanité. Autre notion parfois tendance. Mais le fait qu’on en décèle en Argentine, ça force le respect. Nuance, histoire, conférence… A Sevran, le jeudi 6 décembre
[7], Monsieur Juan Carlos Cάceres nous offre tous les détails. Sachons seulement  que tango, ça vient de temps mort dans un certain dialecte africain. C’est gratuit en plus. Il faut pour finir relever certains projets audacieux : une soirée avec les poèmes de Rûmî et la musique soufi. Une autre gnawa. Et des voix merveilleuses. Il y a davantage de virtuoses que de musiciens dans ce festival. On peut dire que c’est la classe internationale. Ca quadrille[8] des Caraïbes à l’océan Indien, Mali, Abidjan, Ethiopie et beaucoup trop pour vouloir résumer. Avis aux curieux valeureux.[9]

  
 


[1] voici les références de tout le festival de cette année 2007,  http://www.africolor.com

[2] samedi 15 décembre 2007 à l’Espace 1789, 2/4 Alexandre Bachelet à Saint-Ouen

[3] en particulier sur son site http://www.apkass.com

[4] il s’agit d’une citation du texte d’Apkass sur son site

[5] c’est autant le titre d’une chanson de l’album qu’un extrait de parole.

[6] il est fait allusion au roman d’Amadou Kourouma, Le Soleil des indépendances, paru aux Editions du Seuil, collection Points, 1995

[7] à l’Espace François Mauriac de Sevran, à 19h30, au 51 avenue du Général Leclerc, et aussi sur le site d’Africolor  http://www.africolor.com/artiste-fiche.php?festival_id=20&artiste_id=57

[8] pour faire allusion à la danse britannique déformée aux Caraïbes donnant un genre de musique porté par le groupe Négoce et Signature le vendredi 7 décembre 2007 à 20h30 à Stains, l’Espace Paul Eluard, Place Marcel Pointet.

[9] Voir le site d’Africolor

Par La plume francophone - Publié dans : Dossier n°19 : Chroniques automnales
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Jeudi 1 novembre 2007

 

Beyrouth à Paris 
      par Lama Serhan

 

 

Beyrouth----Paris.gif C’est peut-être un cliché, voire une évidence, mais les sujets les plus usités enfantent souvent des chefs d’œuvre. Alors n’ayons pas peur des images d’Epinal : Paris est un lieu sans frontières. Je ne vous parle pas de la ligne 4 du métro, ni du 13ème arrondissement, ni de la possibilité d’acheter du chinois cacher au supermarché en bas de chez vous.

Ce à quoi je pense est la diversité indéniable des manifestations culturelles parisiennes. Dans le foisonnement offert se déroule une initiative intéressante mêlant poésie, performance théâtrale, lectures, musique, expositions de photos… Depuis cet été, et ce jusqu’en juin 2008, Beyrouth s’est invitée à Paris. Installée dans des lieux divers, elle étale son incroyable énergie créatrice. Aux médisants ne la voyant que sous les bombes, elle répond que là où la raison politique échoue, l’homme qui rêve raconte. Et à ceux qui reculent devant son lot de morts, elle leur fait entendre leurs propres souffrances à travers les histoires de Lina, Sawsan, Rabih… Et que d’histoires… Je ne vous en fais part que de deux, vous laissant ainsi le choix d’écouter, de voir, mais surtout de ressentir par vous-mêmes.

 

Au Tarmac, théâtre francophone se situant dans le parc de la Villette, Sawsan Bou Khaled a entrepris un voyage par le mouvement dans le monde des insectes. C’est Cryptobiose, ou sa propre définition de la métamorphose kafkaïenne.

Une scène délimitée par un carré de tissu, une valise, une femme. Une voix off livre des descriptions de phénomènes de mutation d’insectes aux noms que je vous avoue avoir oubliés… Mais le plus intéressant réside dans la transposition de ces faits à ce que cette femme subit. Dans une suite de gestes sur un fond sonore musical contemporain, la femme étreint un pantin, représentant son amant, qui soudain lui est arraché. Sa danse jusqu'à lors amoureuse mutera vers la folie. Car évidemment comment vivre sans son amour quand ce sont les circonstances extérieures qui l’ont fait disparaître. La seule échappatoire est la fuite, l’exil ou la mort. On passe de ces questionnements-là à des souvenirs de leurs amours passées. Tout cela ne passe pas véritablement par les mots. Ce n’est pas spécifiquement du théâtre, on peut plutôt parler de performance, et j’emprunte ce terme au vocabulaire anglais. La relation que je vois avec le texte kafkaïen est dans l’impossibilité d’être comprise ou entendue (elle chuchote, la voix off anone des textes aux limites du compréhensible) mais surtout dans la scène finale où on la voit devenir chenille, enroulée dans le tissu qui recouvrait le sol. Le tract distribué explicite l’enlèvement de l’homme comme reprise d’un événement historique (de nombreux libanais furent enlevés durant la guerre civile), mais nous pouvons y voir tout simplement les conséquences de l’arrachement de l’être aimé sur celui qui reste.

 

            Au Théâtre de la Cite Internationale, Lina Saneh accompagnée de son mari, Rabih Mroué, a présenté Appendice.

Elle est assise de profil. A quelques pas se trouve un pupitre face au public. Quand les spectateurs pénètrent dans la salle, Lina est déjà là. Rabih arrive, dossier à la main et se place derrière le pupitre. Suit alors un long texte dit et lu par Rabih seulement. Lina ne tourne la tête que quelques fois. Cependant toute la parole de Rabih est celle de Lina.

Il nous explique le désir de Lina d’être incinérée à sa mort. Mais elle se heurte à la loi de son pays dans lequel il est interdit de se faire incinérer. Un des amis de Lina lui apprend que dans certains hôpitaux, quand il y a ablation d’organes, ceux-ci peuvent être brûlés. Là est la clef. Elle envisage alors de se faire enlever organe par organe pour se faire brûler « petit à petit, à petit feu ». On passe par la description d’une séance de torture tirée des écrits de Deleuze à une remise en question juridique de l’acte. La seule solution possible face aux problèmes probables est de faire de cette extinction lente une performance artistique.

Vous avez compris, tout y passe. La critique est acerbe et provoque même des éclats de rire dans la salle. Le rire devient alors la réponse à l’absurdité de notre monde. Selon Lina Saneh « L’ambition de ce projet est de faire de mon corps un lieu de lutte, un champ de bataille entre promesses de liberté et de modernité (de tout Etat, au-delà de l’Etat Libanais) et les forces identitaires et communautaires qui, partout, veulent ériger leurs systèmes en modèles universels et, par suite, impératifs. Il s’agit de pouvoir discuter les tensions qui se jouent, sur l’espace d’un corps (et sa liberté), le langage de la Loi (et ses impératifs et qualications), le commerce moderne (et sa “monnaie” virtuelle), et l’art (et ses instances constituantes).»[1]

 

Pour la suite de la programmation je vous conseille vivement de faire un tour à la Maison de la poésie, du 13 au 24 novembre, "Les Belles étrangères"  avec Le Liban comme invité d’honneur, une soirée consacrée au grand poète libanais Abbas Baydoun.

Sinon portez aussi vos pas en 2008 vers ces différents lieux : au Tarmac de la Villette, février-mars (à préciser), y voir Archipel d’Issam Bou Khaled ; au Théâtre l’Atalante, mai-juin,  Le fou d’Omar  de Abla Farhoud, auteure québécoise, version scénique et mise en scène de Nabil El Azan ; ainsi qu’au Théâtre du Rond-Point, du 19 au 29 juin, Qu’elle aille au diable Meryl Streep de Rachid El Daif adapté par Mohamed Kacimi, dans une mise en scène de Nidal Al Achkar, directrice du Théâtre de la Ville de Beyrouth.

 

 

 

 

[1] Source Internet : http://www.parisetudiant.com/loisirs/evenement.php?ne=12873

Par La plume francophone - Publié dans : Dossier n°19 : Chroniques automnales
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