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Présentation du blog

                                                                            Animés par une même p assion, nous sommes un groupe d'amis qui, étudiant à l'université les littératures francophones, avons voulu construire un espace d'analyse et de promotion des diverses créations artistiques francophones venues du monde entier, tout en y intégrant notre regard sur l'actualité.

Nous proposons, à travers ce blog, différentes rubriques enrichies, chaque mois, par un dossier thématique ou portant sur une personnalité francophone. Des indications en tête d'article vous informent sur les différents publics "Tout public" "Didactique" "Analyse" auxquels s'adressent les articles.

Nous espérons ainsi vous faire découvrir et surtout apprécier de nouveaux horizons culturels.

 

L'équipe du blog

Mercredi 13 décembre 2006
Le Jeudi 7 décembre, l'association Tamazgha organisait pour l'ACLF et La Plume francophone une projection de l'entretien accordé par Kateb Yacine à Stéphane Gatti. Nous publions, ici, la présentation de l'écrivain ainsi que des analyses de ses écrits.
Par La plume francophone - Publié dans : Dossier spécial, Kateb Yacine
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Mercredi 13 décembre 2006


Analyse

KATEB YACINE, ÉCRIVAIN ENTRE DEUX LIGNÉES

 

 

                                                                                                                                        Il n'y a plus que moi, l'oiseau de mort,                                                                                                                                                       messager des ancêtres.

                                                                                                                                              Les Ancêtres redoublent de férocité 

 

C’est dans Cirta, l’une des plus vieilles villes numides, aujourd’hui nommée Constantine, que Kateb Yacine est né en 1929. Comme un certain nombre d’enfants algériens, il fait l’expérience de l’école coloniale mais après avoir connu l’école coranique. En 1945, il participe aux manifestations de Sétif où il est arrêté pour être emprisonné pendant quatre mois. Après un voyage en France, il rentre dans son pays natal et, en 1948, fait son entrée au quotidien Alger Républicain et y reste jusqu'en 1951 après quoi il travaille comme docker au port d’Alger.

 

Très jeune, il écrit un recueil de poèmes. En 1956, Nedjma[1] est publiée. C’est la révélation, l’œuvre qui fera de Kateb un écrivain précurseur dans la littérature maghrébine. Nedjma, l’œuvre en perpétuelle gestation, finira par mettre au monde, dix ans plus tard, Le Polygone étoilé[2], après des pièces de théâtre rassemblées dans Le Cercle des représailles[3] et parues en 1959. Son voyage au Viêt-Nam, en 1967, lui inspire une autre pièce de théâtre intitulée L’Homme aux sandales de caoutchouc[4]. Ecrire en Français ne suffit pas à Kateb Yacine. Pour s’adresser directement à son peuple, il se met à écrire en arabe algérien, des pièces de théâtre, qu’il fera traduire en tamazight, comme La Guerre de 2000 ans, pièce qui sera interdite de présentation par les autorités officielles en Kabylie. En 1986, alors que le Grand Prix national des Lettres lui fut attribué à Paris, Jacqueline Arnaud rassemblait ses textes publiés dans des revues ou des périodiques dans Kateb Yacine, L’œuvre en fragments[5]. Atteint d’une leucémie, Kateb Yacine décède à Grenoble le 28 octobre 1989.

 

La première préoccupation de Kateb Yacine, c’est l’Histoire de l’Algérie. Nedjma, Le Polygone étoilé ou encore Le Cercle des représailles sont des œuvres marquées par la circularité du temps évoqué par une mémoire malade. Pour ce qui est de la langue, ou disons des langues, Kateb Yacine s’approprie la langue française, qu’il ne quittera jamais, même quand il écrit en arabe, puisqu’il affirme écrire d’abord ses pièces en français, mais insiste sur l’idée que son français n’est pas nécessairement celui des métropolitains.

 

Partir à la quête d’une Histoire absente, introuvable, revient à prendre de gros risques, en particulier celui de se perdre dans le vide ou dans un labyrinthe des multiples violences. Kateb Yacine est conscient de la difficulté de son entreprise, de l’échec auquel elle est vouée, il entreprend alors l’écriture de cette impossible rencontre. Son œuvre se transforme en œuvre-cicatrice, preuve des millénaires d’enlisement d’une Nation qui n’a pas fini de naître. C’est une histoire en chantier « … sur les lieux du désastre. » (p. 121) Kateb ne fait que disposer les matériaux de sa construction. D’après Jacqueline Arnaud, il «… écrit son œuvre par fragments, par bourgeonnement, par reprise d’un même texte en plusieurs versions et variantes, de doubles identiques au départ et vite mouvants comme des dunes (…) aussi plausiblement enchaînés, mais avec suppression(s) et ajout(s)… » (p. 13-14) Finalement, l’auteur se noie dans la grandequantité des matériaux disposés, et disposés dans le désordre, ne livrant que le squelette de l’œuvre qui aurait dû être écrite à l’image de Rachid qui montre « … uniquement le squelette de l’homme puissant qu’il eût été en d’autres circonstances… » (p. 160)

   

Nedjma, c’est l’histoire d’une promesse impossible à tenir, histoire d’une « malédiction » autour de laquelle se rassemble le clan qu’elle menace pourtant : « … l’Afrique du Nord, la terre du soleil couchant qui vit naître, stérile et fatale, Nedjma, notre perte, la mauvaise étoile de notre clan. » (p. 178). Nedjma, « l’étoile » en arabe, récit ou monologue, nous ne le saurons jamais, l’auteur lui-même l’ignore, puisqu’en parlant de Rachid, il dit : « …[sa] voix devenait sourde – ni monologue ni récit – simple délivrance au sein du gouffre, et Rachid poursuivait à distance, dans l’attitude du conteur emporté par sa narration devant l’auditoire invisible… » (p. 178) Disons donc histoire émergeant d’une mémoire malade ou condamnée à tomber malade, d’une mémoire qui ne peut se dire que dans l’anarchie. Nedjma est aussi une histoire portée par une voix. Le rythme, lui, n’est jamais stable : « … nul horaire ne sera plus le mien, et mon sang dilapidé ne connaîtra jamais plus de norme, ni de débit. », s’écrie Mustapha dans Le Cadavre encerclé (p. 27). Tantôt haletant, tantôt retenu, fonçant, se brisant, s’élevant, s’effondrant, en réalité, Kateb n’a fait que transcrire une histoire jalonnée par des silences. Silences qui veulent couvrir l’inceste, qui veulent disculper des viols, mais aussi le silence poétique d’un peuple qui, dès l’ouverture de l’œuvre, vend son couteau à moitié prix pour gagner de quoi se saouler.  Mais ce silence n’est pas à négliger. Comme dans les œuvres orales, il fait partie de la musique. Il constitue l’âme des mots ; il est le sang qui fait battre le cœur des palabres.

 

Le silence se présente aussi comme ultime recours pour couvrir l’absence d’Histoire :

   

Curieusement, écrit Beïda Chikhi dans Maghreb en texte, c’est en voulant colmater les brèches que le discours produit l’ellipse. C’est qu’après chaque retour en arrière pour combler le manque, le sujet se rend compte que l’objet récupéré n’est pas le bon. D’où ces moments enchevêtrés dus à l’accumulation lexicale, à la manipulation baroque des figures d’analogies, à l’amoncellement des associations surprenantes de verbes et d’adjectifs, qui correspondent à l’invasion des “faux objets manquants” et qui sous leur entassement ensevelissent, comme autant de résistances, le lieu de “la parole vraie”. 

 

            Le silence est ce qui fait avaler cette prolifération d’anachronies et d’achronies caractérisant les œuvres de Kateb Yacine. Ruptures, allers-retours dans les discours, à l’image de ces incessants va-et-vient entre Constantine – Cirta – et Bône – Hippone – entre le passé et le présent, entre Jugurtha, la légende collective, et Keblout, la légende familiale. Le temps est déstructuré, morcelé, insaisissable, et finit, avec l’assistance des matériaux disposés dans le chantier, par faire croire à une nouvelle possibilité d’être, une nouvelle possibilité de relancer l’Histoire sur de nouvelles voies et de finir la mise au monde la Nation. Car, l’inceste, le viol ou le meurtre, peuvent prendre la posture d’un secret, celui autour duquel communieront les deux communautés.

 

Silences en pointillés, matériaux disposés de manière pulsionnelle, histoire faite de bric et de broc, nous sommes ici en droit de nous interroger si l’impossibilité de mener l’histoire sur un tracé linéaire n’est pas le signe d’une inquiétude et d’une lutte : inquiétude de relancer l’Histoire sur son cercle, lutte contre ce temps cyclique qui condamne la tribu à ne jamais enfanter en paix :

 

Constantine et Bône, les deux cités qui dominaient l’ancienne Numidie aujourd’hui réduite en département français… Deux âmes en lutte pour la puissance abdiquée des Numides. Constantine luttant pour Cirta et Bône pour Hippone comme si l’enjeu du passé, figé dans une partie apparemment perdue, constituait l’unique épreuve pour les champions à venir : il suffit de remettre en avant les Ancêtres pour découvrir la phase triomphale, la clé de la victoire refusée à Jugurtha, le germe indestructible de la nation écartelée entre deux continents, de la Sublime Porte à l’Arc de triomphe, la vieille Numidie où se succèdent les descendants romains, la Numidie dont les cavaliers ne sont jamais revenus de l’abattoir, pas plus que ne sont revenus les corsaires qui barraient la route à Charles Quint…Ni les Numides ni les Barbaresques n’ont enfanté en paix dans leur patrie. Ils nous la laissent vierge dans un désert ennemi, tandis que se succèdent les colonisateurs, les prétendants sans titre et sans amour… (p. 165)

 

C’est à ce titre et par tous les mécanismes d’écritures cités que l’écriture katébienne se veut fondatrice du nouveau Nom. En effet, de Kateb Yacine à Nabile Farès, en passant par Mohammed Dib et Mouloud Mammeri, il semble que le remède au mal historique de l’Algérie, et de l’Afrique du Nord, soit simple dans le fond. Il suffit de retrouver le Nom perdu, le Nom fondateur. Pour re-trouver la cohésion, perdue ou jamais venue, du clan, il faut retrouver le premier Ancêtre en exil on ne sait où. Seul ce nom peut aider à rétablir « la chronologie du sang » (p. 92) bouleversée par les incestes et les adultères de Si Mokhtar et de bien d’autres personnages. Seul ce Nom pourra réunir les deux lignées en concurrence.

 


[1] Paris, Points, 1996 (1956 pour la 1ère édition).

[2] Paris, Points, 1997 (1967 pour la 1ère édition).

[3] Paris, Points, 1959.

[4] Paris, Points, 1970.

[5] Paris, Sindbad, 1986.

Par La plume francophone - Publié dans : Dossier spécial, Kateb Yacine
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Vendredi 8 décembre 2006

Analyse

 

La langue française et son double féminin

dans Le Polygone étoilé de Kateb Yacine

Par MARINE PIRIOU

 

 

 

 

               Emouvant et constructif, tels sont les adjectifs qui qualifient le mieux le documentaire filmique de Stéphane Gatti intitulé Kateb Yacine, un poète en trois langues[1]. Cet entretien réalisé peu de temps avant la disparition de Kateb nous donne en effet la chance de partager un moment privilégié, rythmé par la vivacité des propos de l’écrivain algérien sur l’histoire de son pays plurilingue et sa quête éperdue d’identité. Afin de poursuivre cette démarche de transmission de la parole katébienne, je souhaiterais à mon tour expliciter la problématique linguistique que révèle ses textes en exposant la relation ambiguë qu’il entretient avec la langue française et son double féminin dans son œuvre matricielle, Le Polygone étoilé[2] (1966).

 

Pour illustrer les conséquences dramatiques de l’histoire franco-algérienne sur le Moi de l’individu colonisé qu’il représente, Kateb introduit dans Le Polygone étoilé quelques séquences de rêveries autour des charmes d’une institutrice française, charmes en réalité trompeurs car vecteurs de l’acculturation dévastatrice venue de métropole. L’ultime scène de l’œuvre en demeure néanmoins la plus significative puisqu’elle témoigne du premier choc culturel ressenti par l’auteur, à l’âge de 7 ans, lors de sa rencontre avec le monde géopolitique colonial. D’une manière autobiographique, Kateb y décrit la naissance de son profond complexe psychologique, de son « exil intérieur » (p.181), engendré par le bouleversement traumatique de ses rapports avec sa mère, lui-même corrélat de l’enseignement occidental. Par peur d’une potentielle discrimination et de la souffrance qui en résulterait, son père le force en effet à intégrer une école française, « la gueule du loup » (p.181) comme il l’appelle métaphoriquement, qui l’obligera à refouler sa langue maternelle pour assimiler celle du colonisateur, le français, dont la parfaite maîtrise sera son seul espoir de pouvoir revenir un jour à son « point de départ » (p.180), à ses racines.  Pour Kateb, l’émergence de cette rupture et aliénation, qui lui fit perdre à la fois son lien intime avec sa mère et son langage au cours de son enfance, représente donc « le piège » (p.181) caractéristique des Temps Modernes. Ses dernières paroles en témoignent :

 

 

 Jamais je n’ai cessé, même aux jours de succès près de l’institutrice, de ressentir au fond de moi cette seconde rupture du lien ombilical, cet exil intérieur qui ne rapprochait plus l’écolier de sa mère que pour les arracher, chaque fois un peu plus, au murmure du sang, aux frémissements réprobateurs d’une langue bannie, secrètement, d’un même accord, aussitôt brisé que conclu… Ainsi avais-je perdu tout à la fois ma mère et son langage, les seuls trésors inaliénables – et pourtant aliénés ! (p.181-182) 


            Or selon Kateb, cet exemple de transmutation, à la fois affective et culturelle, justifie l’intervention ponctuelle des Ancêtres dans le texte afin de mettre en garde les autres personnages, leurs descendants, contre cette passion létale pour le verbe français conjugué au féminin. En effet, l’intrusion fantasmagorique de cette institutrice qui rappelle étrangement l’amante à la « beauté figée dans le secret » (p.20), c’est-à-dire Nedjma, présuppose la menace d’une rupture avec les origines ancestrales et « la disparition non seulement d’un sens mais de tout un système d’interprétation[3] ». Par amour, tout descendant pourrait donc se laisser dangereusement piéger par le discours de cette femme de lettres et de chair qui l’entraînerait ensuite vers un exil certain. Au milieu de la description d’un rêve traumatique, Kateb, ou l’un de ses doubles, interpelle d’ailleurs cette figure féminine, synonyme de déracinement : « Tu t’éloignais toujours dans la mer trouble, sur un fond violent. Un rêve dans un rêve » (p.20). La parole de l’amante, de cette Nedjma hors du réel, fantasmatique, s’en suit alors, renforçant l’idée d’une contemplation envoûtante : « Je t’offre mon corps en étoile de mer, mes yeux sombrés et le sel de ma langue » (p.20). Incarnation d’une tentation charnelle interdite, de la dépossession linguistique, et d’une rupture irrémédiable avec la terre maternelle, la séductrice est enfin présentée sous les traits sataniques d’une « sorcière » (p.21) qu’il faut fuir pour éviter le « dépeuplement » (p.21) en cours, et protéger de ce fait ce lien intime qui rattache l’individu à ses racines, à sa matrice originaire.

 

   

Cette prise de conscience de l’écrivain en tant qu’héritier d’une filiation ancestrale n’émanerait-elle pas du souvenir de « la langue inoubliable de l’origine[4] », fécondes des vertus inculquées par le Fondateur à ses descendants ? Selon les Ancêtres en effet, « toute passion se perd dans la sournoise anesthésie de nos créatures préférées […] » (p.18). La menace de la passion provient donc du bouleversement qu’elle engendre, à savoir le renversement de l’ordre des êtres devenus choses : du statut de possédant, on passe à celui de possédé. Ceci explique pourquoi le désir de maîtrise de la langue française exprimé par Kateb enfant induit inévitablement la perte de son lien privilégié avec sa propre culture maternelle.  Il voulait posséder cette langue étrangère pour pouvoir à la fois s’en jouer à sa guise et se libérer à travers elle ; il en fut au contraire profondément métamorphosé au point de se sentir emprisonné dans l’incertitude subjective, dans cette blessure qu’il ne cesse de décrire compulsivement tout au long du Polygone étoilé.

 

 

En conséquence, l’auteur décide de détruire l’emprise qu’exerce cette abstraction féminine sur lui. Il s’interroge cependant : « c’est le moment de retourner au désert, ai-je besoin de tant de force ? » (p.23). Cette question indique de nouveau la subsistance d’un doute dans l’esprit de Kateb, doute similaire à l’incertitude subjective que nous venons de définir et qui remet en cause sa volonté d’échapper à cette mystérieuse étrangère. Serait-il véritablement capable de résister à la tentation incarnée par cette femme, source à la fois de refoulement et de substitution linguistiques ? Il confesse malheureusement sa faiblesse : « un signe de toi et je reviens comme un cloporte » (p.23). L’apparition soudaine des ancêtres dans son discours lui redonne alors la force de proclamer ces adieux à l’amante, et par la même « de sortir de l’impasse du texte en tant que texte en français [5] », c’est-à-dire écrit dans l’alter lingua de l’intruse : « tu es chaleureuse et faite pour errer librement, nos ancêtres n’ayant jamais détourné leurs compagnes, comment t’offrirais-je de partir avec moi ? » (p.24). La délivrance se fait enfin par l’oubli douloureux du portrait de la femme, par l’éloignement et la disparition de son image envoûtante : « en larmes, je te vois m’arracher les images une à une, c’est une impression d’océans qui me ferment le bec. Je ne me souviens pas ! » (p.24). Pour Kateb, cette rupture passionnelle consommée ne constitue néanmoins qu’un prélude à un autre décrochage, à savoir l’exil, et non à un retour aux racines originaires dans le désert.

 

A l’enfermement que suggèrent la tradition ancestrale ou le régime colonial, Kateb préfère ainsi la liberté de l’errance dans l’entre-deux mondes linguistiques et culturels via « un surinvestissement conscient et/ou inconscient à la fois de l’enquête historique et de la quête esthétique [6] ». Il enrichit donc sa langue d’écriture, autrefois symbole du conquérant occidental, de son expérience d’exilé, d’être multiculturel, pour qu’elle devienne progressivement une langue émancipatrice, tournée vers l’avenir et non plus le passé. La transformation de cette langue française sous la plume de l’écrivain en fait alors un outil au service de la créolisation de l’œuvre katébienne, mais aussi de la construction d’un univers interculturel. En somme, à travers une écriture subjective et un genre unique car pluriel, Le Polygone étoilé déconstruit ou renverse les modèles, qu’ils soient occidentaux ou traditionnels. Les formes littéraires et les styles linguistiques de ce recueil sont en effet si différents qu’ils rappellent chacun des angles aigus du polygone, dépassant de facto la littérature pour laisser place au rayonnement de l’Algérie rêvée. En tant que matrice de la mosaïque d’écritures katébiennes, Le Polygone étoilé représente en définitif le masque symbolique de cette civilisation algérienne à bâtir ainsi que la persona de ce fondateur de la littérature algérienne moderne de langue française qu’est Kateb Yacine lui-même.

 

 


[1] GATTI Stéphance, Kateb Yacine, un poète en trois langues, « La Parole Errante », Paris, 1994

 

[2] KATEB Yacine, Le Polygone étoilé, Paris, Ed. du Seuil, 1997

 

[3] CHIKHI Beïda, « L’interprète en sons et lumières », in Les Ecrivains francophones interprètes de l’histoire : Entre filiation et dissidence, collectif sous la dir. de B. Chikhi et M. Quaghebeur, Bruxelles, Ed. P.I.E. Peter Lang, 2006, Loc. cit., p.372

 

[4] Id., Introduction du collectif, p.12

 

[5] LAROUSSI Farid, « Le principe d’incertitude chez Kateb Yacine », in Expressions maghrébines : Qu’est-ce qu’un auteur maghrébin ?, revue de la C.I.C.L.I.M., Florida State University, Ed. Winthrop-King Institute for Contemporary French and Francophone Studies, vol.1, n°1, été 2002, Loc. cit., p.105  

 

[6] CHIKHI Beïda, « L’interprète en sons et lumières », p.380

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