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13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 21:29

  L’odyssée d’un “Homme hybride... 

        Par  Marie-Noëlle RECOQUE

9782843373244


 

A Orly, dans la salle d’embarquement pour Alger, le narrateur observe avec une certaine distance les familles maghrébines qui l’entourent. Dans l’avion, à travers le hublot, il contemple les paysages du pays qui est le sien : la France. Arrivé à destination, il frémit à l’idée d’être mal accueilli à la douane. Tout se passe bien. Le voilà dans « un monde fait d’hommes laborieux, de femmes soumises, un monde fait d’âmes fortes et de faiblesses courageuses, le monde de ses ancêtres. … »

 

Ce retour aux origines prend la tournure d’un voyage initiatique effectué dans une atmosphère étrange. Ainsi, en pleine rue, le narrateur est pris en amitié par un jeune violoniste surnommé Mozart, qui l’accueille dans sa maison. Notre héros, découvre peu à peu le pays qui fut celui de ses parents autrefois, avec ses richesses, ses meurtrissures et ses drames. Mozart se confie : il est l’enfant de la violence, celle du viol commis par un soldat français sur sa mère, une jeune fille touareg que son père refusa de tuer pour effacer la souillure, et dont le grand-père était mort en 14, au Chemin des Dames. Il raconte aussi le départ des hommes de la famille pour la France. Esclaves modernes des chaînes de montage dans les usines d’automobiles, ils vécurent loin des leurs, une vie d’exil et de frustration :

 

    Ses oncles et son aïeul changeaient physiquement d’une année sur l’autre. Ils avaient l’air de se voûter à mesure qu’ils perdaient leur entrain, et la joie d’être rentrés chez eux laissait place à de longs moments de silence et de prostration. Qu’avaient-ils découvert là-haut, dans ce pays de froid ? Etaient-ils pressés de repartir loin des leurs ? Ces grands caravaniers avaient-ils donc perdu le chemin pourtant tracé par les étoiles bienveillantes qui les  avaient si souvent ramenés à bon port ? Avaient-ils perdu leur orient ?

 

Douleurs encore vives! Le narrateur souffre aussi, d’un amour perdu à jamais ; c’est sans doute la raison de sa fuite soudaine vers un ailleurs qui l’appelle secrètement. Les deux hommes communient dans la compassion qu’ils ressentent l’un pour l’autre, au-delà de leur altérité. Le voyageur se retourne sur son passé de Français bon teint, forgé par la volonté d’un père immigré algérien amoureux de Voltaire et de Balzac. Il se souvient de la stratégie déployée dans l’enfance pour plaire à sa famille, tout en ne faisant pas figure de traître aux yeux des enfants arabes du quartier. Pas question de s’acoquiner ouvertement avec les Gaulois, quitte à devoir prouver sa loyauté envers les congénères par une participation active à quelques expéditions douteuses. Un enfant placé devant un dilemme que les adultes, eux-mêmes, parvenaient mal à transcender: fallait-il résister ou s’intégrer?

 

   Mon principal souci était de ne pas me faire repérer par l’un ou l’autre camp. J’étais un agent double. Mais voilà, que choisir ? La résistance ou la collaboration ? Devais-je être fellaga ou harki ?

 

Parvenu à l’âge adulte, il se croit finalement oublieux de ses origines. Son séjour en Algérie le révèlera à lui-même ; il sait maintenant qu’il peut se réclamer de toutes les cultures, de toutes les histoires qui ont fait de lui ce qu’il est : un homme parmi les hommes. Par petites touches, et dans une langue légère, parfois évanescente, l’auteur tisse un patchwork narratif fait de rencontres, d’expériences, de réflexions, d’anecdotes signifiantes et d’interrogations.

 

       Que suis-je venu faire dans ce désert qui ne saura jamais me raconter autre chose que sa dernière tempête ? Ils le disent tous ici : le vent des sables emporte même les souvenirs. Rien, je ne trouverai rien sur mes ancêtres, si ce n’est ce que la légende raconte depuis toujours. Ils ont débarqué d’un bateau échoué, chargé d’étoffes et d’épices, l’étrave muée en soc corrodé pour tenter de dompter une glèbe ignée, pleine d’imprécations et de cailloux stériles.

 

L’atmosphère dans laquelle baigne le récit est parfois irréelle, comme dans un conte. Cependant les thèmes développés sont de notre temps : méditation sur l’immigration, les racines, les séquelles de l’histoire, l’identité, la mémoire… Ce roman nous parle.

 

 Nor Eddine Boudjedia, Little Big Bougnoule, Paris, Editions Anne Carrière, 2005, p133.

 Ibid. p.38.

 Ibid. p.60.

 Ibid. p93.

 Ibid. p.136.

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Published by La plume francophone - dans Coups de cœur
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