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22 mars 2007 4 22 /03 /mars /2007 01:13

Théâtre : Instantané de Willy Protagoras enfermé dans les toilettes[1], mise en scène par Magali Leiris

 

Magali Leiris est metteur en scène et comédienne. Elle rencontre Wajdi Mouawad lors d’ateliers au théâtre 71 à Malakoff. Elle décide alors de mettre en scène en 2004 une de ses pièces, Littoral, qui a reçu l’approbation de la critique ainsi que du public. Elle lui demande alors de lui envoyer tous les textes qu’il a pu écrire jusqu'à présent. Sa lecture s’arrête sur Willy Protagoras enfermé dans les toilettes. Cette pièce contient toute la fragilité de l’écriture de Wajdi Mouawad étant donné que c’est sa première pièce écrite à seulement 20 ans : toute la rage de la jeunesse y est inscrite.  L’espace d’écriture se compose d’un immeuble et plus particulièrement du plus bel appartement qui s’y situe, celui qui a une fenêtre qui donne sur la mer. C’est celui des Protagoras. Cette famille a décidé d’en accueillir une autre, les Philisti-Ralestine. Après une période d’entente, que nous n’avons pas l’occasion de voir, naît la discorde sous le signe du partage des lieux, notamment de la fameuse fenêtre. La pièce débute sur les commérages des voisins concernant le départ d’une des résidentes de l’appartement, Nelly Protagoras, la fille Protagoras. Celle-ci excédée par la tournure des événements décide de fuir loin de ces conflits dans un lieu où elle pourra étudier en paix. Son frère, Willy Protagoras, jeune peintre frustré de cette situation, suite à une altercation avec le pater de la famille Philisti-Ralestine, s’enferme dans les toilettes. Cette action a un but clairement affiché, celui de « faire chier » les habitants de l’immeuble. Commence alors un pourparler magistral fait de coups bas et d’expropriation de lieux orchestré par la figure du notaire Maxime Louisaire. Celui-ci est par ailleurs accompagné de la pléthore de voisins. Je ne révélerai pas ici la fin de la pièce pour que vous ayez l’occasion de la découvrir par vous-mêmes. Ce billet n’ayant que ce but, secret ! 

 

Cette pièce apparaît comme une véritable métaphore du Liban déchiré par la guerre civile. La jeunesse s’enfuit, s’enferme, tiraillée par des considérations d’adultes incompréhensibles à ses yeux. Afin de servir cette pièce, Magali Leiris offre au regard du spectateur un plateau vide, sans décors mis à part, belle astuce, les paravents que les comédiens manipulent afin de transformer l’espace. Elle suit ainsi le désir de l’auteur dans le fait qu’il ne spécifie à aucun moment la concordance avec le Liban. Pas d’allusions à la guerre, pas de déchirements ethniques. Il faut tout de même souligner le fait que les textes de Wajdi Mouawad ont jusqu'à aujourd’hui bien évolué. Celui-ci est empreint de naivete absolue. Les fils y sont décelables.

Il y a une grande énergie sur scène. Les comédiens, parés de costumes ultra colorés, enchaînent les répliques. La musique est forte, les bruits d’orages violents (sorte d’intermèdes pouvant étrangement rappeler les bombes) et les rires fréquents. Parce que malgré la cruauté du sujet, on rit beaucoup. C’est un vrai spectacle auquel nous avons droit avec 18 comédiens sur scène. Et cela contrairement à l’habitude qu’à Wajdi Mouawad de donner plusieurs chapeaux à ces comédiens. Le fait qu’ils aient chacun un rôle attitré leur permet d’être totalement investis de leurs rôles.

Petit bémol tout de même, le metteur en scène n’a pas cherché à montrer la relation que le texte entretient avec ce qui touche au domaine scatologique. En effet le texte multiplie les allusions aux excréments qui se manifestent donc concrètement sur scène. Cette image de « merde » doit, à mes yeux, être pleinement présente, notamment au moment où Willy décide de peindre le visage de l’usurpateur en faisant de ses défécations son matériel de peinture. Magali Leiris utilise malheureusement de la peinture rouge. C’est ici un choix délibéré avec toute la liberté son rôle permet, mais je pense qu’il manque de profondeur et qu’il annule, ou du moins amenuise ainsi le choc que cela peut provoquer sur le spectateur. Alors même que l’allusion est dans le texte. Néanmoins on ne se perd pas dans l’intrigue, on ne s’ennuie pas, le spectacle dure deux heures juste le temps qu’il faut pour être emporté dans cet ailleurs qui surgit là, face à nous.

 

Elle est représentée au Théâtre Paul Eluard (Choisy-le-Roi) les 30 et 31 mars 2007, puis au Théâtre des Quartiers d’Ivry (Théâtre d’Ivry Antoine Vitez) du 23 avril au 20 mai 2007 enfin du 22 au 25 mai à la Comédie de Clermont (Clermont-Ferrand).

 

Bon spectacle !

 

 

                                                                                                            Lama SERHAN

 

 



[1] Editions Léméac /Actes sud, 2005.

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Published by La plume francophone - dans Cinéma-Théâtre-Musique-Peinture-BD
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