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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 20:50

 Tout public


Parcours d’un poète

Par Ali Chibani




 

Quand Waciny Laredj écrit : « … la parole pour Bencheikh n’est jamais acquise d’avance, c’est un constant défi1 », nous mesurons l’importance de l’autre « défi », celui que s’est imposé Christiane Chaulet Achour qui a voulu retracer le parcours d’un poète algérien dont l’œuvre est complexe. Jamel Eddine Bencheikh, « Une parole vive », ouvrage publié un an à peine après la mort de l’auteur algérien, a « …“recomposé” une sorte d’entretien avec [le poète] ». « Entretien “bricolé”, précise l’enseignante à l’université de Cergy-Pontoise, puisque nous avons extrait, dans des interviews, articles et ouvrages, inédits (…), les points forts de ses centres d’intérêts, de ses convictions et de ses analyses de nos sociétés2 ».

 

Dans ce « bricolage », on peut trouver, outre le cheminement du poète tout au long de sa carrière, ses rencontres et les événements marquants de sa vie, un long développement sur le rapport de l’écrivain francophone avec la poésie et la langue française, notamment son « abandon progressif du facile, du convenu, de l’imitatif, [son orientation vers] un travail intensif sur la langue [l]e conduisit à inventorier ses ressources, à mobiliser ses moyens. » Bencheikh conclut : « Je ne laissais plus mes poèmes n’être que des échos mais des espaces où se décide l’être3 ». Ce qui ressort le plus des extraits sélectionnés dans cet ouvrage, c’est la conception ontologique qu’a Bencheikh de sa poésie : « La poésie est la pratique d’une liberté ontologique. Elle mène en chaque poème, en chaque signification, une perturbation, une fitna diraient les Arabes, qui s’établit au cœur des codes et des rituels4 ». Cependant, il s’interdit d’inviter la théorie dans la poésie : « … érudition et poésie ne se tolèrent pas ; aucune n’admet l’intrusion de l’autre et chacune occupe le terrain dès qu’elle se lance. Il m’a fallu aménager cette schizophrénie réelle5 ».

 

L’ouvrage original que nous propose ici Christiane Chaulet Achour, bien qu’il soit court, s’intéresse à Bencheikh dans sa totalité de poète et universitaire parlant arabe et écrivant en français. L’engagement politique n’est pas ignoré puisqu’il est aussi question du positionnement de l’auteur de Cantate pour le pays des îles face à la montée de la violence dans son pays natal durant ces vingt dernières années.

1 Christiane Chaulet Achour, Jamel Eddine Bencheikh, « Une parole vive », préface de Waciny Laredj, dessins de Denis Martinez, éd. Chèvre-Feuille étoilée, Montpellier, 2006, 79 p., préface p. 12.

2 Ibid., p. 24.

3 Ibid., p. 42.

4 Ibid., p. 61.

5 Ibid., p. 43.

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Published by La plume francophone - dans Coups de cœur
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