Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : La Plume francophone
  • La Plume francophone
  • : La Plume francophone présente et analyse les littératures francophones à travers des études par auteurs et par thèmes.
  • Contact

La Plume Francophone

LPF 2

La Plume Francophone a changé d'hébergeur. Désormais, pour retrouver votre blog et découvrir ses nouveaux articles, veuillez cliquer ici.

 

L'équipe du blog

Devenez fan de notre page Facebook! LPF sur Facebook.

Recherche

Archives

1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 10:45

 Par Virginie Brinker



Dans cet essai paru en 2007 et réunissant 11 textes, l’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop entend « essayer de montrer quels mensonges se dissimulent sous tant de lieux communs proférés au sujet de l’Afrique », par les médias et des ouvrages prétendument spécialisés notamment.

 

             Dès l’introduction, l’auteur explique la place importante[1] accordée au génocide des Tutsi du Rwanda dans ce recueil en tant que symbole, par son traitement médiatique, des « manipulations destinées à mettre en évidence une prétendue culture de la violence et de la haine fratricide chez les Africains » ; Boubacar Boris Diop entend en effet fustiger et battre en brèche dans son ouvrage ce qu’il nomme « racisme anti-nègre » ou « négrophobie[2] », « si tranquille qu’elle n’arrive même plus à être consciente d’elle-même[3] » .

  Au-delà de l’explicitation pour le lecteur non informé du contexte de l’opération « Rwanda : écrire par devoir de mémoire » à laquelle il a participé, et de réflexions fort intéressantes sur les partis pris esthétiques à adopter, Boubacar Boris Diop nous livre une réflexion précieuse, dans le premier texte, sur la posture de l’écrivain africain :

Personne n’est aussi souvent rongé par le doute et le découragement que l’auteur africain. S’adressant dans une langue étrangère à un public de toute façon trop occupé à survivre pour avoir envie de lire ses livres, il est presque toujours persuadé d’avoir à hurler sa révolte dans le désert[4].

Et c’est bien de révolte qu’il s’agit. Révolte dans le deuxième texte contre le négationnisme du génocide des Tutsi du Rwanda, contre l’attitude des politiques français dans le troisième. L’ouvrage de Boubacar Boris Diop n’est pourtant pas un pamphlet, que la bonne (ou mauvaise ?) conscience française pourrait balayer pour cette raison d’un revers de main. L’auteur cite ses sources, ses raisonnements sont lucides et sans appel :

 Ce qui est en cause dans cette affaire, c’est moins le Rwanda, un pays minuscule et sans ressources stratégiques, que la place de la France sur le continent. Le cas de figure est simple : un Etat-client est attaqué par une guérilla anglophone, la seule chose importante est d’envoyer aux autres francophones le bon message de fermeté[5]

            Conscient que son travail s’apparente à un « exercice délicat et vain, sous la pression constante des urgences politiques[6] », l’écrivain africain ne saurait toutefois renoncer à sa révolte. Après un hommage à Cheikh Anta Diop, l’auteur de L’Afrique au-delà du miroir fustige la récente loi française sur l’immigration et la remet en perspective : « Prétendre obliger des centaines de millions de jeunes gens à végéter dans des pays que l’on continue par ailleurs à pressurer, c’est travailler à rendre le monde encore moins sûr qu’à l’heure actuelle[7] ».

            Dans le texte « Ecris…et tais-toi », l’on comprend à quel point l’expérience rwandaise de Boubacar Boris Diop et la « formidable leçon d’Histoire » qu’elle a occasionnée ont pu le marquer. Prenant viscéralement conscience que « la tragédie rwandaise (…) résulte en grande partie de la volonté du gouvernement français de préserver ses zones d’influence en Afrique noire[8] », l’auteur explique son choix raisonné d’écrire à présent également en wolof:

Notre aliénation est en vérité si profonde que le retour à soi-même demande du courage et un brin de folie. Mais celui qui ose cette aventure en est largement récompensé car – je le sais à présent – écrire dans sa langue maternelle fait éprouver des sensations absolument inouïes[9].

 

Plus qu’un essai, ou  recueil d’essais, L’Afrique au-delà du miroir nous paraît retracer le trajet et même la trajectoire d’un homme, depuis un événement traumatisant - le génocide des Tutsi du Rwanda - mais révélateur, jusqu’à son engagement culturel et philosophique d’aujourd’hui. Ce sont les réflexions et les émotions de cet homme qui guident le lecteur et lui permettent de comprendre certains enjeux culturels et politiques contemporains cruciaux.

Contre la tendance actuelle de certains écrivains qui ne se présentent plus comme des écrivains africains, Boubacar Boris Diop préfère en effet répondre qu’ « un artiste n’est rien et n’a rien à dire s’il n’accepte pas d’abord d’être lui-même[10] ».

 

 



[1] Boubacar Boris Diop, L’Afrique au-delà du miroir, Philippe Rey, 2007.

Dans cet ouvrage, l’auteur consacre 3 textes au Rwanda : « Génocide et devoir d’imaginaire », « Yolande Mukagasana :parler avec les tueurs », « Kigali-Paris : le monstre à deux têtes », réunis dans la première partie intitulée : « Rwanda, contre l’habitude du malheur ».

[2] Ibid., p. 15.

[3] Ibid., p. 41.

[4] Ibid., p. 28.

[5] Ibid., p. 68.

[6] Ibid., p. 28.

[7] Ibid., p. 147.

[8] Ibid., p. 168.

[9] Ibid., p. 170.

[10] Ibid., p. 208.

Partager cet article

Repost 0
Published by La plume francophone - dans Coups de cœur
commenter cet article

commentaires

Rubriques