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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 23:20

 

Beyrouth à Paris 
      par Lama Serhan

 

 

Beyrouth----Paris.gifC’est peut-être un cliché, voire une évidence, mais les sujets les plus usités enfantent souvent des chefs d’œuvre. Alors n’ayons pas peur des images d’Epinal : Paris est un lieu sans frontières. Je ne vous parle pas de la ligne 4 du métro, ni du 13ème arrondissement, ni de la possibilité d’acheter du chinois cacher au supermarché en bas de chez vous.

Ce à quoi je pense est la diversité indéniable des manifestations culturelles parisiennes. Dans le foisonnement offert se déroule une initiative intéressante mêlant poésie, performance théâtrale, lectures, musique, expositions de photos… Depuis cet été, et ce jusqu’en juin 2008, Beyrouth s’est invitée à Paris. Installée dans des lieux divers, elle étale son incroyable énergie créatrice. Aux médisants ne la voyant que sous les bombes, elle répond que là où la raison politique échoue, l’homme qui rêve raconte. Et à ceux qui reculent devant son lot de morts, elle leur fait entendre leurs propres souffrances à travers les histoires de Lina, Sawsan, Rabih… Et que d’histoires… Je ne vous en fais part que de deux, vous laissant ainsi le choix d’écouter, de voir, mais surtout de ressentir par vous-mêmes.

 

Au Tarmac, théâtre francophone se situant dans le parc de la Villette, Sawsan Bou Khaled a entrepris un voyage par le mouvement dans le monde des insectes. C’est Cryptobiose, ou sa propre définition de la métamorphose kafkaïenne.

Une scène délimitée par un carré de tissu, une valise, une femme. Une voix off livre des descriptions de phénomènes de mutation d’insectes aux noms que je vous avoue avoir oubliés… Mais le plus intéressant réside dans la transposition de ces faits à ce que cette femme subit. Dans une suite de gestes sur un fond sonore musical contemporain, la femme étreint un pantin, représentant son amant, qui soudain lui est arraché. Sa danse jusqu'à lors amoureuse mutera vers la folie. Car évidemment comment vivre sans son amour quand ce sont les circonstances extérieures qui l’ont fait disparaître. La seule échappatoire est la fuite, l’exil ou la mort. On passe de ces questionnements-là à des souvenirs de leurs amours passées. Tout cela ne passe pas véritablement par les mots. Ce n’est pas spécifiquement du théâtre, on peut plutôt parler de performance, et j’emprunte ce terme au vocabulaire anglais. La relation que je vois avec le texte kafkaïen est dans l’impossibilité d’être comprise ou entendue (elle chuchote, la voix off anone des textes aux limites du compréhensible) mais surtout dans la scène finale où on la voit devenir chenille, enroulée dans le tissu qui recouvrait le sol. Le tract distribué explicite l’enlèvement de l’homme comme reprise d’un événement historique (de nombreux libanais furent enlevés durant la guerre civile), mais nous pouvons y voir tout simplement les conséquences de l’arrachement de l’être aimé sur celui qui reste.

 

            Au Théâtre de la Cite Internationale, Lina Saneh accompagnée de son mari, Rabih Mroué, a présenté Appendice.

Elle est assise de profil. A quelques pas se trouve un pupitre face au public. Quand les spectateurs pénètrent dans la salle, Lina est déjà là. Rabih arrive, dossier à la main et se place derrière le pupitre. Suit alors un long texte dit et lu par Rabih seulement. Lina ne tourne la tête que quelques fois. Cependant toute la parole de Rabih est celle de Lina.

Il nous explique le désir de Lina d’être incinérée à sa mort. Mais elle se heurte à la loi de son pays dans lequel il est interdit de se faire incinérer. Un des amis de Lina lui apprend que dans certains hôpitaux, quand il y a ablation d’organes, ceux-ci peuvent être brûlés. Là est la clef. Elle envisage alors de se faire enlever organe par organe pour se faire brûler « petit à petit, à petit feu ». On passe par la description d’une séance de torture tirée des écrits de Deleuze à une remise en question juridique de l’acte. La seule solution possible face aux problèmes probables est de faire de cette extinction lente une performance artistique.

Vous avez compris, tout y passe. La critique est acerbe et provoque même des éclats de rire dans la salle. Le rire devient alors la réponse à l’absurdité de notre monde. Selon Lina Saneh « L’ambition de ce projet est de faire de mon corps un lieu de lutte, un champ de bataille entre promesses de liberté et de modernité (de tout Etat, au-delà de l’Etat Libanais) et les forces identitaires et communautaires qui, partout, veulent ériger leurs systèmes en modèles universels et, par suite, impératifs. Il s’agit de pouvoir discuter les tensions qui se jouent, sur l’espace d’un corps (et sa liberté), le langage de la Loi (et ses impératifs et qualications), le commerce moderne (et sa “monnaie” virtuelle), et l’art (et ses instances constituantes).»[1]

 

Pour la suite de la programmation je vous conseille vivement de faire un tour à la Maison de la poésie, du 13 au 24 novembre, "Les Belles étrangères"  avec Le Liban comme invité d’honneur, une soirée consacrée au grand poète libanais Abbas Baydoun.

Sinon portez aussi vos pas en 2008 vers ces différents lieux : au Tarmac de la Villette, février-mars (à préciser), y voir Archipel d’Issam Bou Khaled ; au Théâtre l’Atalante, mai-juin,  Le fou d’Omar  de Abla Farhoud, auteure québécoise, version scénique et mise en scène de Nabil El Azan ; ainsi qu’au Théâtre du Rond-Point, du 19 au 29 juin, Qu’elle aille au diable Meryl Streep de Rachid El Daif adapté par Mohamed Kacimi, dans une mise en scène de Nidal Al Achkar, directrice du Théâtre de la Ville de Beyrouth.

 

 

 

 

[1] Source Internet : http://www.parisetudiant.com/loisirs/evenement.php?ne=12873

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Published by La plume francophone - dans Chronique- Editions
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