Communication

Présentation du blog

Animés par une même passion, nous sommes un groupe d'amis qui, étudiant à l'université les littératures francophones, avons voulu construire un espace d'analyse et de promotion des diverses créations artistiques francophones venues du monde entier, tout en y intégrant notre regard sur l'actualité.

Nous proposons, à travers ce blog, différentes rubriques enrichies, chaque quinzaine, par un dossier thématique ou portant sur une personnalité francophone. Des indications en tête d'article vous informe sur les différents publics "Tout public" "Didactique" "Analyse" auxquels s'adressent les articles.

Nous espérons ainsi vous faire découvrir et surtout apprécier de nouveaux horizons culturels.

Bonne lecture.

Samedi 1 mars 2008

 

                                                                                                                                                                                 Analyse

LA MORT DANS L’ÂME

Par Ali Chibani
 

« Je dus revenir à l’animal et à nouveau manger de la viande »

  Maciej Niemiec, Le Quatrième roi mage raconte

 


« L’arme douce », c’est ainsi qu’on a désormais tendance à désigner le viol en temps de guerre. Cette façon de percevoir les choses est, certes, abjecte, mais elle ne peut être sans nous interpeller sur le tabou qui frappe encore ce qui est devenu un crime contre l’humanité : faut-il le nommer ? Et si oui, comment et par qui ? Faut-il distinguer violences sexuelles en temps de guerre et violences sexuelles en d’autres circonstances ? Ce sont là quelques questions qu’on peut se poser bien qu’en réalité et dans tous les cas on soit loin du compte. Il semble, à travers l’épithète « douce », qu’on se fait difficilement à l’idée que la sexualité ne soit plus le fait de l’amour mais de la haine car il est une réalité qu’on n’accepte que très difficilement, notamment l’acte sexuel comme acte de violence.
 

            Les violences sexuelles sont devenues dans les pays en guerre une arme systématique, des plus destructrices. Elle vise moins la satisfaction d’une pulsion par tous les moyens, même les plus criminels, que la destruction de la (future) femme comme lieu de vie et élément essentiel de la cohésion sociale. L’exercice de la violence sexuelle en temps de guerre vise donc « la féminité » et non la femme en tant que corps même si l’atteinte du premier passe forcément par la seconde. C’est sans doute pour cela que les violeurs, dans ce cas, considèrent rarement l’âge ou la constitution physique de leurs victimes. Qu’elle ait dix ou soixante-dix ans, cela importe très peu tant qu’elle représente l’ennemi et une occasion de le vaincre sans l’affronter. La victoire ici va plus loin qu’une victoire dans un champ de bataille car on s’approprie l’origine et l’identité de l’autre auprès de qui elle est définitivement désacralisée.

 

            Cependant, le rejet de soi dépasse rarement la femme violée pour se porter sur son groupe. En effet, ce dernier choisit la facilité : le rejet de la victime. Abandonnées par leurs proches, les femmes violées se réfugient dans des hôpitaux ou des foyers pour se reconstruire autant que cela se peut puisque les séquelles physiques, suite aux mutilations sexuelles subies, sont souvent irréversibles et le traumatisme psychologique est pérenne. Pour cause, le viol en temps de guerre s’exerce aussi avec des armes tels que des tessons de bouteilles (guerre d’Algérie), des manches en bois (Rwanda et Congo), etc. Il peut arriver que la victime soit laissée « vivante » pour être la trace de la mort donnée à l’ennemi [1] . 

Violée parce que Tutsi

La violence sexuelle en temps de guerre choisit la femme comme passerelle entre deux morts. Le violeur reconnaît, par l’exercice de sa barbarie, sa mort comme être humain. Il n’est plus qu’un monstre, dans la marge du monde. Il compte se rehausser en exerçant un pouvoir infini sur l’autre qu’il compte condamner à mort par contamination – en tuant symboliquement la femme, il tue son groupe. La femme victime des violences sexuelles en temps de guerre ou de conflit est saisie comme agent de contagion. C’est ce qui ressort d’un rapport de la Fédération Internationales des Droits de l’Homme (FIDH) sur le génocide rwandais [2] . On y voit que les femmes sont violées parce qu’elles appartiennent aux Tutsi.

A partir de ce rapport, on peut retracer le cheminement du ou des violeurs dans ce conflit. Cela commence par un sentiment d’infériorité attisé par la propagande de l’Etat : « Les femmes tutsis étaient considérées comme les plus jolies, ce qui leur attirait de la haine. Le terme Kinyarwanda utilisé pour les désigner était ibizungerezi (ce qui signifie jolie et sexuellement attirante). Cela attisa la jalousie, une haine qu’il n’est plus besoin d’écrire… », déclare un membre de l’Association des femmes chefs de famille. En fait, les extrémistes hutu au pouvoir ont voulu humilier le Hutu pour l’amener à renverser la donne en humiliant le Tutsi. A l’infériorité s’ajoute la peur de la force de la femme. Elle est considérée d’emblée comme une arme au service de son ethnie. Le journal officiel et haineux, Kangura, établit par la plume d’un de ces auteurs, « Les dix commandements du hutu ». Le premier indique que « Tout Muhutu doit savoir que Umututsikazi ou qu’elle soit, travaille à la solde de son ethnie tutsi. » Et de déclarer traître tout Hutu épousant, employant ou protégeant une femme tutsi. La peur de la contagion par l’autre est ici très sensible. Les voix génocidaires manipulent la figure des femmes tutsi et la diabolisent. Elles sont dites « espionnes séduisantes et calculatrices, occupée à dominer et à détruire les Hutu. » 

            La machine à destruction est alors lancée. Perpétue, une jeune rescapée du génocide, avait 20 ans quand elle a été violée et mutilée par plusieurs groupes de miliciens qui voulaient ainsi prouver qu’ils étaient les égaux des Tutsi. Quand elle a été découverte, un Interahamwe lui confie sa connaissance de « la meilleure méthode pour vérifier que les femmes tutsi étaient comme les femmes hutu. » Après son viol, Perpétue a été surveillée par deux hommes qui « se plaignaient d’être fatigués de tous ces massacres. » Ses deux bourreaux se rendent ainsi compte de leur inhumanité. La reconnaissance de leur mort en tant qu’humains les amène à l’extérioriser en mutilant leur victime : « Un d’entre eux aiguisait l’extrémité d’un manche de houe. Ils m’ont écarté les jambes et m’ont violé avec le bâton. » Libérée, elle finit par être reprise par un autre Interahamwe qui pour la « protéger » la viole à son tour et rouvre ses blessures « parce que les femmes tutsi, lui a-t-il dit, n’ont pas de droits en ce moment. » 

Abandonnée par son second bourreau, elle fuit difficilement. A la douleur physique, s’ajoutent la honte et l’humiliation qui font d’elle un être complètement exclu du monde : « Quand des gens passaient près de moi, je m’asseyais par terre et cessais de marcher, ainsi ils ne sauraient pas que j’avais été violée parce que j’étais honteuse. » On comprend donc le silence qui entoure ces violences. Il s’agit de sauvegarder les liens sociaux avec son groupe, en d’autres termes, d’assurer son rôle de ciment social. Exclue d’elle même, la femme violée loue avec son silence sa place parmi les siens. Le rapport de la FIDH note que les « femmes qui reconnaissent avoir été violées ont peur d’être marquées comme victimes de viols et de courir ainsi le risque d’être rejetées par leurs familles et la communauté. » 

L’expression courante « vivre la mort dans l’âme » prend ici tout son sens tragique qu’on retrouve dans, entre autres ouvrages mémoriels sur le génocide rwandais, La Phalène des collines[3].

« Dieu me viole ! » 

L’ouvrage de Koulsy Lamko est l’histoire de la transfiguration de l’âme d’une femme tuée lors du génocide au Rwanda en phalène, pour que la mémoire ne travestisse pas, par hypocrisie, l’histoire du viol. La cruauté du crime, pour la narratrice, impose un langage cru. D’une certaine façon, on peut comprendre qu’on nomme le viol en temps de guerre « arme douce » à travers ce passage : « Ils ont la langue lourde, deviennent amnésiques ou aphasiques et cherchent tous leurs mots, quand il faut parler de cul, de vulve, vagin et consorts. Ils balbutient, bégaient, se creusent de profondes tranchées dans la mémoire. Pudibonderie ; pure hypocrisie de cul béni ! » (p. 19). Cela pose la question de l’approche de l’acte violent à travers des désignations masquant leur cruauté pour ne pas ébranler nos repères et nos définitions des choses. Par ces épithètes et euphémismes, on continue de chercher l’homme en soi alors que « C’est dans l’animal qu’il faut creuser pour déterrer les limites de l’homme. » (p. 35). 

La « reine du milieu des vies », transfigurée en papillon de nuit, suit un groupe, invité à travailler sur la mémoire du génocide, qui compte Pelouse, la nièce de la Reine, mannequin et actrice improvisée devenue photographe « pour fixer et dire la nausée, l’absurde, l’ineffable, la violence et cela avec cette authenticité que seule apporte la vérité d’œil double. » (p. 101). La phalène commente cette quête aussi tragique qu’inutile à ses yeux : « Je n’avais cure, dit-elle, qu’on me confectionnât une légende vibrante, larmoyante et émotionnée. Moi-même je ris de mon destin alors… » (p. 18). Entrant dans un « l’église-musée-cimetière », le groupe fait tomber accidentellement les os de la Reine. C’est l’occasion pour la phalène narratrice de prendre la parole et de raconter son histoire que personne, parmi le groupe, n’entendra. 

            La Reine a été violée par un pasteur qui après avoir joui du corps de sa victime de soixante ans, poursuit son acte avec un crucifix. Lui qui exorcise et « commande aux démons d’évacuer la sainte salle » devient un démon qui s’invite dans le corps d’autrui.  Celui qui promet la Vie éternelle détruit la promesse de la vie sur terre : « Le morceau de bois que vous voyez là et qui se plante dans le commencement des frémissements, la caverne du mythe, l’entrée de l’antre où l’obscurité façonne l’homme, l’origine de la vie, la matrice, la source… ce morceau de bois est un pieu… » (p. 21). 

Les violences en temps de guerre sont présentées comme le niveau suprême de la consommation de l’Autre. Il s’agit de le voler à lui-même et de l’assimiler définitivement à soi : « Le repas est prêt ! Bon appétit !/ Mangez donc les tartines beurrées de nos cervelles./ Je vous vois saliver un flot dans la bouche ! » (p. 58). C’est l’origine de la violence qui est ainsi supprimée : « Bien sûr que l’autre qui ne vous ressemble pas, “l’insecte” comme on le dit de tout étranger, est une somme de claudications ! La différence reste le seul secret de tous. » (p. 74). L’effacement des différences par les violences sexuelles aboutit à une forme de rejet du corps-prison par l’âme de la victime. C’est ce qui ressort de ce passage de L’Ombre d’Imana[4] de Véronique Tadjo :

Anastasie se réveillait brusquement à l’heure où l’aube pointait et se sentait envahie par la mémoire de son viol. Le soleil avait beau montrer son visage rieur, elle ne le voyait pas. Elle restait emmurée dans la prison de sa chair. (…) Elle ne reconnaissait plus l’intérieur de son corps, se sentait étrangère à cette masse lourde qui écrasait son esprit. (p. 73)

Volée à elle-même, on n’est guère étonné d’entendre la Reine prier Dieu d’ordonner au pasteur de la tuer complètement.   

L’une des questions que pose La Phalène des collines porte sur notre manière de lire les différents types de violence en temps de guerre ou de conflit. D’après la narratrice, faire étalage de son émotion est une répétition du crime : « Il ignorait qu’ânonnant mon histoire avec ce fausset ému dans la voix, il chapardait ma douleur, me lacérait davantage, me mutilait, me déchiquetait ! » (p. 18). Néanmoins, on peut se poser cette question : jusqu’à quel point une lecture et une analyse froides peuvent être efficaces et utiles ? Koulsy Lamko propose une posture de lecture de la violence humaine fondée sur la liberté et la volonté de l’individu à désensevelir et à transmettre la mémoire des victimes de l’Histoire : « Tu es en toi, dans ton intérieur, en face de ton intérieur. Cependant il faut et tu dois sont plutôt négation de toi que confection de toi. Par contre – et c’est là que se plante “la philopoésie de la regardance” – tu peux est enfoui dans l’illimité, t’invite au miracle. » (p. 65). Mais cette posture impose le courage de se regarder comme bourreau potentiel, voire comme bourreau symbolique au quotidien. L’absence de ce courage, dont la sincérité est fondatrice, a pour conséquence une dénomination fausse et hypocrite de nos comportements. C’est cette fausse dénomination qui leur permet de se poursuivre.


[1] Cette mort peut se traduire par la transmission volontaire du SIDA à la victime.

[2] La Lettre hebdomadaire de la FIDH, « Vies brisées, les violences sexuelles lors du génocide rwandais et leurs conséquences », Paris, Janvier 1997.

[3] Koulsy Lamko, La Phalène des collines, Butare (Rwanda), éd. Kuljaama, 2000.

[4] Véronique Tadjo, L’Ombre d’Imana, Paris, Babel, 2000.

par La plume francophone publié dans : Dossier n° 26: Sexualité en temps de guerre
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Mercredi 20 février 2008
 
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                                  Critique par Lama Serhan

             Le Tarmac reste le lieu parisien du théâtre francophone. Sa programmation permet donc de découvrir des productions diverses. Depuis le 19 février et jusqu’au 20 mars on peut y voir Archipel, création libanaise avec Roger Assaf, Swansan Bou Khaled, Bechara Atallah et Bernadette Houbeb.
Créée en arabe en 1999, elle est reprise ici en français. Le climat de perpétuel conflit au Liban lui confère une certaine modernité. Ceci par le postulat de départ qui est le gain d’un kilomètre carré du territoire libanais grâce aux débris, cadavres, villes détruites jetés dans la mer. Cette absurdité de la guerre pousse Issam Bou Khaled à imaginer ce que serait le Liban après de multiples conflits. « L’image du Liban comme pont entre l’Orient et l’Occident » se traduirait non plus de manière symbolique mais véritablement, et cela avec le futur pont avec Chypre, refuge du libanais pendant la guerre.
Cette « comédie noire futuriste » s’ouvre sur une bouche de canalisation en 2100 dans laquelle trois personnages apparaissent. Trois cadavres ayant chacun un peu d’herbe au niveau de la bouche, pour l’eternel femme enceinte ancienne danseuse de boîte de nuit, aux yeux, pour le vieux docteur, et aux oreilles, pour l’homme aux multiples départs. Un sourd, une muette et un aveugle et la nécessité d’un dialogue impossible pour ces « déchets de l’histoire ». Surgit alors un enfant-éprouvette jeté là dans un sac poubelle qui a la particularité d’avoir un cœur qui bat. Symbole du futur et d’un probable espoir de sortie, tout s’effondre face à la tragédie libanaise, la fatalité d’être en guerre.
La musique est incroyablement bien choisie, la scénographie réussie, notamment dans l’utilisation binaire du plateau et l’éclairage des visages mais on reste perplexe au sortir de la pièce. Si le sujet est d’actualité et que l’histoire du Liban reste un éternel recommencement, ne pas remodeler le sujet de la pièce et dire que rien n’a changé depuis 1999 c’est oublier que le temps et la mémoire donne des accents différents à nos présents.
De plus il manque certains éléments de lecture ou de vue, par exemple quels sont les déclencheurs de certaines actions ? Le passage à la langue française a alors peut-être amputé une certaine compréhension de certains passages.
Enfin la construction d’univers parallèles à un présent tragique (Rhinocéros d’Ionesco par exemple) apporte certes un dynamisme intéressant. Mais le futurisme ou la science-fiction au théâtre demeure souvent un passage délicat.
 
Je reste donc sceptique.

Parallélement à la pièce Pascal Cortat et Valérie Baran (directrice du théâtre) exposent des photos de Beyrouth sous le titre: "Quatre jours à Beyrouth". C'est après la guerre de l'été 2006 qu'ils partent voir ce qu'il reste de cette ville bombardée quotidiennement. De ce voyage est né un panel mélangeant des visages de vieux souriants, des rires d'enfants, des immeubles détruits, des graffitis sur les murs, tout dans un contraste d'une grande intensité. Il faut s'arrêter à chaque image. Il y a alors une émotion considérable qui s'en dégage. Pour continuer le voyage un livre est en vente. Souvenirs glacés maintenus en suspens pour ne pas oublier ce que le temps efface. 

Je vous conseille de faire un tour au Tarmac de la Villette. Et de voir un bout d'Histoire dans les images et tout de même des morceaux de récits dans Archipel.   
 
 
par La plume francophone publié dans : Cinéma/Théâtre/Musique
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Lundi 18 février 2008

 

Edito

«Réjean Ducharme : un monde au pied de la lettre »

Par Célia SADAI


Un livre est un monde, un monde fait, un monde avec un commencement et une fin. 
(
L’avalée des avalés
[1])

 

 

Cette quinzaine, l’équipe de La Plume Francophone a choisi de mettre en lumière la francophonie des Amériques, et s’intéresse au romancier, dramaturge et scénariste Réjean Ducharme (1941 -   ). Depuis ses premières publications, Réjean Ducharme reste secret sur les indices de sa biographie. Il n’accorde aucun entretien, et seulement deux photographies de lui circulent dans le milieu éditorial. Dès lors, il semble pertinent d’interroger la posture de Réjean Ducharme d’après sa méfiance envers l’image représentante – vecteur de lecture possible pour pénétrer dans l’œuvre ducharmienne.

 
De l’auctoricide à la rhétorique du mythe

 

En Janvier 2005, lors du colloque « L’écrivain masqué » tenu en Sorbonne, la québéciste Juline Hombourger  décrivait les masques de Réjean Ducharme comme la destruction d’un code de lecture : la signature auctoriale. Refusant de constituer l’auteur comme une figure fantasmatique ou saisissable, Réjean Ducharme anéantit la légitimité de la figure auctoriale et fait obstacle à toute approche critique qui détermine le texte par l’intention d’auteur… ou a contrario, pour citer Ch. Mauron, par ses « métaphores obsédantes »[2].

Tout se passe comme si Ducharme rejetait toute représentation de l’auteur pour, de facto, agir sur les modalités de lecture : l’auteur ne doit pas être saisi comme un signe, noyau primordial d’un système d’interprétation. Dans cette hypothèse, on lit en filigrane la proposition barthésienne sur « la mort de l’auteur »[3] ; pourtant peut-on réellement parler d’un auctoricide, pour le primat du Texte ?

Réjean Ducharme voile son identité d’auteur pour des raisons plus symboliques que formelles. Rejetant toute représentation, il brise le pacte de lecture en annulant les principes d’identification, de propriété et de sincérité. Le créateur n’est plus celui qui engendre sa créature : l’œuvre littéraire a une existence autonome et ne saurait se fixer dans les catégories de l’histoire littéraire, ou d’une « grammaire critique ».
 La question latente de la posture ducharmienne interroge en fait la relation de l’auteur et de l’œuvre littéraire avec le monde. Désormais isolée du milieu, la diégèse interdit toute interprétation historique immédiate du texte : la question est d’autant cruciale que les premières publications de Ducharme datent de 1966, en pleine Révolution tranquille[4]. Le Québec indépendantiste s’aligne alors au mouvement global des indépendances (on parle ici des indépendances africaines dans les années 1960) et s’engage dans une lutte contre les peuples dominants. Au même moment, Réjean Ducharme rédige L’avalée des avalés dans un français standard et non en Joual, et choisit de le publier dans une maison d’édition parisienne. Ainsi, la question de l’auctorialité engendre la question, primordiale dans l’écriture québécoise, de l’engagement et de la persistance des traumas d’un peuple « mineur ».

Un monde au pied de la lettre

      S
i l’auctoricide barthésien annonce la libération du Texte, néologismes et jeux verbaux saturent les textes et ont valu à Ducharme d’être qualifié par la critique comme le « Raymond Queneau québécois ». On ne saurait pourtant réduire l’esthétique verbale ducharmienne au projet expérimental de l’O.U.L.I.P.O.
 
La portée métaverbale de la langue poétique ducharmienne s’inscrit dans la même stratégie de masquage décrite supra. Comme Ducharme le regrette dans Le Nez qui voque : « On ne peut rien contre un mot ; c’est une mouche qu’on peut chasser, qui peut partir, mais qui revient toujours, ne meurt jamais. ». De même qu’il refuse de fixer l’image de l’auteur dans toute prédétermination, Ducharme cède à la ré-invention sémantique, et propose un monde décrit dans des tournures décalées… Le Nez qui voque, Les enfantômes, Dévadé ou L’avalée des avalés sont autant de titres mots-valises qui fournissent un riche réseau symbolique. L’usage du mot-valise comme figure majeure des seuils du livre agit comme la projection métaphorique de l’avalement : chez Ducharme, une réalité en avale une autre.  Ainsi, le monde est restitué sous une perception confuse, regard biaisé qui joue sur les représentations du monde romanesque, et travaille l’imaginaire au pied de la lettre.

Une question persiste pourtant : y a-t-il un phénomène de digestion après l’avalement des représentations ? Dans son article (infra), Sandrine Meslet s’intéresse au narrateur ducharmien et aux procédés d’intrusion dans son texte. La question narratoriale  fournit alors les prémisses d’une réponse. La survivance des maximes ducharmiennes, et le style aphoristique de ses romans situent Réjean Ducharme, à tout prendre, du côté d’un cynisme sage, tenté par le gai savoir nietzschéen. La négation du monde comme méthode d’être au monde part d’une nécessité d’auteur et survit comme rempart du lecteur : « Les hérésies sont une forme vivante de religion »… vu dans Les Enfantômes.  


 
« Tout ce qui isole délivre » (L’avalée des avalés)


       R
éjean Ducharme s’inscrit en porte-à-faux avec une image de l’auteur que les événements de sa biographie contextualisent dans un cadre historique. Pourtant, cette posture hors du champ textuel n’est pas l’unique stratégie de l’auteur pour poser un voile sur son écriture. Tout se passe en effet comme si l’impropriété et le refus d’appartenance au monde hors-livre contaminaient le monde du livre.

Les romans de Ducharme campent un univers où les personnages s’exilent en marge du monde. La clôture spatiale est doublée d’une temporalité transitoire : la plupart des romans du québécois convoquent le monde de l’enfant ou de l’adolescence. Ce qui intéresse l’auteur ; c’est de montrer l’épreuve de l’entrée au monde – au monde social il faut entendre – ou l’engendrement d’un autre soi dans les douleurs de l’enfantement.
Ainsi, le mouvement oscille entre l’accès au corps social, et le repli vers un monde familier décrit comme un corps homogène, où l’indistinction des rôles pousse à une familiarité incestueuse. Dans son article infra, Victoria Famin s’est intéressée à la détresse du personnage ducharmien. Elle qualifie le grand corps incestueux de « corps asservi », un corps prisonnier en somme, tendu entre deux pôles de négativité, entre résistance et quête, comme elle le décrit quand elle s’attache à la parole de Bottom, figure centrale de Dévadé. Elle désigne d’ailleurs Bottom comme l’« allégorie de la position de Réjean Ducharme, créateur de son identité mythique » et pointe là un argument crucial pour une réflexion sur l’écriture ducharmienne.

En effet, la stratégie ducharmienne de masquage, alors même qu’elle déconstruit l’image mythique de l’auteur-propriétaire de son œuvre, s’inscrit dans une rhétorique du mythe. Rappelons les fondements de la structure mythique, selon Mircea Eliade[5] : le mythe prend corps quand il y a une absence d’explication. En quelque sorte, le mythe est un rempart à l’incertitude. Réjean Ducharme, en refusant d’inscrire son œuvre dans une familiarité identifiable, l’ancre a contrario donne une incertitude qui va féconder, en retour, le mythe « Réjean Ducharme ». Le point d’orgue de cette rhétorique marronne, réside dans l’aspect à la fois ludique et existentiel du doute. Ducharme a brisé le pacte auctorial ; il nous autorise dès lors à questionner sa sincérité. Provocation ou crise existentielle ? L’article de Victoria Famin désigne cette contre-mythologie comme une allégorie. On pense alors au portugais Fernando Pessoa, celui qui a endossé le nom de « personne » (NdA. pessoa en portugais), choisissant le jeu des personnages hétéronymes pour masquer son « intranquillité ».

« Tout ce qui isole délivre » nous dit Réjean Ducharme. C’est là qu’il faut situer son œuvre, dans une marge affranchie, à mi-chemin entre le mythe et l’allégorie.



[1] Rejean DUCHARME, L’avalée des avalés, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1982.

[2]Voir Charles MAURON, Des métaphores obsédantes au mythe personnel : introduction a la psychocritique, Paris, éd. José Corti, 1963. Ch. Mauron fonde ici l’approche « psychocritique » qui, d’après la théorie freudienne de l’inconscient, tente d’évaluer dans les textes les métaphores obsédantes qui habitent l’auteur. Il s’agit de décrire l’écriture non comme un acte intentionnel, mais comme un geste inconscient qui échappe au créateur.

[3] Roland BARTHES, «La mort de l'Auteur », in Le bruissement de la langue, Paris, éd. du Seuil, 1984, pp.61-67.

[4] De 1960 à 1980, la « Révolution tranquille » est une période où se modifient les structures sociétales et institutionnelles du Canada français, dont les habitants sont agites par une conscience nationale québécoise croissante.

[5] Mircea ELIADE, Aspects du mythe, Paris, Gallimard, coll. "Idées", 1963.

par La plume francophone publié dans : Dossier n°25 : Réjean Ducharme
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Dimanche 17 février 2008

Analyse

Pour une littérature de la faillite
Par Sandrine Meslet

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L’hiver de force[1] est considéré au Québec comme un roman incontournable, ceci pour plusieurs raisons que nous tenterons d’exposer brièvement. Premièrement Ducharme y dresse le portrait, et peut être est-il même question ici d’un procès, de la société des années 70 marquée par le mouvement hippie. Après avoir bouleversé le monde avec cette révolution des moeurs, les hommes se tournent trop rapidement vers une société dans laquelle s’exprime le goût pour l’objet et sa possession. A travers le regard d’un couple en proie au refus et à la lutte contre ce nouvel ordre des choses, Ducharme aborde la douloureuse question de la solitude dans la masse et de l’absence de rêve. Les hommes déchantent, le monde aussi. Mais la révolution ducharmienne n’est pas seulement dans le thème, elle se trouve aussi dans le traitement littéraire de l’histoire contemporaine qui laisse émerger un style désordonné, dicté par un monde qui déconcerte, déboussole et perd. La narration homodiégétique[2] laisse entendre le souffle court d’André entièrement tourné vers le projet de refonder son existence « Les événements courent après nous depuis qu’on a décidé de jouir de notre platitude, de mettre notre orgueil à ne rien trouver de plus beau que rien du tout[3]. » Le choix d’une focalisation interne permet au lecteur de suivre les errances d’André et de Nicole dans leur quête nihiliste, la voix, alternant le « nous » et le « on », se fait chemin et destin en nous entrainant toujours plus loin dans l’imaginaire et le fantastique :

Soudain, on était assis dans l’abri de l’arrêt d’autobus et on voyait les autos tournoyer, glisser, capoter et gicler des sangs de toutes les couleurs, comme des cancrelats. Les ampoules de mille watts des lampadaires explosaient, bombardaient. L’avenue du parc gondolait, craquait, morcelait ses asphaltes, nous les lançaient à le figure[4].

L’étrange machine dans laquelle se coule leurs jours insipides, marque l’avènement des dieux Alcool, Télé et Vie nocturne qui annulent le temps. La marginalité guette les deux protagonistes et fonde une écriture en quête d’une temporalité que leur offre l’hiver de force.

 

Le monde est à réinventer

André et Nicole ne sont pas de marginaux comme les autres ils revendiquent une liberté, leur liberté, d’abandonner l’objet au profit d’une vie de bohême dans laquelle le besoin des choses est remplacé par le besoin des autres. C’est sans doute l’un des sens à donner à la naissance de l’amour inconditionné du couple pour La Toune, projection d’un moi en perdition qui cherche à se rattacher à l’autre dans un mouvement enivrant de dépossession et de fusion. Mais si l’amour est à réinventer, le langage l’est aussi. La voix narrative impose une contestation du monde en déconstruisant la grammaire, l’écriture testimoniale se fait virulente lorsqu’elle dénonce le désastre social. Miroir de cette faillite, la phrase apparaît chamboulée, disloquée avec un goût répété pour l’inversion de l’ordre des mots comme dans cet exemple où la préposition[5] « de » actualise le substantif « paranoïa » à la place de l’article. La phrase n’est plus seulement non canonique, elle est réinventée « De paranoïa de quand tu as peur que les ambulances s’en aperçoivent, qu’elles se mettent à courir après toi[6]. » Nous frôlons ici les frontières du rêve, la restitution du discours semble passer par un canal autre que celui de la logique. Le discours libéré du carcan de la langue est restitué par l’automatisme de la pensée à la manière des Surréalistes[7]. Le jeu sur la langue ne peut se réaliser sans la complicité d’un lecteur, interlocuteur privilégié de cette folie langagière « Dans le frigidaire, il reste une pointe croûtée de fromage de face de vache rouge qui rit (tu sais ?) [… ] Hé ! elle nous a appelés. Elle nous a téléphoné, oui oui[8] ! » Le lecteur est apostrophé de manière familière dans un dialogue d’homme à homme, embarqué bien malgré lui dans cette curieuse aventure du langage :

Toutes les femmes ont l’air d’aimer ça mais il ne faut pas que tu te fies là-dessus trop-trop.  Les folies et les cochonneries les passionnent mais c’est la propreté et la sécurité qui les rendent plus folles et cochonnes […] Je n’y connais rien, remarque[9].

La succession de phrases brèves fonctionnant sur la figure de l’anaphore[10] « On va.. », formée par le pronom impersonnel de troisième personne (qui remplace le pronom de première personne de pluriel nous) et le verbe aller[11] dessine un imaginaire en vase clos dans lequel se reflète la folie d’un univers renversé où l’homme se métamorphose en animal :

On va tout vendre, même notre argent. On va garder juste notre TV. Après on va dormir sur le plancher (si personne ne veut l’acheter). Après on va manger nos dents, c’est fascinant comment que c’est nourrissant : calcium, fer, fluor […] On va rester blottis au fond de notre trou et on va lécher nos plaies, longtemps, tu peux têtre sûr[12].

Les analogies sont également présentes et viennent dénoncer l’absence d’une langue adéquate pour dire le monde et ses changements « Y a trop de chômage au Canada, on se sent superflus, superinutiles, superabandonnés[13]. » Les analogies se fondent ici sur la reprise du préfixe super qui enrichit l’adjectif inutiles et le participe passé adjectivé abandonnés et vient sur qualifier la désillusion du narrateur.


De la contestation à l’outrage : mode d’ouvroir potentiel[14] de la création littéraire

La langue ne se plie pas seulement au jeu carnavalesque de l’inversion, elle devient aussi le lieu de tous les outrages dont le corps apparaît comme la première victime « Déshabillons-nous et lavons-nous ; avec le New Ajax, avec la brosse à plancher, oui oui ! Nettoyons-nous, genre extirper la saleté de tous les interstices, oui oui[15] ! » La publicité investit la parole et conduit l’homme à s’identifier à un parasite, ou encore à une bactérie, et à entamer sa propre extermination. La couple s’autorise tous les excès, leur vécu de déchets de la société les incite à perdre toute considération pour leur personne. La perte de leur travail, puis de leur domicile, les fait entrer dans la marginalité qui, loin d’être redoutée, inaugure un nouveau mode de vie. Les protagonistes deviennent esclaves de l’amour qu’ils portent à La Toune mais ils le deviennent surtout de la spirale dans laquelle ils se sont enfermés. On remarque cependant au milieu de cette descente, dont le fond ne semble jamais pouvoir être atteint, l’apparition d’une parole autotélique qui réalise l’acte poétique. La poésie crée un décalage face au style adopté par le narrateur et laisse entendre une voix distincte et auctoriale, ces aphorismes renvoient le lecteur à une dimension métalinguistique du texte qui déconstruit le langage pour mieux le recréer.

Quand il reste  juste un quart d’heure, nos freins cèdent ; le besoin et la peur, attelés ensemble, nous emportent, nous descendent comme ils veulent ; jusqu’à l’échéance nous dévalons à tombeau ouvert une pente qui s’incline de plus en plus pour devenir flanc d’abîme[16].

Le passage ne peut que saisir le lecteur, il dénote le besoin du narrateur de revivifier sa vie par l’intermédiaire d’une parole poétique qui lui permet d’exprimer le délaissement et l’abandon auxquels tout homme peut être confronté dès qu’il se sent exclu. De plus, en évoquant métaphoriquement sa propre catabase[17] le narrateur ouvre une parenthèse dans laquelle un monde immaculé semble encore possible, il sauve ainsi une part de lui-même à travers le langage poétique devenu refuge :

Quand l’amour dort à côté, dort si près qu’on respire les parfums de sa personne avec l’air d’avant l’aube, on part à courir, et nos têtes qui tournent nous promettent qu’en allant plus vite, toujours plus vite, on va finir par se dépasser, s’échapper et sortir[18]

Le langage élève l’homme et l’aide à restaurer l’équilibre dans sa perte de contrôle avec le réel.

 

L’entrée finale dans L’hiver de force est longuement préparée, l’hiver est pareil à la camisole, au bâillon que l’on lie pour étouffer le cri. Le cri c’est autant la souffrance de l’exclusion que celle de l’abandon de La Toune, c’est encore une fois l’absence de liberté pour des protagonistes en proie à l’errance. Après la disparition des meubles on assiste à celle des êtres, la spirale se fait cercle et l’échec du projet nihiliste paraît consommé. Les protagonistes, impuissants face à la faillite du système, retournent à la solitude que symbolise pour eux l’hiver « la saison où on reste enfermé dans sa chambre parce qu’on est vieux et qu’on a peur d’attraper du mal dehors[19]. »



[1] Réjean Ducharme, L’hiver de force, Paris, Gallimard, Folio, 1973, 273 p.

[2] Le narrateur est seul et son point de vue est le seul à être restitué.

[3] p.67

[4] p.28

[5] On hésite ici avec un partitif grammaticalement incorrect devant un terme non comptable.

[6] p.16

[7] A la manière des Champs magnétiques de Soupault et de Breton.

[8] p.55

[9] p.75

[10] Figure de style appartenant au champ de la poésie et marquant la répétition du même terme en début de vers.

[11] Il faut considérer l’emploi du verbe aller dans un emploi de semi-auxiliaire modal, il ne marque pas le mouvement mais fonctionne dans une périphrase évoquant un futur proche.  

[12] p.110

[13] p.119

[14] Nous faisons un clin d’œil au mouvement littéraire de L’Oulipo tourné vers l’expérimentation de la littérature comme semble aussi le prôner Ducharme.

[15] p.151

[16] p.46

[17] C’est ainsi que l’on désigne la descente aux enfers du poète Orphée mais aussi celle du troyen Enée.

[18] p.250

[19] p.274

par La plume francophone publié dans : Dossier n°25 : Réjean Ducharme
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Dimanche 17 février 2008

Analyse

                  Dévadé de Réjean Ducharme ou la révolte discursive
                                                             par Victoria  Famin

 


undefined                Réjean Ducharme, romancier et dramaturge québécois, est une des figures emblématiques de la littérature francophone des Amériques. Presque vingt-cinq ans après la parution de son premier roman L’Avalée des avalées, et dans la continuité d’une œuvre littéraire très prolifique, il publie en 1990 Dévadé. Ce roman s’inscrit profondément dans le projet littéraire de l’auteur et intensifie les traits d’écriture qui caractérisent sa prose. Il s’agit d’un texte qui enrichit autant l’œuvre littéraire de Ducharme que son image mythique d’homme des lettres.

Depuis 1966, date de publication de son premier texte, l’auteur a su se construire et maintenir une image mystérieuse. En effet, il a toujours refusé que sa vie privée soit associée au succès de ses romans. Loin d’être un simple caprice, cette décision est accompagnée par la volonté de l’auteur de cacher toute information concernant sa personne, sans pour autant adopter un masque. Ainsi, les auteurs des diverses anthologies de la littérature québécoise se sont vus privés des données habituellement citées pour la présentation d’un écrivain. Seule une photographie très floue de Ducharme permet aux lecteurs de recréer ce personnage secret. Cette situation semble pourtant avantager la réception des textes de l’auteur, car la critique se voit contrainte de contourner toute appréciation de type biographique pour aborder directement l’étude des œuvres.

Comme la plupart des romans de Ducharme, Dévadé présente le discours d’un personnage narrateur. Bottom, surnom de P. Lafond, nous livre ses pensées et ses questionnements sur la vie et sur le monde, sur les relations humaines et sur les valeurs qui guident la société. Ainsi, la parole de Bottom s’inscrit dans la réflexion des personnages ducharmiens, toujours en situation de détresse, toujours à la recherche d’un sens qui pourrait valoriser leurs vies. Dans une attitude de révolte intérieure, le narrateur de ce roman n’hésite pas à bouleverser sa relation avec les autres personnages, tout en rejetant les codes de la société qui l’excluent constamment. Les sentiments ambigus que ce personnage éprouve tout au long du texte semblent guider la construction de son individualité et par la même occasion, sa conception du monde.